Les électeurs de la circonscription de Rousseau, un château-fort péquiste, ont décidé lundi dernier de continuer d’accorder leur confiance à la formation indépendantiste. Après la dure défaite dans le comté très francophone de Rivière-du-Loup, cette victoire évite le pire à Pauline Marois, chef du Parti québécois.
La déconfiture adéquiste à ce scrutin partiel permettra également à la dirigeante péquiste d’éviter momentanément de se retrouver sous les projecteurs des médias. Une accalmie qui sera brève cependant, puisque la course au leadership qui malmène l’ADQ connaîtra son dénouement en octobre prochain.
Plusieurs indépendantistes auraient néanmoins souhaité que le candidat libéral l’emporte. Seul ce type d’électrochoc aurait provoqué de profonds changements dans le programme politique du Parti québécois, selon eux. Des remises en questions majeures telle que l’élaboration d’une nouvelle loi 101, où la fréquentation des cégeps francophones aurait été imposée à tous les étudiants désireux de poursuivre leurs études. Inutile de se conter fleurette davantage : les statistiques des dernières années montrent que la langue française perd du terrain au Québec. Parlez-en à Louise Harel ! La principale réforme que le Parti québécois refuse d’entreprendre, celle qui concerne évidemment son mode d’accession à la souveraineté, aurait finalement été enclenchée. La mécanique étapiste rebute tellement les Québécois que ceux-ci préfèrent endurer un gouvernement qui croule sous les scandales de corruption, et qui coule à pic, parce qu’incapable de supporter le poids des déficits budgétaires qui s’alourdit sans cesse. Voilà qui n’est pas peu dire !
Le courage et l’audace qui ont longtemps caractérisé le PQ, au prix de débats internes parfois virulents, sont deux qualités qui seraient certainement réapparues, si le résultat électoral du 21 septembre avait été différent. L’attentisme aurait enfin cédé le pas à une dynamique proactive. Plus question d’imposer un ultime référendum aux Québécois, une joute sans lendemain face à un adversaire qui n’a aucunement l’intention de respecter la Loi sur la consultation populaire du Québec.
En conservant son château-fort de Rousseau, l’intelligentsia péquiste conclura que sa présente démarche est la bonne. Elle misera sur cette bonne vieille recette qui veut que l’usure qui afflige un parti qui en est à un troisième mandat au pouvoir, le mène toujours à sa perte. C’est donc manifestement par la petite porte que le PQ compte accéder au gouvernement du Québec. Navrant.
Ceux qui dorment sur cette « stratégie » ont-ils réfléchi, un tant soit peu, sur l’état de délabrement extrême dans lequel sera le poste de pilotage, lorsqu’ils s’installeront aux commandes de l’appareil étatique en perdition ? La cote de solvabilité du Québec sera en chute libre, tout comme les montants qui seront à leur disposition pour concocter un budget. De plus, de gros nuages sombres menaceront l’horizon québécois, parce que le gouvernement fédéral dictera de nouvelles règles du jeu fiscal pour éponger son propre déficit. Face à de pareilles turbulences, celles qu’on accole au projet souverainiste paraissent futiles.
Le prochain appel aux urnes comportera un enjeu capital qui interpellera les Québécois. Quelle solution en effet voudront-ils retenir pour réparer les dégâts que la tempête économique aura laissés derrière elle ? Quels outils choisiront-ils pour entreprendre ce grand nettoyage ? Ne pas leurs en proposer, en choisissant le statut quo, enfoncera davantage le Québec dans la misère parce qu’il est certain que son état de santé sera le dernier des soucis d’Ottawa, préoccupé uniquement par le sien. En conséquence, le Parti québécois doit offrir son article 1 aux gens. Il serait irresponsable de sa part de ne pas le faire.
Quelques années séparent les Québécois de leur prochain rendez-vous électoral. Voilà qui donne du temps aux ténors du PQ pour construire des ponts avec des partenaires indépendantistes, afin de peaufiner une stratégie qui informera la société civile que la voie électorale sera dorénavant décisionnelle. Advenant l’obtention d’une majorité absolue des suffrages exprimés autour d’un projet de pays, l’administration arc-en-ciel qui hériterait du mandat serait autorisée à aller de l’avant. Une victoire sans l’appui de plus de 50% des gens pourrait entraîner le refus de celle-ci de gouverner. Aux fédéralistes minoritaires de se casser la gueule au pouvoir, muselés par le cadre fiscal fédéral, jusqu’à ce que les Québécois en aient assez de ce supplice.
Évidemment, un programme semblable exige le courage et l’audace évoqués plus haut. Des qualités qui apparaissent lorsque l’heure est grave. Dieu sait pourtant qu’elle l’est ! Malheureusement, la victoire du Parti québécois à l’élection partielle de lundi dans la circonscription de Rousseau, confortera ses apparatchiks. Soudainement, ils oublieront les signaux très inquiétants des derniers mois et auront l’illusion qu’ils ont l’appui des indépendantistes. Espérons qu’ils se réveilleront avant qu’il n’y ait plus suffisamment de temps pour donner un véritable sens à la prochaine élection générale.
Patrice Boileau

