Montréal, le 21 mai 2009
En cette fin de superbe journée ensoleillée, je me permets de taquiner un peu, en commentant leur propos, ceux que j’appellerai les inconditionnels du PQ, qui, depuis plusieurs mois, émettent sur Vigile des réactions indignées aux critiques que d’autres infligent à ce parti qu’ils appuient.
Je serai impitoyable. Comme on dit en anglais mal traduit, ne le prenez pas personnel. Aussi, je me doute que certains voudront bien me le rendre !
Bref, en faisant la synthèse des interventions des inconditionnels, on se retrouve devant un dispositif de rationalisation commun, qui se fonde sur quelques arguments bien précis.
Ces arguments sont-ils convenablement appuyés ? Voyons cela de plus près.
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Première Grande Vérité des inconditionnels : Le PQ ne peut pas aller plus vite que les Québécois ; Les appuis sont bas, il est donc de mise d’y aller à pas feutrés. Une fois au pouvoir, nous aurons les outils en mains pour faire avancer la cause.
Cette affirmation est le fondement même de la foi de plusieurs inconditionnels. Or, à mon humble avis, elle est dramatiquement erronnée, de bout en bout.
D’abord, examinons les appuis : Entre quarante et cinquante pourcent, au dessus de cinquante il y a cinq ans à peine. Les tenants d’une foule de projets politiques bien légitimes n’osent même pas rêver d’un magnifique plancher comme celui-là. Imaginez, la gauche de Québec Solidaire est en liesse lorsqu’elle atteint huit pourcent ! Et que dire de l’ensemble des partis politiques à Québec et à Ottawa, qui pataugent dans les trente-quelque pourcent, y compris le PQ lui-même ? Laissent-ils tomber leur quête du pouvoir pour autant ? Au contraire, ils célèbrent au champagne et mettent leur programme en oeuvre, sans gêne, lorsqu’ils sont élus avec ces scores bien en deça de la majorité absolue.
D’ailleurs, du simple fait que le PQ soit moins populaire que l’indépendance en ce moment même, et depuis déja plusieurs années, il est pour le moins hasardeux de prétendre qu’elle le handicape, me semble-t-il.
Dans le même ordre d’idées, la question de l’appui à la tenue d’un référendum, qui serait trop faible. Le même défaitisme afflige ici certains inconditionnels. Sinon très brièvement, il n’est jamais arrivé qu’une majorité de Québécois réclame un référendum. Du moins, ce n’était pas le cas en 1995. Or, Parizeau a foncé quand même et le taux de participation fut exceptionnellement élevé, avec le résultat serré qu’on connaît. Croire que l’impopularité du référendum témoigne d’un risque équivalent de le perdre, c’est regarder le problème par le mauvais bout de la lorgnette. C’est justement la peur de perdre qui fait que l’électorat redoute les consultations de ce type, sur des enjeux qui ne sont pas consensuels. Dans le cas qui nous occupe, les gens qui sont contre le référendum ne sont pas tous contre l’indépendance. Loin s’en faut.
Ensuite : gouvernance et action dite souverainiste. À mon sens, nous abordons ici la portion la plus spectaculairement faible de l’argumentaire péquiste, à laquelle bien des inconditionnels semblent pourtant adhérer les yeux fermés. On est inconditionnel ou on ne l’est pas, si je comprends bien.
À cet égard, rien, absolument rien dans l’histoire du PQ, ne nous permet de conclure que cette volonté prétendue de faire lever l’appui à l’indépendance une fois au pouvoir provincial, n’est autre chose qu’une chimère qui n’a aucun bon sens. C’est tellement gros qu’on n’a d’autre choix que de douter, ou bien du talent, ou bien de la sincérité des élites péquistes en cette matière.
Comment ne pas voir que de tout temps, intendance provinciale prolongée et création d’un momentum indépendantiste ont été parfaitement antinomiques. Plus le PQ exerce le pouvoir, plus l’appui à l’indépendance descend. Y compris sous le très charismatique Lucien Bouchard. On me dira que c’est à cause du déficit, des coupures, du conservatisme, de ci, de ça. Or, il y a toujours des embûches et des critiques de ce genre lorsqu’on gouverne, et c’est encore plus vrai dans cette fédération, quand on est au gouvernement du Québec, et qu’on essaie de servir les intérêts d’une nation avec les moyens d’une province.
Et même si on veut faire abstraction de cet éléphant dans le salon, il demeurera qu’en soi, le fait de prôner une option de cette nature et de gouverner sans la mettre en vigueur pose un criant problème de crédibilité. En effet, quel message cela envoie-t-il sur la viabilité de l’option en question, et sur la sincérité de ses promoteurs ?
Que penserait-on d’un parti vert qui dirait : " Élisez nous, mais, ne vous inquiétez pas, nous ne mettrons pas nos politiques environnementales en oeuvre. Nous les avons toujours cru essentielles et urgentes, mais nous ferons cela plus tard " ?
Que penserait-on, encore, d’un parti vert existant depuis quarante ans, qui ferait campagne électorale sans proposition verte, serait battu, et qui, deux ans plus tard, reporterait de deux autres années l’adoption d’un éventuel programme vert qui ne serait " pas encore prêt " ?
Ces questions ne se posent pas parce que cette éventualité est tout simplement inconcevable, et ce, même si le parti Vert ne recueille encore aujourd’hui que peu d’appuis.
