J’ai déjà exprimé mon désaccord avec une intervention de Pierre Girouard, intitulée L’impuissance de Pauline Marois, publiée 7 jours avant les élections. C’est son titre qui m’avait surtout choqué. Maintenant que les élections du 8 décembre 2008 ont eu lieu, cette analyse m’inspire les réflexions complémentaires suivantes.
Je me demande si sous des dehors d’analyse objective cette prise de position de M.Girouard n’est pas un geste militant contre le leadership (ou le manque de leadership) de Pauline Marois. En effet, la chef du Parti québécois aurait fait une grossière erreur en disant qu’elle ne voulait pas d’élections. Et en plus : les "pancartes" du PQ que l’on trouve sur le bord des routes (quand il y en a), sont d’une pâleur maladive et d’un vide désespérant. Ces deux reproches sont faits sur fond d’une prédiction des résultats qui désigne l’ADQ et le PQ comme des losers et le Parti libéral comme des winners. Je cite :
Plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu que ce fut de leur part une grossière erreur en ce sens que le message que les deux chefs ont envoyé aux électeurs, c’est qu’ils admettaient ouvertement que ni le PQ ni l’ADQ ne voulaient d’élections parce qu’ils savaient très bien qu’ils y feraient tous deux bien piètre figure (comme les sondages n’ont cessé de le démontrer jusqu’ici).
Peut-être que M. Girouard, le 1er décembre, s’appuyait sur les sondages de CROP-La Presse ; il ne semble pas savoir que ces sondages ne sont pas fiables et sont des instruments de propagande de l’empire de Paul Desmarais contre le Parti québécois et en faveur du Parti libéral. Comme il prévoyait qu’ils y feraient tous deux bien piètre figure, ce qui parfaitement vrai pour l’ADQ et complètement faux pour le PQ, il fallait trouver une cause à cette déconfiture (qui n’a pas eu lieu) du PQ. Et voici cette cause :
Cette fois, le 8 décembre 2008, Jean Charest va être réélu avec une majorité pour quatre, sinon cinq ans, grâce à l’aveu d’impuissance de Pauline Marois. D’ailleurs, les "pancartes" du PQ que l’on trouve sur le bord des routes (quand il y en a), sont d’une pâleur maladive et d’un vide désespérant qui n’inspirent qu’une réflexion : le PQ n’était pas prêt pour une campagne électorale et n’est pas prêt à gouverner.
La grossière erreur de Pauline Marois et son manque de leadership responsable de la pâleur maladive des pancartes ont donc pour conséquence que Jean Charest va être réélu avec une majorité pour quatre, sinon cinq ans, grâce à l’aveu d’impuissance de Pauline Marois. Et le Parti québécois, avec une telle faiblesse de leadership, fera piètre figure.
Qu’est-ce que Pauline Marois aurait dû faire et qu’elle a été incapable de faire, toujours selon l’analyste de St-Ours :
"Je suis prête." Voilà ce que Pauline Marois aurait dû claironner tout au long de cette campagne plutôt que de parler chaque jour de "l’impuissance" de Jean Charest. Pas besoin d’être fin psychologue pour savoir que, pour l’auditeur moyen, le mot entendu est inévitablement associé à la bouche qui le prononce...
Par un effet vicieux de boomerang, l’accusation d’impuissance que Pauline Marois a lancé à Jean Charest parce qu’il reportait systématiquement, après six ans de gouverne libérale, les problèmes actuels en santé et en éducation sur l’ancienne ministre péquiste, lui est retournée. C’est ce que j’appelle le coup de pied de l’âne. Et pourquoi madame Marois serait-elle impuissante ? Parce que Jean Charest va être majoritaire et parce que le Parti québécois fera piètre figure comme l’annoncent les sondages.
Ainsi donc Pierre Girouard prévoyant la déconfiture du Parti québécois s’empresse de désigner une coupable. Ce qui m’étonne, au vu des résultats, c’est qu’il n’ait pas humblement admis sa double erreur ou sa double méprise. J’admets qu’en période électorale, ce peut être un jeu de société que de prédire les résultats. Mais je trouve assez grave qu’un citoyen prédisant qu’un parti va faire piètre figure et désignant d’avance la coupable ne rectifie pas le tir une fois les résultats connus qui lui donnent tort. Simple question d’honnêteté intellectuelle et civique. Puisqu’il ne le fait pas, je le fais à sa place. Je ne lui demande pas de faire des excuses parce que ça lui rappellerait de trop mauvais souvenirs.
D’autant plus que de nombreux participants de Vigile.net n’appliquent pas le terme impuissance à la possibilité de gagner des élections mais à la capacité de prendre les actions qui vont nous conduire à l’indépendance. A ce propos, j’invite tout le monde à lire l’article de Michel David dans L’état du Québec 2009 : Pauline Marois à la tête du Parti québécois : le difficile apprentissage du métier de chef.
Et pour aller au-delà de la grossière erreur dont les conséquences ont été grossies pour les fins de la démonstration et des pancartes pas assez flamboyantes, il faut lire dans L’Action nationale de mars 2009, l’analyse autrement complexe précise et pertinente de Pierre Serré : Le douloureux bilan des élections du 8 décembre 2008 sur laquelle je reviendrai.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 2 avril 2009
