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160e anniversaire de l’incendie du Parlement de Montréal
SSJB : 1 : The Gazette : 0


Comme chacun sait, il n’est souvent que justice de voir l’arroseur se retrouver malgré lui dans le rôle de l’arrosé. Et c’est là le traitement bien mérité qu’a réservé la Société Saint- Jean-Baptiste de Montréal au journal The Gazette. Apostrophé par la SSJB au sujet de son lourd passé, ce quotidien anglophone habituellement si enclin à jouer les objecteurs de conscience des souverainistes québécois, a été sévèrement pointé du doigt par les médias lors du 160e anniversaire de l’incendie du Parlement de Montréal, souligné le 25 avril dernier.

Les ennuis de The Gazette ont commencé dès le jeudi 23 avril. Par le fait d’un providentiel alignement de planètes et sans la moindre coordination avec la SSJB, le député péquiste de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Martin Lemay, a présenté une motion afin que l’Assemblée nationale souligne le 160e anniversaire de l’incendie du Parlement de Montréal, qu’elle se souvienne de ce triste épisode de notre histoire, et qu’elle reconnaisse que le « bill pour indemniser les personnes du Bas-Canada dont les propriétés avaient été détruites durant la rébellion dans les années 1837 et 1838 » a été courageusement adopté par les parlementaires de l’époque malgré les menaces et la violence largement inspirée par le journal The Gazette. Mais compte tenu des règlements de l’Assemblée nationale, le gouvernement devait donner son accord à ce que la motion sans préavis soit débattue. Il n’y a pas consentement, M. le Président, a alors laissé tomber le leader parlementaire adjoint des Libéraux, Henri-François Gautrin. Youpelaïe, a aussitôt échappé le deuxième vice-président de l’Assemblée, Jean-Jacques Chagnon, incapable de contenir son étonnement alors qu’il dirigeait les travaux. On peut visionner ce lamentable épisode parlementaire sur le site Youtube sous la rubrique « Rejet par les libéraux de Jean Charest de la motion sur l’incendie du Parlement 25 avril 1849. »

Comme vous le rappelait votre journal Le Patriote d’avril dernier, The Gazette avait joué un rôle aussi zélé que honteux dans la fanatisation des émeutiers venus exprimer leur colère au Parlement. Ils étaient furieux que le gouvernement de Louis-Hippolyte Lafontaine ait fait adopter des dédommagements aux victimes de la dure répression de l’armée britannique à la suite des rébellions de 1837 et 1838. Le Parlement avait alors été saccagé puis incendié. Dans les jours suivants, des émeutiers avaient même mis le feu à la maison du Premier ministre La Fontaine et attenté à sa vie. Le Parlement ne siégea plus jamais à Montréal.

Résolue à ne pas laisser filer ce 160e anniversaire sans en découdre avec The Gazette, la SSJB a d’abord émis un communiqué le vendredi 24 avril dernier, veille de l’événement, invitant la direction dudit journal à saisir l’occasion de cet anniversaire pour exprimer des regrets à l’égard du rôle joué par ce quotidien dans une telle explosion de violence et d’intolérance. Ceux-là même qui ont tant évoqué un supposé devoir de mémoire lors de la controverse sur la commémoration des 250 ans de la bataille des Plaines d’Abraham ont aujourd’hui l’occasion de prêcher par l’exemple, a déclaré le président de la SSJB, Mario Beaulieu. Tant que The Gazette n’aura pas vidé ses placards de ses plus sordides squelettes en faisant sincèrement amende honorable, les grandes leçons de respect des droits individuels que nous servent périodiquement ses éditoriaux n’auront aucune crédibilité, a ajouté M. Beaulieu.

Grand confesseur devant l’éternel, le journal The Gazette a cette fois tôt fait de sentir la soupe chaude. Ce même 24 mai, son site Internet diffusait une riposte pitoyable. Le journaliste Philip Authier y cite son patron, l’éditeur Andrew Phillips, clamant que The Gazette ne s’excusera pas. Réfutant toute responsabilité devant l’Histoire, M. Philips argue qu’il est abusif de blâmer le journal alors qu’à l’époque, d’autres quotidiens anglophones de la ville avaient aussi attisé les émotions. Ainsi, en vertu de cette étrange logique, si d’autres journaux étaient eux aussi coupables d’incitation à la haine et à la violence, alors The Gazette est innocent. L’éditeur en chef ajoutera qu’en appelant les « Anglo-Saxons » à accorder leur allégeance à la suprématie de leur « sang » et de leur « race », The Gazette n’a fait qu’utiliser le langage typique de l’époque. Pourtant, The Gazette ne s’est jamais gardé de faire le procès lapidaire de nationalistes québécois des siècles passés qui, comme Henri Bourassa et Lionel Groulx, ont jadis employé le mot « race » dans son sens désuet de « nation ». Ce douteux plaidoyer a néanmoins été publié bien en vue dans son édition à fort tirage du samedi. Mais déjà, The Gazette s’attendait sans doute à perdre la bataille des médias. Il ne lui restait plus qu’à faire le dos rond en attendant la fin de la tempête.

