Cher Louis Cornellier,
Je vous lis toujours avec intérêt, mais laissez-moi vous dire que, ce samedi 30 mai, je suis presque tombé en bas de ma chaise après la lecture de votre article sur Marcel Trudel. En fait, votre critique du dernier ouvrage de Trudel m’a profondément désespéré.
Que vous reconnaissiez le talent d’écrivain de Trudel, la qualité de la narration dans ses écrits, l’originalité de ses sujets, soit. Je ne suis pas sûr que j’encenserais ainsi un ennemi notoire de notre projet national, mais cela peut toujours se justifier. Cependant, quand vous donnez raison à cet historien et à ses comparses de l’École de Québec à l’effet que la situation des Canadiens-français à la suite de la Conquête aurait été "pas pire", je ne comprends pas. Comment quelqu’un comme vous, qui connaît pourtant l’histoire de ce pays, et souverainiste de surcroît, peut approuver la falsification historique des Trudel et cie. qui affirment que notre situation fut loin d’être dramatique après la Conquête ?
Dois-je vous rappeler que c’est de la Conquête, notre tragédie nationale, que découlent notamment les terribles événements de 1837-1839 ? Dois-je vous rappeler que c’est donc aussi de la Conquête que découle l’Acte d’Union, avec pour but l’assimilation de notre peuple ? Dois-je également vous rappeler que de la Conquête vient la mainmise anglaise sur le commerce et les affaires avec pour conséquence la paupérisation et la prolétarisation des Canadiens-français, une situation de souffrance extrême qui perdurera au moins jusqu’aux années 1960 ? Et j’en passe, car toutes ces choses, je crois bien que vous les connaissez.
Pourquoi alors affirmer avec Trudel que notre situation après la Conquête a été "pas pire" ? Pas de tragédie, même pas de drame, on était "pas pire" ! Les qualités d’écrivain de Trudel vous auraient-elles aveuglé à ce point ? Je vous relis et les bras m’en tombent.
Salutations malgré tout,
Pierre-Luc Bégin, directeur
Éditions du Québécois
Québec, Québec
www.lequebecois.org

