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Réplique à Pierre Curzi
Institutions en péril
Pouvons-nous demander aux francophones de revenir sur l’île quand la vie s’y passe de plus en plus en anglais ?
Colette Bernier
Le Devoir (opinions)
vendredi 9 octobre 2009


La lettre récente de Pierre Curzi au Devoir sur l’anglicisation de Montréal a retenu mon attention. M. Curzi y souligne le recul du poids démographique de la langue maternelle française, qui a dégringolé de plus de 10 % dans les 40 dernières années. Il associe ce fait principalement au départ de nombreux francophones pour les banlieues et appelle ceux-ci à revenir sur l’île !

Si une analyse effectuée à partir des stratégies individuelles a du sens, il n’en reste pas moins qu’on peut aussi regarder comment certaines politiques publiques et subventions gouvernementales jouent dans ce processus d’anglicisation. Je prendrai ici l’exemple des subventions octroyées aux universités pour attirer des étudiants étrangers.

Universités

On sait qu’à l’automne dernier, le gouvernement du Québec proposait de subventionner nos universités pour attirer des étudiants étrangers à venir s’installer ici afin de combler les déficits prévus de main-d’oeuvre qualifiée. Or, qui va attirer le plus grand nombre d’étudiants étrangers à Montréal, sinon l’Université McGill ? Les universités francophones ont accepté le fait sans broncher parce que Québec allait les compenser pendant quelques années ! Mais pourront-elles, à partir du petit bassin d’étudiants moins fortunés des pays francophones de l’Afrique du Nord, rivaliser avec les universités anglophones ? Ou bien, devront-elles, pour suivre ce courant, se mettre à offrir leur enseignement en langue anglaise, comme ce que vient de commencer à faire l’UQAM en sciences de la gestion ?

Ainsi, c’est à partir de subventions provenant de nos taxes et impôts que les quartiers limitrophes de McGill, comme le Plateau Mont-Royal, deviennent petit à petit des quartiers où la vie se passe principalement en anglais. En tant que résidante de longue date du Plateau, je peux témoigner de cette évolution sur une vingtaine d’années à coups de publicité du service des résidences de l’Université McGill nous demandant de loger leurs étudiants.

Institutions en péril

Et à plus forte raison, maintenant que le Plateau est devenu un des quartiers branchés de Montréal, les étudiants étrangers arrivent au service d’accueil de McGill, guide touristique au poing, exigeant de loger sur le Plateau, m’a raconté une personne qui y a travaillé. Et alors que le ghetto McGill prend progressivement de l’expansion dans nos anciens quartiers francophones, les étudiants moins fortunés de l’UQAM sont poussés vers les quartiers moins chers que sont Hochelaga-Maisonneuve ou Rosemont.

Un autre court exemple dans le domaine des spectacles pour montrer comment nous subventionnons directement l’anglicisation de Montréal. À la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal se tient présentement une exposition d’oeuvres de deux photographes ontariens dans le cadre du Mois de la photo. Or, la présentation des oeuvres en fond sonore est faite entièrement en anglais. Non, aucune traduction, seulement un court document de présentation en français tenant sur deux pages. Plusieurs institutions francophones, dont la Galerie de l’UQAM, participent pourtant à cet événement !

Pouvons-nous demander aux francophones de revenir sur l’île quand la vie s’y passe de plus en plus en anglais ? Regardons donc plutôt ce problème bien réel qu’est l’anglicisation de Montréal sous l’angle des politiques de subvention, que celles-ci proviennent du gouvernement provincial, des organismes municipaux ou d’organisations privées. Ça n’est pas seulement le poids démographique des francophones qui est en péril à Montréal, mais l’existence même de nos institutions francophones. Belle question de débat entre les partis pour la prochaine élection municipale !

***

Colette Bernier, Sociologue et résidante du Plateau-Mont-Royal



Source
http://www.ledevoir.com/2009/10/09/270805.html




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