Et pour cause, puisque ce même 25 avril dès l’aube, la SSJB répliquait, à nouveau par communiqué. Hier, l’éditeur en chef de la Montreal Gazette, Andrew Phillips a déclaré qu’il trouve ridicule qu’on ramène cette ancienne histoire, vieille de 160 ans. Pourtant, ce quotidien considérait la reconstitution de la défaite des Plaines d’Abraham, il y a 250 ans, comme un signe de maturité. M. Phillips tente de minimiser le rôle joué par The Gazette dans ces événements en invoquant l’intervention de plusieurs autres journaux. En fait, des cinq autres journaux anglophones (Courier, Herald, Transcript, Witness, Punch), quatre s’opposaient à Louis- Hippolyte La Fontaine et un seul (le Montreal Pilot, saccagé le même 25 avril) l’appuyait avec les journaux francophones. Mais seule The Gazette a publié une édition spéciale appelant à la rébellion (Rebellion is the law of the Land) où elle évoquait la suprématie de la race anglo-saxonne (Anglo-Saxons ! you must live for the future. Your blood and race will now be supreme, if true to yourselves). Ce quotidien anglophone, si prompt à déterrer des déclarations hors de leur contexte pour accuser les souverainistes de xénophobie, a toujours refusé de reconnaître ses torts dans ce triste épisode de notre histoire.

Faisant écho à l’attaque de la SSJB, La Presse du samedi, tirage numéro 1 au Québec, publia dans son premier cahier un court article présentant la responsabilité de The Gazette comme un fait historique. Le journal gratuit 24 heures en a fait autant. De nombreux sites de nouvelles tel canoe.com ont reproduit une dépêche de la Presse canadienne allant dans le même sens. Le site de Radio-Canada y est allé de sa propre nouvelle tout aussi impitoyable pour The Gazette.

En début d’après-midi, les caméras de télévision et les journalistes étaient nombreux au point de presse de la SSJB sur la Place d’Youville, dominée par un banal stationnement là même où s’élevait l’ancien parlement. Le président Mario Beaulieu était accompagné des historiens Robert Comeau et Josiane Lavallée, tous deux conseillers généraux de la SSJB. Les orateurs ont tour à tour rappelé les faits accablants qui ont marqué ces lieux et déploré qu’aucun monument n’y perpétue la mémoire de ce qui constitue un drame d’une rare ampleur. La télévision de Radio-Canada a plus tard diffusé une longue entrevue avec l’historien Robert Comeau qui n’a pas ménagé le quotidien anglophone. Durant tout ce week-end, la station de nouvelles continues Info-690 a diffusé en boucle un reportage dans lequel on pouvait entendre Mario Beaulieu notant que « The Gazette et plusieurs médias au Canada anglais se plaisent souvent à accuser les Québécois de xénophobie et d’intolérance, mais lorsqu’on étudie notre histoire, on se rend compte que c’est plutôt l’inverse ». Sans vilain jeu de mots, après quatre jours de feu nourri, la présomption d’innocence de The Gazette n’était plus que tisons et braises, et sa respectabilité était partie en fumée.

Signe de la longue préméditation de l’opération, la SSJB a produit pour l’occasion des cartes postales reproduisant une peinture attribuée à Joseph Légaré (1795-1855), patriote et cofondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec en 1842, dont il fut vice-président jusqu’en 1847. L’oeuvre représente l’incendie du Parlement de Montréal et l’endos de la carte raconte brièvement les sombres événements du 25 avril 1849. Ces cartes ont été distribuées au public sur la Place d’Youville et seront un précieux outil d’éducation populaire à l’avenir. Elles sont offertes pour 1$ à la boutique de la Maison Ludger-Duvernay.



Source
http://www.ssjb.com/sites/default/files/SSJBjuin09.pdf




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