Ma chronique s’adresse à tous les souverainistes/indépendantistes de bonne foi qui cherchent à comprendre où s’en va le Parti québécois et se demandent s’ils doivent ou non continuer à appuyer ce parti politique. Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir quel est le programme officiel de ce parti concernant la souveraineté du Québec.
Mettons les choses au clair :
1 - Lors du XVè Congrès en juin 2005, les milliers de délégués présents dont la plupart avaient participé à la Saison des idées ont clairement adopté à la très grande majorité un programme d’accès à la souveraineté comportant 2 volets : un premier volet exige que le Parti québécois prépare AVANT LES ÉLECTIONS, entre autres, des politiques nationales sur divers sujets, remette à jour les études sur la souveraineté, dresse un cadre financier d’un Québec souverain et fasse de ce "projet de pays" l’enjeu de l’élection. Je n’ai rien inventé car tout cela apparait dans le programme officiel du Parti québécois intitulé d’ailleurs "Un projet de pays". Donc il s’agit, dans les faits, d’une véritable plate-forme électorale nationale qui vise à présenter à l’électorat québécois un projet concret et emballant de souveraineté ou d’indépendance nationale, pour la première fois depuis l’élection de 1976. Ce "projet de pays" qui doit être le thème d’une élection est d’ailleurs encore en vigueur puisqu’il n’y a pas eu d’autre congrès depuis 2005 pour l’amender ou le faire disparaître.
2 - Le deuxième volet du "projet de pays" voté lors de XVè Congrès, en particulier par Mme Pauline Marois, qui l’a défendu au micro comme beaucoup d’autres députés actuels du parti, imposait à un gouvernement du Parti québécois l’obligation de tenir un référendum le plus tôt possible lors du premier mandat, afin de permettre aux québécois de se prononcer sur le "projet de pays" qui devait leur être présenté lors de l’élection précédente. Autrement dit, les 2 volets du "projet de pays" étaient complémentaires et l’un n’allait pas sans l’autre. Ce qui était inédit dans ce programme ce n’était pas nécessairement la consultation référendaire mais sa date rapprochée, mais aussi l’obligation de faire du "projet de pays" le thème de l’élection afin, peut-on dire, de "préparer le menu" et de "mettre la table" pour la consultation populaire.
3 - Or, on sait maintenant ce qui est arrivé. J’ai écrit plusieurs textes sur ce sujet, mais je sens le besoin d’en reprendre les grandes lignes pour que toutes et tous comprennent bien. Lors du Conseil National de Laval, tenu avant l’élection de 2007, l’équipe Boisclair et les membres du Conseil National ont adopté une "plate-forme électorale" sous la forme d’une "feuille de route" provinciale avec un cadre budgétaire "provincial". En faisant cela, on a violé par la même occasion le programme adopté lors du XVè Congrès qui exigeait, au contraire, que le "projet de pays" soit le thème de l’élection. Il y a eu, à ce moment-là, non seulement violation du programme voté en Congrès, mais il y a eu également violation des Statuts du Parti québécois, car en vertu de ces statuts, un simple Conseil National ne peut pas défaire ce qui a été voté en congrès, car seul un autre congrès peut le faire. Le Conseil national, tout au plus, peut préciser ou bonifier le programme, mais il ne peut l’abolir. Donc, le "projet de pays" a pris le bord des poubelles et André Boisclair s’est retrouvé "Gros Jean comme devant" à essayer tant bien que mal à défendre l’obligation de tenir un référendum alors qu’on a oublié de "préparer le menu" ou de "mettre la table" en n’en faisant pas le thème de l’élection, comme l’exigeait le Congrès. Donc, le travail de 15 000 militants qui ont participé à la Saison des idées a été littéralement saboté comme celui des milliers de délégués qui ont voté ce "projet de pays" au Congrès de 2005.
4 - Ce n’est pas tout. Après la démission de Boisclair, Mme Pauline Marois s’est présentée à la chefferie et elle et ses conseillers ont fait une lecture à mon humble avis inexacte des faits en attribuant la défaite du Parti québécois à la promesse de tenir un référendum, alors que cette défaite est beaucoup plus attribuable à la personnalité controversée d’André Boisclair, particulièrement en régions. Mme Marois aurait pu attendre lors du XVIè Congrès prévu pour 2009 pour adopter un nouveau programme et repartir sur de nouvelles bases. Mais ce n’est pas cela qu’elle a fait, jetant encore plus de confusion dans le débat. Elle a convoqué un autre Conseil National qui a adopté une série de propositions dont celle abolissant l’obligation de tenir un référendum durant le premier mandat. Encore là, il y a eu violation et du programme et des Statuts du parti, car un simple Conseil National ne peut pas défaire ce qui a été voté en congrès, car seul un autre congrès peut le faire. Qu’on soit d’accord ou non avec cette obligation, cela ne change pas le principe. Donc, on se ramasse en 2008 avec 2 violations coup sur coup du programme officiel du parti voté en congrès et 2 violations coup sur coup des statuts du parti. C’est beaucoup pour un parti qui se targue d’avoir été toujours à l’avant-garde de la démocratie et de l’éthique.
5- À la suite de ces grandes manoeuvres qu’on croyait en haut lieu probablement pouvoir noyer dans l’indifférence générale, il est permis maintenant de poser quelques questions qui sont fort légitimes et qui permettront à tout le moins de mettre fin à la confusion :
PRÈMIÈRE QUESTION qui s’adresse à tous les lecteurs de Vigile, particulièrement les membres du Parti québécois : quel est le programme officiel du Parti québécois sur l’accession à la souveraineté ?
DEUXIÈME QUESTION : est-ce que le Parti québécois va présenter à l’électorat québécois lors de la prochaine élection un "projet de pays" comme l’exige le XVè Congrès ou, en lieu et place "un projet de province" ou une feuille de route provinciale ou une plate-forme strictement provinciale ?
TROISIÈME QUESTION : comment le Parti québécois peut-il sincèrement vouloir tenir un débat sur la souveraineté avec la population du Québec s’il n’a pas le courage de présenter à l’électorat ce qui constitue le coeur de son programme, soit le projet de faire du Québec un pays ?
6 - Contrairement à ce que certains peuvent penser, je ne fais pas dans le "PQ Bashing" pour le plaisir de le faire. Je pose des questions tout à fait légitimes au nom de tous les militants qui comme moi, ont donné beaucoup de temps et d’argent à ce parti et qui aujourd’hui se sentent floués et trahis. Jusqu’à ce jour, je n’ai pas obtenu de réponses à ces questions malgré mes nombreux textes sur le sujet que j’ai envoyés à bon nombre de députés.
7 - Je m’en fous à la rigueur qu’on admette ces violations au programme et aux statuts et je suis même prêt à participer avec le Parti québécois et d’autres partis souverainistes/indépendantistes à la mise en place dans tous les comtés de structures souples, légères et efficaces pour entreprendre un vrai débat sur l’indépendance nationale avec la population. Toutefois, dans les circonstances actuelles, je me demande comment on peut faire confiance à des gens qui se comportent ainsi, qui nous manipulent de la sorte et qui misent sur la désinformation et la confusion. D’autant plus qu’on sait fort bien, si le passé est garant de l’avenir, que la "promotion de la souveraineté" n’a jamais été la principale force du Parti québécois.
J’attends les réponses à mes questions.
Pierre Cloutier ll.m avocat

