Depuis quelques jours, plusieurs personnes s’élèvent contre les jugements négatifs portés à l’égard du nouveau président de la Caisse de dépôt et de placement (CDP), Michael Sabia. On accuse les détracteurs de ce néophyte en gestion de fonds de lui reprocher d’« être né à l’extérieur du Québec ». Rétablissons les choses.
Si en 1999, le Fonds de solidarité de la FTQ n’avait pas assumé un leadership fort dans le sauvetage de Renaud-Bray en rendant possible sa fusion avec Champigny et Garneau, elle serait probablement tombée entre les mains de la chaîne fusionnée Chapters-Indigo-Coles. La plus grosse chaîne de librairies au Québec aurait alors été canadienne-anglaise.
Si en 2000, la Caisse de dépôt n’était pas intervenue pour s’assurer que Quebecor Media emporte sa bataille contre Rogers Communication pour l’acquisition de Vidéotron, ce joyau de la câblodistribution au Québec serait aujourd’hui entre les mains d’une entreprise torontoise.
Il y a quelques semaines, l’ex-Premier ministre Jacques Parizeau a souligné qu’au moment où l’Alcan, dont le siège social est à Montréal, faisait l’objet de convoitises, « la Caisse aurait eu l’importance nécessaire pour organiser un groupe qui puisse prendre un gros paquet d’actions dans Alcan, par exemple. C’est ridicule qu’on ait laissé filer le contrôle sur l’Alcan » aux mains de Rio Tinto.
Voilà ce que les Québécois attendent de la CDP. Au contraire, les milieux financiers torontois n’ont jamais caché leur agacement devant la résistance que leur a toujours opposée la CDP en sol québécois. Ils se sont souvent plaints de sa « trop » grande puissance, émettant périodiquement le souhait qu’elle soit segmentée ou partiellement privatisée (tout comme Hydro-Québec d’ailleurs).
La dernière chose à faire était donc de nommer l’un des leurs à la tête de notre bas de laine. Or, le passage peu reluisant de Michael Sabia à BCE a notamment été marqué par ses manigances pour faire déménager le siège social de Montréal à Toronto. Et le siège social montréalais du CN privatisé sous sa gouverne n’est plus qu’une coquille vide.
Cet ancien employé du ministère fédéral des Finances et ex-sous-secrétaire du Cabinet au Conseil privé à Ottawa aura-t-il les réflexes spontanément québécois qu’on attend du président de la CDP ? Il est certainement permis d’en douter.
Christian Gagnon
Montréal


