Vigile a-t-il joué un rôle dans la tentative de déstabilisation de Pauline Marois ?
Dans un texte intitulé : "chronique d’un putsch raté" (Tribune libre, Vigile, 9 février 2012), j’ai commencé une tentative de description de ce qui s’est passé autour de Gilles Duceppe dont certains auraient voulu qu’il remplace Pauline Marois à la tête du Parti québécois. Le moment est venu de poser une question : Vigile a-t-il joué un rôle dans la tentative de déstabilisation de Pauline Marois ? Si le mot putsch vous semble excessif, remplacez-le par acharnement critique en vue de pousser des militants à vouloir se débarrasser de Pauline Marois comme chef du Parti québécois. Que la question déplaise ou non à la direction de Vigile, elle se pose quand même. Est-ce que Vigile a tenté de jouer un rôle dans la tentative de déstabilisation de la députée de Charlevoix ? A moins d’habiter sur la planète Mars, tous les Québécois savent qu’une telle tentative a eu lieu et que Gilles Duceppe et Bernard Landry y ont participé.
D’abord quelques définitions adressées à ceux qui contestent l’utilisation du mot "putsch".
putsch : soulèvement, coup de main d’un groupe en vue de prendre le pouvoir ; il peut y avoir de la violence armée mais ce n’est pas nécessaire. Il y a bien des façons d’essayer de prendre le pouvoir dans une organisation, un parti ou un Etat ; et de tenter de remplacer la personne qui a été choisie démocratiquement ;
putschistes : ceux qui participent à un putsch ou sont les partisans d’un putsch afin de prendre le pouvoir à l’encontre de la démocratie ;
Pauline Marois : femme politique, chef du Parti québécois qui détient le pouvoir dans son parti ; elle a obtenu un vote de confiance de 93.3% au dernier congrès de son parti ;
Gilles Duceppe : homme politique qui a démissionné comme chef du Bloc québécois après la défaite cuisante des élections du 2 mai 2011 ; était en réserve de la République.
Bernard Landry : ex-premier ministre qui a annoncé qu’il publierait une lettre sur le leadership au Parti québécois. Bernard Landry est l’ennemi de Pauline Marois qu’il accuse d’avoir torpillé son leadership alors qu’il était le chef du Parti québécois. Il s’agit d’une de ces luttes intestines qui existent souvent dans les partis politiques et qui sont détestables. Regardez par exemple l’attitude de rejet total de Pierre Paradis par Jean Charest.
Marc Laviolette et Pierre Dubuc : militants qui ont réclamé ouvertement le départ de Pauline Marois et son remplacement par Gilles Duceppe
Parlons de Vigile. Vigile est un site web indépendantiste. Il respecte la diversité des opinions. Au milieu du mois de juillet 2011, l’Éditeur de Vigile Bernard Frappier a pris position avec une vigueur exceptionnelle contre Pauline Marois et contre le Parti québécois. C’est le texte qui commence par : "Pauline Marois m’ennuie" et qui finit par : "Il ne semble plus y avoir d’autre issue que celle de fonder un nouveau parti politique indépendantiste." Conclusion de Bernard Frappier : "l’alternance semble bloquée, tellement le PQ-Marois apparaît comme un repoussoir pour une majorité d’électeurs".
Nous nous demandions comment, en pratique, le webmestre ferait une distinction entre son opinion de citoyen anti-Marois et sa fonction d’Editeur de Vigile. Est-ce que Vigile allait servir d’instrument pour faire valoir sa prise de position au détriment de la position contraire ? Objectivement, on peut dire que les pro-Marois ont pu s’exprimer et qu’une certaine diversité des opinions a été respectée. Mais on doit dire aussi que par la quantité et par la place occupée ainsi que par les commentaires en gris quasi-éditoriaux sur la page Actualité, la position anti-Marois a été privilégiée par la publication de textes nombreux et bien placés de Pierre Cloutier et Richard Le Hir.
