Je n’ai jamais voyagé vers autre pays que toi mon pays
Gaston Miron
Je vais vous parler ici de voyages ! Quoi de mieux qu’un peu d’exotisme quand on se pense à l’été (une fois de plus) affreux que nous avons au Québec…
Avant de commencer, je tiens à préciser d’emblée que j’utilise abondamment le « je » et le « moi » dans ce texte, rédigé sur un coup de tête, car, comme québécois, comme indépendantiste et comme nationaliste, je me sens profondément insulté par les préjugés que je m’apprête à décrire dans cette mise en situation. Je pense que plusieurs se reconnaîtront dans mon indignement.
Je prends parfois plaisir à réécouter l’entrevue de Patrick Bourgeois par Stéphane Gasse et Jérôme Landry à Choi Fm, réalisée au cours de la saga de la reconstitution des Plaines d’Abraham. Je dirais que cette écoute stimule en moi toute une gamme d’émotions : envie d’en pleurer, envie d’en rire ou encore envie de tout casser autour de moi…
J’ai ciblé un passage en particulier, celui où un des deux animateurs réplique à un Patrick Bourgeois qui déplore le déclin du français à Montréal : « On les mettra toujours ben pas dehors les anglophones c’est eux autres qui amènent l’argent et qui amènent les capitaux ! ». Je vous laisse juger par vous-même de la profondeur de ce commentaire…
Le plus intéressant, et c’est ce qui m’a poussé à traduire en texte ma récurrente montée de lait, se trouve dans une autre émission, quelques jours après, où nos deux animateurs favoris sont revenus sur cette entrevue. Après que Jérôme Landry, qui se targue d’être « ultrafédéraliste », eut affirmé n’en avoir « rien à foutre du nationalisme québécois », Stéphane Gasse de répliquer : « probablement parce qu’on est sortis un petit peu de chez nous, moi j’ai vécu six ans au Canada […] donc j’ai vu un peu ce qui se passait de l’autre bord de la clôture, toi Landry tu passes tes fins de semaines à ton chalet à Boston ». Et Jérôme Landry, plus tard dans l’entretien : « Je me suis aperçu de c’était quoi [sic] la mentalité des souverainistes qui ont des idées des années 70, qui veulent bâtir des remparts autour de la province, qui veulent pas qu’on parle aux anglais pi qui veulent qu’on se mette des œillères et qui sont antidémocrates ». Alouette !
Ainsi, voyager amène à s’ouvrir sur le monde, ce que personne ne peut nier. Mais on affirme ici que l’ouverture sur le monde ne peut pas être compatible avec des convictions indépendantistes, impliquant implicitement que les indépendantistes soient des villageois fermés, centrés sur eux-mêmes, qui rejettent tout ce qui n’est pas québécois (lire : xénophobes). D’ailleurs, avez-vous déjà vu plus bornés et incultes que ces paysans pas dégrossis que sont Bernard Landry (ancien étudiant à l’Institut d’Études Politiques de Paris), Yves Michaud (ancien délégué général à Paris) ou Jacques Parizeau (premier diplômé canadien-français à la London School of Economics, parfaitement bilingue et marié pendant longtemps à une polonaise) Ils ne sont jamais sortis du Québec ces gens là ! A-t-on déjà vu plus fermé que Pierre Falardeau(qui va régulièrement en Afrique) ? Et n’oublions pas Joseph Facal (uruguayen de naissance), il n’a pas de chalet à Boston, lui !
Tous des disciples du catholique fascisant Lionel Groulx ! Qu’importe que le raciste Groulx ait étudié en Europe, et que ce soit justement cette dimension internationale qui lui permit de constater que son peuple n’était pas au même niveau que les autres, c’est un nationaliste donc un xénophobe.
Par ailleurs, les analyses pertinentes amalgamant fermeture et indépendantisme ne sont pas uniquement l’apanage de nos deux animateurs de radio préférés. Certains grands universitaires nous ont aussi fait grâce de leurs judicieuses visions.
Par ailleurs, Stéphane Dion explique son passage au fédéralisme parce qu’il s’est mis à voyager, semble-t-il.
Quant à Michael Ignatieff, il a la générosité de partager ses longues expériences à l’étranger pour nous mettre en garde contre l’indépendance nationale : Attention ! Je suis allé en Serbie, moi ! J’ai tout vu ! Des lois totalitaires comme la Charte de la langue française sont les signes précurseurs d’un état ethnique en formation ! Il y a urgence ! L’État fédéral cosmopolite, multiculturel et ouvert, avec l’aide de sa Cour suprême, doit sauver les sauvages du Québec et soigner ses instincts tribaux qui ne peuvent que nous mener à des guerres civiles et des épurations ethniques, sans oublier bien sur les sacrifices humains et le cannibalisme… À l’aide ! Vous ne vous sentez pas en danger, vous ?
Merci pour tes précieuses mises en garde, Michael !
Le mépris des deux animateurs envers la population du Québec égale certainement celui de ceux que nos amis de Choi Fm dénoncent comme étant la « petite clique du Plateau ».
