J’étais prise loin de l’actualité au moment de la mort de Pierre Falardeau et dans les jours qui l’ont suivie. Mais j’ai lu depuis ce qui s’est écrit, les touchants témoignages lors de ses funérailles - que je me plais à penser qu’il a lui-même voulues à l’Église, en attachement à son passé, à sa culture, peut-être même à sa foi au fond, seuls ses intimes le savent. J’ai vu et entendu avec espoir les émotions et les paroles de son fils Jules. Je me suis réjouie de constater que Bernard Émond et Pierre Vadeboncoeur, deux créateurs/penseurs de convictions que j’affectionne particulièrement, lui avaient rendu un hommage senti, plein de profond respect et d’admiration. Et ça m’a consolée un peu de cette peine que j’éprouvais comme si Falardeau était un proche ; un proche que l’on aime avec ses excès et ses travers. Je le garderai en mémoire comme un proche !
Alors, lorsque j’ai lu ce texte d’Alain Dubuc : Le dernier des felquistes, (CyberPresse, 28 sept) une colère digne de Falardeau m’a envahie.
Quel culot, vraiment ! Dubuc ose écrire : « Mais que va-t-il rester des idées qu’il défendait avec férocité ? Probablement peu de chose, parce que sa lecture de la question nationale est clairement en désuétude. » Vous en êtes sûr, Alain Dubuc ? N’est-ce pas plutôt ce que vos Boss souhaitent et vous demandent de répéter à satiété dans l’espoir d’inonder les cerveaux des Québécois, qu’ils perçoivent encore comme des cerveaux à remplir de leurs propres messages ? Rappelez-vous combien de fois et avec quelle assurance votre Organe de presse et ses semblables ont répété l’an dernier, à la même période, que le Bloc Québécois était désuet, dépassé, sans plus de raison d’être... et qu’il allait mordre la poussière... Et que le récent Moulin à paroles serait un événement marginal ! Il me semble encore entendre là-dessus Gilbert Lavoie du libre Le Soleil...
Et M. Dubuc poursuit sa sérieuse et objective lecture de la situation : (...) sa principale contribution – celle de Falardeau - au débat public ne tient pas au fond, à ses idées, mais plutôt à la forme... – insulte/violence - !... Et si c’était vous, Alain Dubuc, qui en étiez resté à la forme, incapable de vous rendre au fond de ses idées ? L’avez-vous seulement lu ? Avez-vous vu ses films ?
Et ensuite, là, j’ai bondi : "(...) cette vision simpliste du monde... ! Dieu que je donnerais cher, M. Dubuc, pour vous voir, à rebours, et vous entendre, échanger avec Falardeau sur des sujets divers ! Juste pour comparer vos visions respectives... N’avez-vous pas, quant à vous, la vision simpliste du monde que l’on vous prie d’avoir et pour laquelle on vous paie ? Je crois que vous n’allez guère plus loin qu’à la cheville de Falardeau ! Et si l’un de vous deux se résume à un peu de poussière pour la postérité dans l’avenir, il me semble que ce ne sera pas lui. Au contraire, on ne fait que commencer à le redécouvrir à la ronde ! Le mépris et l’argent des Puissants qu’il dénonçait le tenaient souvent à l’écart. En pénitence !
Et, ne vous en déplaise, j’ai comme l’intuition que Dieu - qui semble, pas toujours mais parfois, avoir le sens de l’humour – devrait éprouver plus de plaisir à accueillir Falardeau que certains autres un peu trop sûrs de leur laissez-passer. Parce que Falardeau n’était pas un tiède ni un sépulcre blanchi ! Peut-être même Dieu pourrait-il choisir de le voir comme l’un de ceux qui l’aident, de temps à autre, à faire le ménage dans son Temple, avec colère ! Qui passe le balai avec vigueur ! Et il me semble qu’il doit - Dieu - trouver bon de regarder Falardeau dans les yeux parce qu’il ne les baisse pas et qu’il affectionne la vérité et la droiture ! Il aura sans doute quelques reproches à lui faire quant aux débordements de sa fougue et à sa cigarette mais sinon...
Quant à vous, M. Dubuc, ne comptez pas trop - avec vos Boss – sur l’illusion que les idées défendues par Falardeau soient devenues marginales ! Au contraire, peut-être sa mort vient-elle de rassembler et réchauffer bien des bonnes volontés dispersées et/ou refroidies ! Un jour, les Québécois cesseront une fois pour toutes d’obéir aux Puissants et de croire toutes les sornettes qu’ils leur racontent par la voie de LEURS médias. Alors, ils se feront un Québec à leur guise ! Et, ma foi, on dirait bien à certains moments que ça sent le printemps !


