Comme Pierre Falardeau n’aimait pas beaucoup la fiction et qu’il préférait surtout s’inspirer du réel, il avait entrepris de décrire dans son œuvre ce qu’était l’imbécillité québécoise par excellence. Elvis Gratton en était devenu l’archétype. Si être fédéraliste n’est pas nécessairement le propre des imbéciles, il existe plusieurs imbéciles parmi les fédéralistes québécois. À cet égard, Denis Coderre est devenu avec les années le protagoniste préféré de Pierre Falardeau.
Dans ses dernières chroniques, il ne manquait jamais une occasion de rappeler les faits d’armes du « Gros Coderre », un personnage qu’il n’avait pas besoin de mettre en scène et qui, contrairement à Elvis Gratton, jouissait d’une totale liberté d’action. L’acteur idéal pour un réalisateur qui éprouve des difficultés à obtenir du financement pour continuer son œuvre cinématographique. Chaque semaine, Pierre Falardeau n’avait qu’à tourner les projecteurs de sa chronique vers les dernières frasques de Denis Coderre afin que nous puissions tous admirer les prouesses du personnage. Encore là, si réaliser un film relève de l’exploit et demande temps et argent, tenir un projecteur est relativement simple. Assez simple pour que des journalistes de la Presse vendus au fédéralisme puissent le faire eux-mêmes.
Ainsi, dans les derniers jours de la vie de Pierre Falardeau, André Pratte, Lysiane Gagnon et Vincent Marissal, trois de ses cibles de prédilection, ont entrepris de dénoncer l’imbécillité de Denis Coderre et ont tout fait pour démontrer comment il pouvait être autodestructeur pour son propre parti par pur opportunisme personnel. Un trait de caractère d’Elvis Gratton qui s’était lui-même déjà étouffé en voulant entrer dans son ancien costume d’Elvis, alors que des extra-terrestres l’avaient ressuscité dans une scène relevant du plus pur deus ex machina. Encore là, les admirateurs de l’œuvre de Falardeau ne manqueront pas de faire un parallèle avec l’intervention quasi divine de Michael Ignatieff pour sauver la situation dans Outremont. Un chef libéral qui a l’air de sortir d’un autre monde lorsqu’il est question du Québec.
Outremont aura donc été la scène d’un épisode mémorable des aventures du « Gros Coderre », où ce dernier aura défendu sur toutes les tribunes l’idée qu’on pouvait présenter dans ce comté n’importe quel candidat, pour qu’il puisse être considéré comme une vedette, pourvu qu’il soit un homme ou une femme d’affaires.
Gageons que Denis Coderre était de ceux qui lisaient religieusement la défunte Presse du dimanche où l’on a construit au fil des années, avec la complicité des recteurs d’universités, le modèle de l’excellence québécoise, en faisant de gens d’affaires des vedettes et des exemples pour notre société. Voulant renforcer cette conviction auprès de la population, on leur consacre chaque année un gala comme on le fait à Hollywood pour les vedettes du cinéma. Dans le fond, selon les propagandistes de la Presse, Denis Coderre serait coupable d’avoir mis en pratique le modèle qu’ils ont eux-mêmes édifié dans leur journal.
Si Micahel Ignatieff et Denis Coderre souhaitaient une femme comme candidate dans Outremont, la rédaction de la Presse aura eu le dernier mot et les libéraux fédéraux devront finalement respecté la tradition en désignant un Cauchon dans Outremont. Ce ne sera pas la première fois qu’après avoir voulu une femme, n’importe quelle femme pour occuper une fonction, pourvu qu’elle soit une femme, on choisira un homme, n’importe quel homme, parce qu’il a un nom et qu’il a déjà été ministre. La même bêtise qu’a commise le gouvernement du Québec en nommant Martin Cauchon administrateur indépendant de l’UQAM, un de ceux qui ont laissé l’établissement universitaire sombrer dans le chaos financier, sans opposer la moindre objection au recteur de l’époque, comme seul un cochon rouge peut le faire. Est-ce cela l’excellence des libéraux et de la Presse ?
Je n’ai plus aucun doute, grâce la Presse et à Denis Coderre, une partie de l’œuvre de Pierre Falardeau lui survivra, celle consacrée aux bouffons. Si Elvis Gratton est toujours vivant et qu’il prend chaque jour les traits du « Gros Coderre », rien ne nous dit que d’autres corps ne l’accueilleront pas, comme dans un remake de ce célèbre film de science-fiction, « L’invasion des profanateurs », le Canada ne survivant pas à la multiplication des Elvis Gratton et des cochons rouges. Une sorte de fin du monde qu’aurait certainement aimé mettre en scène Pierre Falardeau.
Dors en paix Pierre Falardeau, ton œuvre te survivra longtemps, des bouffons bien vivants se chargent de la perpétuer !

