La Shoah a été une création allemande indifféremment tolérée ou ignorée à l’époque par le reste de l’Europe. Notamment par une partie significative de l’Europe occupée. Israël est une colonie de peuplement superposée sur la Palestine. Une autre création européenne. Essentiellement une création de la Grande-Bretagne avalisée par les Nations Unies. Or, cet enfant de l’Europe vieillit mal. Ce rejeton artificiel que l’Europe a refusé de nourrir en son sein, s’avère aujourd’hui souffrir de maladies chroniques graves. A preuve, 90 pour cent des Israéliens soutiennent (selon les sondages) leur pays dans la tuerie actuelle contre les gazaouis.
Israël est unique dans sa conception, ce qui sied on ne peut mieux aux récits de la Terre promise. Mais attention, il ne faut pas abuser du syndrome de peuple élu car, pour partager cette terre en paix, il nous faudra admettre notre égalité de droits, pour certains à regrets et douloureusement. Israël souffre d’une névrose au berceau teintée de paranoïa qui se trouve accentuée dans ses effets par sa nature d’implant européen en pleine terre moyen orientale. L’Europe pourrait-elle prendre ses responsabilités, éduquer et discipliner son enfant mésadapté social ? Non, l’Europe, paralysée elle-même par une mauvaise conscience exacerbée par son enfant manipulateur, se défile honteusement de la paternité de cet enfant qui a mal tourné. Elle ne veut pas y toucher.
Or, la clé de ce déjà trop vieux problème ne se trouverait nulle part ailleurs qu’en Europe, là même où il a pris naissance. Evidemment, toute solution durable devra mettre à jour la réalité. Il ne faut pas craindre de proposer des solutions inédites.
La possibilité longtemps envisagée de la création d’un état palestinien semble se rétrécir comme peau de chagrin compte tenu du morcellement et de l’emmurement du territoire, dont le fait le plus marquant est la séparation de Gaza et de la Cisjordanie. Réalité nouvelle résultant du comportement égocentrique de cet état enfant que personne n’a voulu encore remettre au diapason des exigences d’une planète peuplée et plurielle dont l’harmonie dépendra dans l’avenir plus de l’art de la coopération que de la confrontation. Or, la démographie jouant fortement en faveur des Palestiniens, ils auraient avantage à prendre leur mal en patience et à jouer pacifiquement la carte de la revanche des berceaux. Même que cette éventuelle revanche serait accentuée du fait que beaucoup d’Israéliens détenant leur passeport préfèrent vivre ailleurs que sur la Terre promise, on parle même de plusieurs centaines de milliers. Pourquoi les Palestiniens devraient-ils craindre cette société israélienne bigarrée, composée notamment d’Européens de toute provenance : de Russes, d’Allemands, de Français… mais aussi d’Ethiopiens, de Marocains, d’Arméniens et ainsi de suite… ?
Les Israéliens ont rendu impossible la création d’un état palestinien. Il faut aller désormais vers des solutions qui ressemblent plus à celle de l’Afrique du Sud : cohabitation pacifique dans un cadre commun et métissage plus ou moins graduel – ou pas. L’avenir pacifique de cette partie du monde repose ultimement sur la formation d’un état politique, un seul, non religieux mais respectant la foi et le mode vie de chacun de ses citoyens. Il s’agit maintenant de forcer un peu la main des Israéliens et je crois, dans une moindre mesure celle des Palestiniens, pour les convaincre que le partage avec des humains d’une autre foi vaut mieux que la guerre. Les catholiques et autres confessions se réjouiraient d’ailleurs d’une telle sortie d’impasse.
A l’Europe maintenant de surmonter sa culpabilité et de parler à son enfant. Monsieur Sarkozy, hélas, le rapport de votre présente mission peut être écrit d’avance, c’est un échec lamentable. Y a-t-il encore des politiciens de la trempe de Charles de Gaulle en Europe ? Français ou autre bien entendu, faites-vous entendre.
Gilles Verrier
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