Quand j’embarque dans mon canot et qu’à travers les bois, je le fais glisser doucement sur l’eau, mon regard se confond avec celui de mes ancêtres. Quand, dans la brise fraîche du matin, je porte au loin mes yeux, ce sont les mêmes trembles et bouleaux qui se dressent, presqu’immortels, comme des statues à la la fois immobiles et vivantes puisque vibrantes par leurs bras aux milles feuilles ballotantes au rythme du vent changeant, bien ceinturés par ces milliers d’épinettes et ces quelques sapins qui défilent en dégradé le long des montagnes, les mêmes qui, jadis, s’offraient à la vue de mon père, du père de mon père, ...et ainsi de suite jusqu’à l’ancêtre qui, le premier de notre lignée, a foulé le sol du pays.
Quand j’embarque dans mon canot, mon âme rejoint celle de mon père et celle du père de mon père, ...et ainsi de suite jusqu’à l’ancêtre qui, le premier de notre lignée, a foulé le sol du pays. À l’effort, mon coeur a les mêmes battements, mon corps les mêmes douleurs que les leurs. À la vue qui s’offre à moi, je ressens le même émerveillement, ...le même apaisement que le leur. Quand je respire, c’est la même haleine des bois, que j’avale et qui prend alors possession de tout mon être.
Quand j’embarque dans mon canot, je redeviens mon père, le père de mon père, ...et ainsi de suite jusqu’à l’ancêtre qui, le premier de notre lignée, a foulé le sol du pays.
Quand donc notre peuple consentira-t-il à embarquer dans le canot de nos pères ?!
Quand donc redeviendrons nous nous-mêmes ?!