Il est difficile d’évaluer l’influence réelle de ces textes probablement lus par de nombreux militants indépendantistes dont un certain nombre participeraient au conseil national. Difficile d’évaluer aussi l’influence des textes qui leur ont répondu. Qui a gagné le débat entre les bizard-reries de Richard Le Hir et "Vigile dans la fosse…à purin" de votre serviteur ? Ce n’est pas la question qui est traitée ici. Le sujet c’est de se demander si Vigile a été l’un des acteurs du putsch.
Or, pendant des semaines depuis juillet 2011, le factotum de Bernard Landry, Pierre Cloutier, sur Vigile, a tenté de miner le leadership de Pauline Marois en attaquant de manière répétitive et acharnée le concept de gouvernance souverainiste et dans ses textes principaux et dans ses commentaires publiés instantanément qui, souvent, plombaient les débats. Pauline Marois, selon Cloutier (qui vient de publier un livre où il continue d’attaquer Marois), ne passe pas le test de la pureté indépendantiste.
Puis, en vue du Conseil national de la fin de janvier 2011 et en vue d’un vote de non-confiance à l’égard de la chef, Vigile a attaqué Pauline Marois à travers son mari Claude Blanchet et à travers sa richesse rendue visible par sa maison à 7 millions de l’île Bizard. Richard Le Hir et Vigile ont reçu une mise en demeure de Claude Blanchet par le bureau d’avocats Heenan Blaikie et les deux textes de Richard Le Hir ont été retirés.
Comme exemples de textes qu’un Editeur objectif et neutre n’aurait pas publié, citons l’article mesquin de Pierre Cloutier avec photos du château de l’Ile Bizard
Les trésors de l’Île "Bizarre"
La petite histoire de La Closerie, du couple Marois-Blanchet
Tribune libre de Vigile 19 janvier 2012
où il soutient cette thèse extraordinaire : une femme qui a habité une telle demeure ne peut pas défendre les intérêts du peuple québécois et de sa classe moyenne. Ce qui ne lui mériterait certes pas un doctorat en science politique.
Et citons aussi l’article où Richard renchérit :
Le PQ à l’agonie
Nous sommes unis, la joie brille dans nos yeux...
Une farce au caractère tragique ou une tragédie à l’allure de farce ?
Tribune libre de Vigile 28 janvier 2012
qui contient des illustrations comme la caricature de Serge Chapleau avec Marois les deux pieds dans le ciment. Deux articles indignes d’une société de droit où tous les citoyens ont un droit égal au respect.
Si on fait le bilan de toutes leurs interventions anti-Marois, nous pouvons conclure que de toute évidence ces deux auteurs-vedettes de Vigile qui publient en Tribune libre ont fait partie de la tentative ratée de putsch. Ceci dit objectivement et sans aucune polémique. Simplement pour établir des faits.
A eux de tirer les conséquences de leur échec. Avec Duceppe et Landry, Cloutier et Le Hir auraient été dans les arcanes du pouvoir. Maintenant, ils peuvent ronger leur frein. Vont-ils continuer dans la même voie ? Il semble que oui si on lit Cloutier ce militant mal-aimé qui se lance dans la poésie didactique et qui a bien besoin qu’on fasse son éloge.
Et est-ce que Vigile va reviser sa position sur Pauline Marois et le Parti québécois si on tient compte de la nouvelle conjoncture politique qui résulte des événements récents ? Et comment va fonctionner pratiquement Vigile dans sa Tribune libre ? Va-t-il privilégier la diversité des opinions ; les pro-Marois seront-ils les bienvenus et dans leurs textes et dans leurs commentaires ?
J’aimerais qu’on nous le dise clairement en toute transparence. J’aimerais que Bernard Frappier me dise clairement s’il ne préférerait pas que je laisse toute la place à ceux qui pensent comme lui.
Pour qu’on puisse décider s’il vaut la peine que nous continuions à financer Vigile ; pour que nous cessions de nous demander si le temps ne serait pas venu de faire comme les femmes brutalement rejetées qui ont quitté dignement Vigile.
robert barberis-gervais, vieux-longueuil, 10 février 2012


