Pour comprendre la réalité de Québec solidaire, il faut remonter à ses origines, et aux mutations politiques profondes qui ont généré la culture particulière de ce petit parti condamné par sa nature à se situer en dehors de l’Histoire, en dehors de l’Histoire de la nation québécoise en particulier.
Du stalinisme au postmodernisme
Si l’on remonte dans le temps, en prenant en considération les groupes maoïstes « marxistes-léninistes » des années 1970 (Parti Communiste Ouvrier, groupe En Lutte, etc.), groupes peu léninistes et encore moins marxistes, on a pu constater que la grande majorité des militants de ces groupes d’essence stalinienne ont raté leur déstalinisation, au moment de l’effondrement de ces groupes au début des années 1980.
Certains militants, abandonnant leur foi maoïste et leur rigidité stalinienne, se sont dépolitisés, tandis que d’autres ont dérivé lentement mais sûrement hors de la modernité politique, vers les territoires marécageux d’un postmodernisme métapolitique d’inspiration états-unienne, dans lequel la conception de la société et de son tissu sociétal est par essence fragmentée, à travers un différencialisme sans perspectives, à travers la promotion sans limites de minorités en tant que produits de l’éclatement sociétal, à travers la mise de l’avant du droit à la différence contre le droit à la ressemblance et à l’intégration sociale, aux dépens d’une conception moderne, conflictuelle mais unitaire, de la société.
Dans cette perspective, l’action politique se fragmente dans la défense éclatée et éparse de diverses minorités, elles-mêmes divisées en catégories de différentes natures. Mentionnons par exemple les minorités sexuelles, dans la mosaïque des LGBT (lesbian, gay, bisexual and transgendered people). C’est d’ailleurs dans cet esprit postmoderne que le « Manifeste » de la CLASSE, faussement rassembleur et déjà tombé dans l’oubli, instituait les hétérosexuels en tant que « minorité sexuelle » invitée à militer pour défendre sa « fierté » !
Cette mutation de néostaliniens devenus des métapolitiques postmodernes s’est faite dans l’espace d’une vingtaine d’années, à travers la recomposition de fragments résultant de l’éclatement des groupes politiques des années 1970. Pour simplifier un processus complexe d’agrégation de micro-groupes …, on a assisté à la mise sur pied de deux organisations, l’Union des forces progressistes (une coalition de sous-groupes), et Option citoyenne (dirigée par Françoise David, une militante issue du groupe maoïste-stalinien En Lutte). L’Union des forces progressistes et Option citoyenne ont opéré une fusion en 2006, pour former Québec solidaire.
La culture et l’action métapolitiques de QS
Cette généalogie organisationnelle, mais surtout idéologique, est indispensable pour comprendre la culture et l’action métapolitiques de QS, métapolitiques dans le sens où cette culture et cette action se situent en rupture avec la modernité et ses représentations de la société et de ses conflits.
Il est vrai que quelques militants de gauche, indépendantistes et socialistes, ont fait le choix stratégique, erroné, de se joindre à QS. Mentionnons Pierre Beaudet et François Cyr (décédé récemment), qui furent parmi les rares militants de QS à s’opposer ouvertement au soutien de leur parti au NPD lors des élections fédérales de 2011. Les groupes ou collectifs politiques qui existent d’une manière autonome au sein de QS, tels que Gauche socialiste et le Parti communiste du Québec, sont soit intégralement neutralisés à l’intérieur du carcan organisationnel et idéologique de QS, soit eux-mêmes engagés dans la dérive postmoderne du parti.
Les politiques de QS contre la laïcité, avec la promotion de signes religieux ostentatoires l’espace et les institutions publics, dans leur orientation ethnodifférentialiste et curieusement traditionnaliste et patriarcale, prennent tout leur sens dans la mise en évidence de leur nature postmoderne et métapolitique.
Il en est de même pour les politiques biodifférentialistes et racistes mises de l’avant par QS en matière de droits politiques et sociaux, à travers la notion acritique de « minorités visibles ».
On comprend que dans cette perspective antimoderne et métapolitique, la lutte pour l’émancipation historique de la nation québécoise, considérée une « minorité » parmi d’autres, soit devenue une lutte secondaire, ou soit même carrément prise à rebours dans le soutien à un NPD anti-indépendantiste.
Cette culture métapolitique de QS permet aussi de comprendre son ouverture aux postmodernes anti-indépendantistes qui ont développé une affligeante caricature de la culture historique anarchiste et libertaire, au point de considérer les indépendantistes comme des « fâchistes », et de ne concevoir les changements sociaux qu’à travers une mythologie insurrectionnelle et antidémocratique (voire entre autres les Invisibilistes et Hors d’Oeuvre), une mythologie qui est la copie conforme de celle des groupes d’extrême droite tels que Aryan Nation/The Order (USA) ou le groupe Troisième Voie récemment mis sur pied au Québec.
Ainsi, les apparentes contradictions de QS sur la question nationale du Québec, ne sont que l’expression de son éclatement idéologique postmoderne et de sa dérive vers le statut objectif de secte métapolitique.
QS : un adversaire objectif du peuple québécois !
QS n’est pas un parti de gauche, mais un groupe postmoderne, enflé d’une manière passagère par la récupération d’effets protestataires, un groupe voué à l’éclatement qui résultera de l’irruption du NPD dans un Québec considéré non pas comme une nation aspirant à son émancipation, mais comme un territoire provincial de chasse et pêche électorales.
Engagé contre le peuple québécois et les fragiles acquis de ses luttes sociales et nationales, en tant qu’allié électoral objectif du pouvoir néolibéral et de ses instruments politiques, le groupe s’autodésignant d’une manière abusive sous l’appellation de « Québec solidaire », qu’il ne faut pas confondre avec ses membres et sympathisants considérés individuellement, est devenu un adversaire des citoyens et mouvements de gauche dans la présente conjoncture ! Qu’on en tire les conséquences qui s’imposent !
Yves Claudé