Prétendre que le « petit peuple » est sous éduqué et inconscient de ce qui se passe autour de lui (comme si les antennes satellites et l’Internet n’existaient pas en Abitibi ou en Mauricie), voilà un propos qu’on imputerait d’avantage à un Gérard Bouchard grassement payé par nos taxes pour nous faire ravaler la version officielle, ou encore aux éditorialistes gescaiens à la André Pratte, pas à une station de radio qui se targue de « dire les vraies affaires » et de défendre le « vrai monde ».
On croirait réentendre les mêmes lamentations de nos vierges offensées nationales au cours de l’affaire Hérouxville. Il fallait entendre ces prétendus pédagogues montréalais philosopher, disserter et nous expliquer à l’aide de termes savants et pointus à quel point notre peuple devait « s’ouvrir » (lire : s’effacer). Voilà maintenant que les radios de Québec, normalement défenseurs des régions face au snobisme des élites précédemment énoncées, font écho à ce message. La Presse-Le Devoir-Choi Fm même combat ? J’ose encore espérer que non, mais une chose est sûre : Un trudeauiste de droite, de gauche, souverainiste ou fédéraliste reste un trudeauiste avant tout. Point final.
Parlons en de l’ouverture sur le monde !
Pour s’ouvrir sur le monde, encore faut-il en faire partie.
Il sera toujours préférable d’être une nation à part entière que de faire partie d’une structure bureaucratique centralisée qui nous condamne à orienter tous nos efforts vers notre survie collective. Un peuple qui se concentre à survivre ne peut pas concentrer à mieux vivre.
Être un appendice, être condamné à gérer les miettes de la dépendance, être soumis au contrôle d’un État étranger qui nie notre existence, ne pas pouvoir envisage un avenir à travers un cadre d’une plus grande envergure que celle d’une province (du latin « pour les vaincus »), est-ce là les vertus du statut quo que les voyages à l’étranger sont sensés nous faire réaliser ?
Pour moi, lorsqu’on analyse le statut du Québec avec une vision ouverte sur le monde, on ne peut que souhaiter l’avènement d’une République rayonnante à l’international.
Sur les cartes et dans les faits, le pays du Québec ne peut que s’ouvrir. Ouvert économiquement, car libéré des trop étroits paramètres canadiens, avec un modèle commercial qui correspond à sa vision et qui entraînera une spirale d’investissements étrangers ; Imaginons aussi les sièges sociaux ou succursales d’entreprises internationales qui s’installeront à Montréal, métropole de pays, ou à Québec, capitale de pays.
Ouvert sur la situation internationale, avec presque deux cents ambassades étrangères situées dans sa capitaine nationale, mais aussi deux cents ambassades québécoises qui nous représenteront auprès de toutes les autres nations libres du monde, avec qui nous noueront des amitiés chaleureuses. Se comprendre, se respecter, se connaître, se compléter et admirer nos différences, qui font de nous ce que nous sommes et qui nous renforcent, voilà un dialogue interculturel qui vaille la peine.
Puis, libéré de tous ses complexes de peuple vaincu, la nation du Québec sera debout et fière de son caractère français et de son histoire fascinante. Ce « Nous » (inclusif, a-t-on besoin de le rappeler ?) intégrera des individus provenant de tous les coins du globe, qui deviendront des québécois à part entière dont la langue et les traditions feront la fierté de tous, de la même manière que les nouveaux arrivants qui s’installent aux États-Unis deviennent instantanément et sans regrets « We Americans ».
Et, devrais-je ajouter, lorsque notre langue nationale, le français, ne sera plus autant menacée qu’elle l’est actuellement par notre isolement, le citoyen québécois pourra enfin envisager sérieusement d’apprendre une multitude de langues à ses enfants, sans craindre que la sienne ne s’en trouve affaiblie. Oui, le Québec-pays a les moyens, s’il fait les bons choix, d’être un foyer culturel et économique rayonnant tout en étant ferme sur son identité. Or, le point d’équilibre qui pourrait faire en sorte que le Québec ne se renie jamais tout en étant un modèle d’ouverture est impossible s’il reste une forteresse assiégée. Nous en avons assez de se défendre, il faut être d’attaque.
Ma conception de l’ouverture est donc définitivement différente de la vision provincialiste et réductrice des Stéphane Gasse, Jérôme Landry, Michaël Ignatieff, Stéphane Dion ou de tout autre trudeauiste méprisant de ce monde. La mienne est très simple : Le Canada est trop petit pour le Québec, nous voulons le monde.
En ce qui me concerne, mes voyages, mes lectures, mes visionnements et ma maîtrise de langues étrangères m’ont renforcé dans ma conviction que le Québec, dans sa situation actuelle, n’est pas à la hauteur de ses capacités et mérite un autre destin, celui de s’épanouir sans craindre pour sa vie.
Je suppose que pour comprendre la vérité il me faudrait un chalet à Boston…


