La guerre est détestable. Guerre de mort ou jeu de guerre. Toute guerre est lamentable.
Rappelons-nous Tian’anmen. L’homme debout, debout, debout… le char d’assaut interloqué, figé, bloqué. Présence irrésistible de l’homme debout ! Puissance de la légitimité et de la noblesse.
Ce qui est arrivé en l’an passé pour le 400e, ce qui s’est préparé pour cet été du 250e , nous appellent à une telle présence, à une présence sans faille. À une présence pleine. Notre présence nationale est quelque peu vermoulue. Trouée comme gruyère. Nous devons la rendre irrésistible.
Irrésistible deviendra-t-elle quand elle réunira résolument. Quand nous aurons trouvé, comme dit la chanson, les mots qui nous ressemblent, les mots qui nous rassemblent. Il faut nous en remettre au pouvoir des mots. Les mots révélateurs de l’avenir d’une commune aspiration. Les mots porteurs d’expériences de longue venue. Les mots inspirateurs des œuvres à initier, à développer, à parachever dans le toujours très actuel quotidien, jonction de l’avenir et du passé. Seule la puissance de semblables mots peut nous amener à convenir d’une attitude commune, de gestes à partager, d’une commune stratégie exigée par l’achèvement, l’accomplissement de notre être commun, de notre être national. Notre présence alimentée au langage approprié doit devenir irrésistible d’attirance pour tout concitoyen. L’accession au pays désiré en dépend. Or des commentaires médiatiques des récentes controverses canado-québécoises font un étalage malicieusement réjoui de l’étroit nationalisme des souverainistes-indépendantistes québécois pris d’un nouvel accès de pétarades verbales. Cela n’affecte pas les convaincus. Mais cela contribue à tenir les autres éloignés. D’où l’inéluctable autocritique : le langage nationaliste se tient-il toujours à la hauteur des aspirations qui l’habitent ? Évoque-t-il, ici et là, des recours qui court-circuitent l’authentique pouvoir de la parole ? Il nous faut aller voir si le discours est toujours vêtu de la noblesse de la nation.
Irrésistible aussi doit être notre présence face aux puissances adverses. Un peuple unifié, debout, en marche rassemblée et serrée, se fait respecter. D’abord parce qu’il obéit à des mots originels, des mots sources d’être en commun, des mots de partage. Puis parce que ce langage peut être entendu, reçu ou respecté par les gens d’à côté et d’au loin. Il faut être barbare ou insensé pour ne pas s’arrêter, se replier devant une telle fermeté, une semblable très humaine cohésion dans la poursuite absolument légitime de notre être national français. Notre nation souffrira de tout nationalisme qui l’expose malheureusement à des attaques ruineuses par leurs effets dans l’opinion dont il ne faut pas sous-estimer la puissance. Il y a là des chars d’assaut à surveiller, à bloquer.
Donc présence irrésistible parce que pleine. Pleine de légitimité. Pleine de moyens et d’objectifs honorables et souhaitables pour une société d’humains. Ici, plénitude et amplitude se rejoignent. Présence ample, en effet, par la place faite aujourd’hui et demain à quiconque veut édifier avec nous la nation québécoise. Présence ample aussi par notre propre participation nationale au devenir commun de l’humanité.
Présence irrésistible. Ainsi aucune possibilité réelle de vilipender de l’intérieur cette présence nationale. Aucun prétexte, aucune allégation valable pour assombrir, pour attaquer, pour assiéger de l’extérieur cette stature de légitimité et de noblesse.
Alors, comme chante l’autre chanson, tout soldat se sera fait troubadour !
Fernand Couturier
17 février 2009


