Lundi dernier paraissait, sur Vigile, le texte de Simon Roy, "Pour les Etats généraux de l’indépendance du Québec" (EGIQ). Depuis lors, un nouveau débat est entamé, après celui sur la Constitution québécoise, qui avait été amorcé par le chroniqueur André Savard.
Bien sûr, l’idée d’EGIQ a quelque chose de séduisant, surtout pour la réunification et, donc, le renforcement de toutes les forces souverainistes, pour le moment assez éparpillées et divisées, et pour cesser de courir dans la voie, trop longtemps parcourue, des chicanes intestines et du lavage de linge sale sur la place publique. (Vigile n’est tout de même pas un lieu privé, n’est-ce pas !)
Quant à moi, ayant suivi le débat sur la Constitution québécoise, une chose m’a frappée et une idée claire m’est venue à l’esprit : pour accéder à l’indépendance, il faut qu’un parti indépendantiste prenne le pouvoir avec une forte majorité et que, référendum ou pas, élections référendaires ou pas, il la fasse. Mais pour cela, une condition sine qua non est nécessaire : convaincre une bonne majorité de Québécois de la nécessité de l’indépendance et, puisque plusieurs éprouvent un sentiment d’urgence (certains pensent que dans 7 ans, il sera trop tard...), convaincre cette majorité de cette urgence. Or, il est bien évident, comme ça s’est dit ces derniers temps sur Vigile, que la majorité de la population québécoise ne voit pas encore cette nécessité et encore moins l’urgence : tout va relativement bien et on a parfaitement le temps d’attendre !
Alors, si le discours indépendantiste doit s’unifier, c’est en se concentrant sur LES RAISONS DE FAIRE L’INDÉPENDANCE. Ces raisons, il me semble que ça fait très longtemps que je ne les ai pas entendues. Peut-être que ça fait si longtemps que nous-mêmes en sommes convaincus qu’on les a oubliées ! C’est devenu un simple réflexe, une évidence à nos yeux, qui n’a plus besoin d’être expliquée. Il y a, d’un côté, les décolonisés, et de l’autre, les colonisés ou semi-colonisés...
Ce n’est sûrement pas ainsi, avec pareille dichotomie, que nous allons réussir à faire l’indépendance ! Il faut rendre le discours indépendantiste majoritaire et, pour cela, CONVAINCRE les fédéralistes, les tièdes, les "mous" et les indifférents. Il faut "faire sortir le vote", comme on dit en temps d’élections.
Je propose donc, plutôt que de tels Etats généraux qui font beaucoup penser à une certaine "conversation nationale" fort décriée et même ridiculisée, que chacun et chacune se contraigne à l’exercice de développer au moins une raison de faire l’indépendance, en ayant à l’esprit que son explication s’adresse à... des fédéralistes ou des indifférents ! Car c’est eux qu’il nous faut convaincre ! Et ça a bien l’air que ça leur prend de maudites bonnes raisons !
Il me semble que ça serait bien simple (quoique...il faut essayer pour voir !) de commencer par un examen de conscience sur les raisons qui nous ont menés, chacun et chacune d’entre nous, à opter pour l’indépendance, pour un pays à nous. SE RAPPELER de ces raisons et les redéployer sur la place publique et, particulièrement, dans notre entourage, car qui a réussi, depuis un certain nombre d’années, à convaincre un ami, un collègue, une connaissance, de devenir souverainiste ou indépendantiste ? Et comment se fait-il qu’on n’y réussisse pas, ou si peu ? (Le pourcentage de souverainistes stagne depuis des années, quand il ne baisse pas.)
Pour ma part, je suis convaincue que ce qui manque, ce sont les RAISONS, les MOTIFS, nets et précis, de faire l’indépendance. Sur le terrain, sur le champ de bataille, qu’on ne doit jamais perdre de vue, ce sont ces raisons qui importent, qui sont la fibre essentielle avec laquelle se tisse le choix souverainiste. C’est ainsi que nous, convaincus de la nécessaire indépendance, y sommes arrivés, et c’est ainsi que tous les autres y parviendront à leur tour. - Encore faut-il leur rappeler ces raisons, et les en convaincre !
Il me semble qu’à cette fin, on pourrait ouvrir une section spéciale sur Vigile, appelée "Les raisons de faire l’indépendance". Devraient y être inclus non seulement les raisons, mais aussi les "dangers" de l’indépendance, comme l’a signalé Gilles Bousquet, en démontrant que les raisons sont supérieures, en effets positifs, aux possibles effets négatifs des dangers. (Car, ne nous le cachons pas, bien des gens craignent ces effets négatifs, et croient que ça pourrait ou que ce serait pire dans un contexte d’indépendance.)
De plus, les diverses analyses produites et publiées sur Vigile devraient toujours mettre de l’avant ces raisons, ou l’une d’entre elles, et servir de démonstration de la nécessité et de l’urgence de faire l’indépendance. Si, par exemple, je prends le cas de mes chroniques, axées sur l’analyse du rapport Bouchard-Taylor, je pourrais les modifier en ce sens, en ayant toujours pour but de montrer et de conclure que "voilà une autre raison de devenir souverains et indépendants".
Voici comment j’envisage cette section spéciale. Premièrement, ça prend une personne coordonnant les textes, qui ne devraient pas dépasser une page à simple interligne : SIMPLE, et COURT ! qui FESSE ! Que ça frappe l’imaginaire, comme un slogan. Cette personne gérerait donc cette section et pourrait, sinon devrait faire des synthèses hebdomadaires et relancer la discussion si celle-ci bifurque vers des questions connexes aux raisons comme telles.
L’objectif visé est d’arriver au choix de, disons, trois (3) raisons majeures, et fortes, convaincantes, de faire l’indépendance, puis d’en faire l’essentiel de la prochaine campagne électorale. Les élections se gagnent souvent par un slogan puissant, ou par une image forte qui sait réveiller l’imagination et la fibre nationaliste, la FIERTÉ d’être Québécois et le DÉSIR d’être souverain, libre.
Donc, si ma proposition est agréée, voici une piste de départ, car j’ai commencé à faire l’exercice que je demande à chacun et chacune d’entre nous.
La principale raison pour laquelle je veux l’indépendance du Québec, c’est la DÉPENDANCE POLITIQUE que subit notre gouvernement face au gouvernement fédéral, la prédominance constante des lois canadiennes sur les lois québécoises qui nous empêchent de réaliser nos objectifs sociétaux. - CQFD, évidemment, en une page.
La seconde, qui lui est liée de près, c’est la prédominance du multiculturalisme canadien et de la Charte canadienne des droits et libertés sur celle du Québec et qui, se faisant, nous réduit à une minorité et à une culture parmi d’autres et met en cause l’existence d’un Québec français. - CQFD, évidemment, en une page.
Il reste, bien sûr, la démonstration (le CQFD, ce qu’il faut démontrer). Ce sont là deux raisons, mais certainement pas les seules, ni nécessairement les plus fortes. A nous tous et toutes de nous mettre au travail et de regrouper ces raisons ! Une fois les trois (3) essentielles trouvées, d’ici les prochaines élections, le discours public devra être RÉPÉTITIF, frapper sans cesse sur le même clou et devenir évident pour une large majorité de la population.


