C’est ce conseiller de Georges Bush qui a proposé en 2004 la stratégie de faire sortir massivement le vote dans les états républicains pour légitimer l’élection d’un président républicain à la Maison Blanche, et rendre le vol du vote de la Floride plus acceptable, état alors gouverné par Jeb Bush, le frère de Georges W.
En 2000, les républicains ont gagné l’élection présidentielle en volant la Floride. Comme ils avaient obtenu 48% du vote, Al Gore a pu contester l’élection et nous n’avons connu le nom du nouveau président que quelques jours avant l’assermentation de 2001. Si ce débat ne s’est pas étiré plus longtemps, c’est parce qu’Al Gore a choisi de ne pas porter l’affaire plus loin au nom des intérêts supérieurs de la nation, et ce, malgré les nombreuses irrégularités qui donnaient à penser que c’était bien les Démocrates qui avaient gagné les élections présidentielles.
Même s’il était victorieux, Georges W. Bush a dû porter l’illégitimité de sa présidence pendant tout son mandat de quatre ans, tout simplement parce qu’il avait accédé à la Maison Blanche avec moins de votes qu’Al Gore qui avait obtenu près de 52% du suffrage exprimé en 2000. C’est là que Karl Rove entre en scène. Le prince des basses œuvres de Georges W. a imaginé un nouveau scénario pour les présidentielles de 2004. Voler de nouveau la Floride avec l’aide de Jeb Bush, mais légitimer la présidence en faisant sortir le vote dans les états déjà acquis aux Républicains.
Au lieu de s’échiner dans les états démocrates, les Républicains ont donc volé le vote dans les états stratégiques et ont mené campagne dans les coins les plus reculés de l’Amérique pour faire sortir le vote non traditionnel et obtenir une majorité absolue qui tairait toutes contestations de la part des Démocrates, malgré toutes les irrégularités qu’ils auraient pu commettre. Les Républicains ont donc réédité l’exploit de voler la Floride, mais cette fois-ci ont muselé les Démocrates qui n’ont pas pu contester le vote de la Floride à cause des 52% de votes obtenus par les Républicains grâce aux états qui leur étaient déjà acquis.
L’histoire ne dit pas si Karl Rove a imaginé ce scénario après avoir vu ce qui s’était passé au Québec en 1995, mais son stratagème ressemble curieusement à la stratégie suivie par le camp du Non. Nous savons tous d’expérience au Québec qu’il est psychologiquement difficile de contester un gagnant qui a obtenu 50%+1 du vote obtenu, même s’il a triché. Le camp du Oui était totalement dévasté au lendemain du 30 octobre 1995. Mon propre père, un indépendantiste reconnu pour sa verve, est demeuré muet pendant deux jours. Même si nous étions convaincus d’avoir gagné et que le référendum avait été volé, c’était bel et bien le clan du Non qui jouissait de cette légitimité et de cet avantage psychologique.
Suivant la même logique établie par Karl Rove, il y aurait même certains exégètes du Non qui travailleraient actuellement à écrire un livre démontrant fallacieusement que c’est le camp du Oui qui a triché en 1995 pour nous nous river définitivement le clou. Preuve que la guerre psychologique de la légitimité n’est pas encore terminée, même 13 ans après le référendum, et raison de plus pour reprendre les hostilités avant que nous soyons tous totalement démoralisés et démobilisés.
Ces deux exemples du Québec et des États-Unis prouvent bien que la règle du 50%+1 confère non seulement la légitimité au gagnant, même s’il ne la mérite pas, mais également un sérieux avantage psychologique à celui qui la détient pour la suite des choses. Il fait même naître le défaitisme dans le camp adverse. Déjà, plusieurs indépendantistes répandent leur pessimisme sur le net en prétendant qu’un objectif de 50%+1 n’est pas réaliste. Avec des alliés de ce genre, nous n’avons certainement pas besoin d’adversaires fédéralistes.
Dans mon billet de dimanche, je vous entretenais au sujet de l’importance de faire sortir le vote lors d’élections référendaires pour obtenir cette légitimité dans les comtés déjà acquis aux Libéraux. Mais comme l’ont prouvé les Républicains en 2004, il est encore plus important d’aller chercher les votes dans les comtés déjà acquis aux Indépendantistes. Karl Rove a démontré que cette stratégie fonctionnait bien.
À moins de vouloir ramer à contre-courant pendant encore bien des années et continuer de voir notre mouvement mourir à petit feu avec des scores inférieurs à 50%, il serait peut-être temps, après 35 ans d’errements référendaires, de suivre les conseils très éclairés de Karl Rove et de s’enligner sur la seule stratégie gagnante, celle de la légitimité que confère la majorité absolue.
J’inviterais tous ceux qui doutent de l’avantage que confère cette majorité absolue, d’observer bien attentivement le comportement politique et psychologique de ceux qui l’ont obtenu dans les jours, les mois et les années qui ont suivi la victoire : les Pierre Trudeau, Jean Chrétien, Georges Bush, sans oublier ce cher Nicolas Sarkozy ! Je vous laisse imaginer l’attitude qu’aurait adoptée Jacques Parizeau ou Lucien Bouchard au lendemain de l’obtention d’une majorité absolue du Oui et de l’effet psychologique que cela aurait eu sur le peuple, même par une voix.
Il y a beaucoup de défaitistes qui répandent l’idée que la majorité absolue ne conférerait aucun avantage aux gagnants, surtout s’il est indépendantiste, que c’est un leurre, étrange comportement venant de présumés indépendantistes convaincus. Si gagner ne donne aucun avantage, pourquoi tous ces pessimistes se battent-ils au juste ?