Autre Vérité des inconditionnels : La base indépendantiste se divise, ce qui a pour effet d’en saper la cohésion et complique la tâche du PQ. Les militants qui remettent l’autorité péquiste en question sont, en quelque sorte, égarés, et leurs critiques sont mal dirigées, exagérées, et/ou contre-productives. Il y a encore ici, à mon sens, erreur de perspective. Je soumets ceci aux inconditionnels : Et si le mouvement s’effritait parcequ’il a, à son sommet, une formation qui revendique une étiquette dont elle refuse d’assumer les responsabilités inhérentes ? Pensez-vous que la division, pour l’essentiel, durerait encore longtemps si le haut de la pyramide établissait dès maintenant un échéancier tangible et tenait un discours mobilisateur ?
L’histoire péquiste nous montre qu’il y a toujours eu un certain nombre de dissidents. Monsieur Parizeau fut-il pour autant empêché d’agir, assez efficacement merci ? Notons qu’ il fut lui-même dissident un moment donné.
Parlant de Parizeau, il se trouve toujours un ou une Inconditionnel(le) du PQ pour brandir le fait que l’ancien chef, ces temps-ci, n’alimente aucune contestation. A-t-on oublié que, peu avant la dernière élection, Monsieur Parizeau avait déclaré que le thème central devrait en être la souveraineté ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous fumes à quelques milliards d’années-lumières de là. Pourquoi ? Avions-nous soudain de redoutables adversaires sortis de nulle part ? L’ADQ en déroute ? Harper ? Dion ? Charest ? Allons donc.
Autre jugement de valeur des inconditionnels : Ceux qui critiquent sont des purs-et-durs qui trouvent que les choses ne vont pas assez vite, pas de la bonne façon. Cette rationalisation bien commode ne tient pas la route ; En effet, comment peut-on critiquer une façon de faire quand, justement, il ne se fait apparemment rien ? Comment mesurer la vitesse d’une démarche dont tout indique qu’elle n’existe pas ? Voyez vous, chers inconditionnels, non seulement le PQ n’avance pas, mais il propose de reculer, en s’emberlificotant dans une éventuelle gouvernance dénuée d’objectif indépendantiste concret.
En ce qui a trait au concept fourre-tout de purs-et-durs déconnectés — en vente, pas cher, chez Gesca-La Presse — , encore là, ça ne colle pas. Il est facile de noter que de nombreux intervenants qui déchantent sur Vigile et ailleurs, ont pourtant appuyé le PQ contre vents et marrées jusqu’à tout récemment, s’ils n’y ont pas, en plus, milité activement pendant de nombreuses années, sinon des décennies, sinon depuis les tout débuts de son histoire.
Enfin, l’argument de dernier recours des inconditionnels : Même s’il n’est pas indépendantiste dans les faits, le PQ a tout-de-même une éthique supérieure et une plus grande volonté de défendre notre caractère national. Donc, vaudrait mieux cela que rien du tout.
Va pour l’éthique. En effet, on a très peu vu ce parti mêlé aux histoires d’enveloppes brunes et autres combines douteuses, habituellement libérales et conservatrices, qui défraient périodiquement la manchette. Par contre, s’il est vrai que, pour ce qui est de freiner quelque peu notre constante régression dans l’éteignoir canadien, les premières années de pouvoir péquiste furent peut-être le plus beau soubresaut de notre histoire — initié auparavant sous les libéraux de Lesage et l’UN de Johnson —, la suite des choses, en termes de de défense identitaire, est plutôt une sorte de déclin en demi-teintes de plus en plus pâles, auquel l’arrivée du gouvernement libéral en 2003 n’a pas apporté d’accélération significative.
Le français périclite à Montréal depuis les années 90, sans que le PQ n’y ait fait quoi que ce soit. On a même sabré dans les centres d’orientation des immigrants qui faisaient, entre autres choses, de la francisation. Depuis, les péquistes accordent grosso-modo la même importance que les libéraux à l’enseignement de l’anglais, qu’on présente comme un passeport, ma foi, pour aller jusque sur la planète Mars, alors que rien de bien convaincant n’est amené pour solutionner l’état de délabrement et de créolisation navrant dans lequel se trouve actuellement le français.
Encore ici, l’histoire récente nous montre que les libéraux sont tout-à-fait capables d’un nationalisme intra-fédéral rivalisant avec celui du PQ. Ils n’ont été vraiment supplantés à cet égard qu’à la glorieuse période de l’adoption de la loi 101. Pour le reste, en toute objectivité, on constate que ces deux formations donnent tour à tour, et souvent ensemble, dans un réflexe défensif qui témoigne plus du problème qu’il ne constitue la solution. Ça fait l’affaire, à l’occasion, pour sauver les meubles. Mais ça n’a rien à voir avec l’indépendance.
Quoi qu’il en soit, si les péquistes et ceux qui les supportent presque inconditionnellement décident enfin de tirer des leçons de l’histoire, peut-être alors le parti Québécois cessera-t-il de nous offrir le spectacle d’une formation fossilisée quelque part entre 1995 et aujourd’hui.
Entre-temps, se perdre en conjectures et en remontrances n’empêchera personne de constater les faits, et d’en tirer des conclusions.
N.Payne

