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« Sur un plan strictement économique, il ne serait pas tellement difficile pour le Québec de devenir indépendant. Cela peut se faire à un coût très bas pour tout le monde et je ne vois pas pourquoi il ne réussirait pas. » Alberto Alesina, Directeur du département d’économie de l’Université Harvard (2004) - source
             
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Réponse à Marc Simard
Providentielle la conquête ?
Ça aurait pu être pire, il faut en convenir. Mais voir dans cette déroute un cadeau du ciel, cela dépasse l’entendement.
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
jeudi 19 février 2009      230 visites


Providentielle la conquête ? Certains l’ont affirmé et l’affirment encore. Pas vraiment négative ? Une idée défendue et répandue par une certaine école d’historiens, celle de Québec pour ne pas la nommer. Catastrophique la défaite ? Certains l’ont sentie comme telle et le ressentent toujours. Entre bonheur absolu et malheur irréparable, il doit bien y avoir une marge à l’intérieur de laquelle bien des constats peuvent être énoncés.

Que cette défaite n’ ait pas eu que des côtés résolument négatifs, cela peut s’accepter. Ça aurait pu être pire, il faut en convenir. Mais voir dans cette déroute un cadeau du ciel, cela dépasse l’entendement. Énumérer tant d’aspects positifs, c’est faire preuve d’une vision très partielle de notre histoire. Faire porter cette argumentation sur les quelques concessions politiques, civiles et religieuses accordées par une métropole qui n’avait pas tellement le choix vu le caractère franchement minoritaire de l’élément anglophone dans la « Province of Quebec » et l’agitation grandissante dans ses colonies du sud, relève d’une conception très biaisée de notre aventure collective. Conception biaisée et élitiste parce qu’elle oblitère le vécu de 90 % de la population canadienne dans les générations qui ont suivi 1760. Évoquer, en plus, l’octroi des institutions pseudo-parlementaires de 1791, c’est oublier que ce "cadeau" a directement mené à la tragédie de 1837. On pourrait relire avec intérêt l’Histoire des Patriotes de Gérard Filteau et même Durham qui affirme que les maux qu’il avait à soigner étaient des maux qu’aucune société civilisée ne peut longtemps tolérer. Le gouvernement responsable accordé en 1848 est effectivement une bonne chose mais surtout pour le Canada anglais. Il a beaucoup moins d’importance pour le Canada français puisque cela correspond à l’époque à sa mise en minorité dans le Canada.

Après avoir lu pratiquement tout ce qui a été écrit sur cette fameuse célébration-commémoration, je trouve qu’il y a un aspect très peu ou pas du tout abordé et qui a eu une influence particulièrement néfaste sur notre devenir. Il s’agit de l’accaparement du sol par des spéculateurs anglais dans les années qui vont suivre la défaite.

Après le Traité de Paris de 1763 qui fait passer officiellement la Nouvelle-France sous l’autorité de l’Angleterre, les marchands anglais prennent bien vite le contrôle du commerce et des quelques industries existantes. Cela ne touche pas énormément les 90% de Canadiens qui vivent d’agriculture dans les seigneuries. Mais bientôt, environ la moitié des seigneuries vont passer aux mains d’Anglais désireux de se constituer un patrimoine foncier. Cela n’est peut-être pas étranger au fait que l’Angleterre ait décidé de conserver ce système.

Elle l’a conservé mais elle l’a gelé. Aucune seigneurie ne fut créée après 1760. De plus le système fut détourné de son esprit et de ses fins. Alors que ce régime était une entreprise de colonisation basée sur l’entraide, les nouveaux propriétaires en firent des entreprises de spéculation foncière. Laissés sans surveillance, ces nouveaux seigneurs vont multiplier les abus. Ils seront malheureusement suivis par beaucoup de seigneurs canadiens prêts à profiter de la situation.

Si en 1760, on retrouve 60 000 Canadiens dans l’espace seigneurial, vers 1830, on en dénombre au-delà de 450 000. Sérieux problème pour ces ancêtres mal formés pour faire produire des champs au maximum. Il y avait un sérieux problème également pour ceux qui désiraient s’établir ailleurs. Ailleurs, ce sont les cantons, mode britannique d’occupation du sol. Dans un canton, un septième des terres était réservé au clergé anglican. Un autre septième devenaient des terres de la couronne. Le cinq septième restant demeurait disponible pour la colonisation.

Mais cette colonisation demeurait beaucoup plus théorique que réelle. Les terres sont coûteuses et la bureaucratie tatillonne et gourmande. L’absence de routes rendait ces terres difficilement accessibles. De plus, on n’y tolérait pas la religion catholique. On n’y retrouvait donc que des écoles protestantes. Ces terres disponibles pour la colonisation vont devenir la proie des spéculateurs et des marchands de bois qui vont se constituer de véritables petits royaumes. Dans les Cantons de l’Est, au début du 19e siècle, 60 personnes possédaient 1,5 million d’acres. En 1833, la British American Land s’est fait octroyer près de 900 000 acres, toujours dans les Cantons de l’Est. On pourrait multiplier les exemples de ce genre.

À plus long terme, cette situation va se transformer en catastrophe pour la société québécoise. Il va devenir plus facile de quitter le pays pour s’en aller aux États Unis grossir le prolétariat des filatures de la Nouvelle Angleterre. Commencé dans les années 1830, le mouvement va s’intensifier dans les décennies suivantes pour devenir une véritable hémorragie dans la seconde moitié du 19e siècle. C’était la jeunesse du pays qui devait s’exiler, sorte de déportation volontaire d’un pays aux trois quarts vide. Ce système d’accaparement improductif du sol par le conquérant lèvera une terrible hypothèque pour cette nation qui allait devenir québécoise.

Voilà un côté particulièrement néfaste de cette défaite amorcée sur les Plaines d’Abraham. Sans cette saignée, que serait le Québec aujourd’hui ? Impossible à dire. Mais on peut y aller d’hypothèses. Si ce Québec avait choisi l’indépendance, il formerait un pays qui dépasserait nettement les 10 millions d’habitants. Dans le cas où il serait resté dans le Canada, il serait probablement aussi peuplé que l’Ontario. Son rapport de force dans le Canada serait bien différent. Il y a peut-être des lectures que certains historiens devraient refaire, l’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau par exemple.

Gilles Ouimet, enseignant en histoire




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