La nouvelle chef du Parti québécois, Pauline Marois, ne jouit pas d’un contexte politique facile, depuis qu’elle occupe le siège du conducteur de la formation souverainiste. Elle tente de redonner un élan à son parti qui a posé des gestes qui l’ont mené à sa déconfiture électorale de mars 2007.
L’obsession référendaire du PQ, alors que les Québécois demandaient d’abord à être rassurés quant aux moyens utilisés pour contenir les débordements frauduleux des forces fédéralistes, en a amené plus d’un à appuyer un autre parti politique, ou à bouder les urnes, sachant combien ce mode d’accession à l’indépendance est dorénavant inapproprié.
L’Action démocratique de Mario Dumont, qui a misé davantage sur la préservation de l’identité québécoise, plutôt que son raffermissement en la dotant d’un statut national, a proposé à la population une sorte de « bonheur d’occasion. » Plusieurs y ont vu une façon d’éviter temporairement le supplice référendaire. La faiblesse de l’équipe adéquiste et surtout l’absence de solutions sérieuses à l’érosion du caractère distinct du Québec, ont cependant démontré les limites d’un discours basé uniquement sur la dénonciation. Les Québécois ont besoin en effet de se faire offrir des solutions concrètes à l’anglicisation qui modifie le décor de leur maison.
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Après avoir lancé quelques ballons d’essais dont certains assez maladroits, comme cette histoire de bilinguisation tous azimuts des Québécois, Pauline Marois semble vouloir recourir à l’arme linguistique pour remettre sur les rails le projet indépendantiste. La langue, garante de la culture d’un peuple, renvoie obligatoirement à la nécessaire souveraineté comme protection optimale.
La dirigeante du PQ doit à ce sujet une fière chandelle au député de Rivière-du-Loup. Mario Dumont, fort de sa profession de foi fédéraliste, s’est alors permis un propos fortement nationaliste et a réhabilité le « nous ». Il a clamé sans broncher l’importance d’accorder la préséance au groupe majoritaire de langue française au Québec. Impossible de lui reprocher de chercher à mousser la cause souverainiste. C’est ainsi qu’il est maintenant possible d’identifier les groupes culturels québécois sans automatiquement être accusé de racisme.
Certes, Pauline Marois n’a toujours pas résolu l’énigme référendaire que son parti s’entête à vouloir employer. Elle a fait le pari de gagner du temps, en la mettant sur la glace, en attendant de trouver un moyen de la rendre moins rebutante aux yeux des Québécois. Son geste a toutefois mal été reçu par des milliers d’indépendantistes. Il a été interprété comme un abandon de ce qui constitue le cœur du Parti québécois. Ramener au bercail péquiste ces souverainistes ne sera pas une mince tâche.
D’où l’idée de la députée de la circonscription de Charlevoix de promettre une nouvelle loi 101. Cette action hautement nationaliste peut se métamorphoser en offensive indépendantiste. Face au laxisme du gouvernement libéral dans le dossier de la protection de la langue française, l’engagement de Pauline Marois risque de plaire. L’attitude désinvolte du premier ministre Charest, face aux résultats inquiétants des dernières études linguistiques qui montrent un recul du français à Montréal, ramènera à l’avant-plan la connivence traditionnelle du Parti libéral avec les non-francophones du Québec. C’est un secret de Polichinelle que la clientèle principale du PLQ en est essentiellement composée. L’embellie dont jouit présentement le chef libéral risque alors de ne pas durer.
La leader du Parti québécois devra néanmoins peaufiner son projet de ragaillardir la loi 101. Plusieurs estiment avec raison que son désir de procéder à la francisation des entreprises de moins de 50 employés ne pourra se réaliser, faute de moyens. Réaffirmer énergiquement l’intention de redonner un visage français à l’État québécois est cependant une bonne idée. Qu’en sera-t-il toutefois du recours aux écoles anglophones non-subventionnées que nombre de parents québécois sollicitent pour y envoyer leurs enfants, afin de les faire intégrer par la suite dans le réseau scolaire régulier financé par les fonds publics ? Que décidera Pauline Marois, face à la féroce force d’attraction qu’exercent les cégeps anglophones envers une majorité d’allophones qui sortent du système scolaire francophone ? Assurément, un Québec souverain y mettrait un terme naturellement. L’actuelle province peuplée de la minorité francophone du Canada, assujettie à la Charte des droits et libertés, ne peut cependant rien y changer.
Il faudra voir jusqu’où ira Pauline Marois, maintenant qu’elle compte concentrer de nouveau les efforts de son parti sur la protection de la langue française. La lutte identitaire qu’elle a amorcée s’avère inéluctablement une stratégie qui cherche à restaurer le lien de confiance qui a été rompu avec un grand nombre d’indépendantistes. Il faudra indubitablement leur offrir plus pour les persuader de réintégrer la famille péquiste à la prochaine élection. L’unique projet de protéger davantage la langue sans toutefois vouloir l’abriter dans un palais national, incitera en effet plusieurs indépendantistes à lui faire la grimace.
Patrice Boileau

