Les élections municipales à Montréal, une victoire morale ?
Nous pouvons en effet nous consoler : n’avons-nous pas voté de manière « normale » ? Le vote francophone, contrairement au vote anglophone, ayant été largement distribué aux trois candidats, n’avons-nous pas ainsi dignement échappé au « vote ethnique » ? Ne sortons-nous pas, au fond, grandis de cette élection ?
Bien sûr, bien sûr... Mais alors que nous accumulons les prix de consolation, nous, la majorité, sommes sur la voie de perdre notre pouvoir de décision dans la métropole du Québec !
On peut toujours rêver d’un vote anglophone plus équilibré, moins unilatéral... mais comment diable devrait-on s’y prendre pour que ce rêve devienne réalité ? On peut même penser que les anglophones devraient savoir qu’une élection municipale n’a rien à voir avec la « question nationale »... mais comment diable croyons-nous les en convaincre ? N’ont-ils pas leur propre point de vue sur cette question ? Et peut-être après tout n’ont-ils pas vraiment tort de croire que cette élection n’échappe pas totalement à la « question nationale »...
N’est-il pas plutôt naïf de croire à la « normalité » de notre situation collective, d’agir en fin de compte comme si tout était normal, alors même que, précisément, nous avons là encore une démonstration d’un remarquable mirage, d’un aveuglement presque volontaire ? Les Québécois devraient sans doute commencer par admettre que leur situation n’a que généralement bien peu à voir avec la « normalité ». Et que, en particulier, la « reconquête de Montréal » est encore une illusion.
J’ajouterais que celle-ci n’est malheureusement qu’une seule des nombreuses illusions que nous entretenons sur nous-mêmes. Notre premier devoir serait de les dissiper. La « question nationale » ne se laisse pas si facilement mettre sous le tapis.
Sylvain Maréchal
