A propos de la prise de position “Les masques tombent” qui s’appuie sur l’article de Denis Lessard sur la gouvernance souverainiste, je maintiens toujours que ce pamphlet est prématuré... même si l’auteur dit que la conférence d’Alexandre Cloutier telle que rapportée par Julien Gaudreau (voir ici) définissait ce qu’il appelait “la position du PQ en mars”
On sait qu’Alexandre Cloutier fait partie du comité de députés du Parti québécois qui réfléchit sur les moyens de relancer la marche du peuple québécois vers l’acquisition des pouvoirs indispensables à l’exercice de sa souveraineté pleine et entière. Alexandre Cloutier a prononcé une conférence à l’Université Laval le 25 mars 2009. Julien Gaudreau dit avoir réalisé une entrevue avec lui. On en a eu un écho que j’ai envoyé à Vigile qui l’a publié.
Il ne s’agit pas comme le dit Patrick Bourgeois “de la position du PQ en mars”. C’est le reflet des préoccupations d’un comité de députés qui réfléchit. Ce n’est pas la position du PQ. Un peu de rigueur s’il vous plaît.
Dans le projet de stratégie d’Alexandre Cloutier, on remarquera qu’il n’est nulle part question de “position très autonomiste” comme le rapporte Denis Lessard pour mêler les cartes en employant un mot discrédité par l’ADQ pour faire échouer la démarche et semer la zizanie.
Ce que j’ai trouvé de plus extraordinaire dans le pamphlet de Patrick Bourgeois, c’est sa première phrase. La voici. “En écoutant Pauline Marois présenter son plan de “gouvernance souverainiste », tous se rendront compte que le Parti Québécois est devenu, au fil des ans, beaucoup plus autonomiste-adéquiste que souverainiste.” A moins d’être visionnaire, ça veut dire que Patrick Bourgeois prend le texte de Lessard comme du cash. Je lui répète que ce faisant, il est extrêmement imprudent et même, si je n’avais pas peur de ses talents de polémiste, je dirais qu’il manque de jugement ce qui est grave pour un homme d’action de son envergure. Je lui cite une phrase qui me vient à l’esprit en n’étant pas certain que ça s’applique à lui mais je l’invite à y réfléchir comme homme d’action : il ne faudrait pas qu’on puisse dire de lui qu’il a plus de voile que de gouvernail.
Je dois aussi ajouter que quand Pauline Marois présentera bientôt l’ensemble de la démarche, ce ne sera pas encore “la position du PQ” mais un projet soumis pour discussion. Nous aurons notre mot à dire et nous le dirons. J’imagine que Patrick Bourgeois sait que le PQ qu’il aime planter avec une verve remarquable, ce n’est pas seulement la cheffe ou le député Alexandre Cloutier, c’est aussi les membres du Parti. Et ce projet s’adressera à l’ensemble des Québécois qui auront aussi leur mot à dire. De quoi parle-t-on ici ? De démocratie.
Et on relira “les masques tombent” comme un élément de la discussion démocratique qui devrait aboutir à un projet de démarche crédible et efficace. Tout en sachant que de discuter publiquement de stratégie ça comporte des inconvénients majeurs.
(Parenthèse. Trudeau a dit pendant la campagne référendaire de 1980 qu’un non voulait dire un oui à une réforme du fédéralisme acceptable pour le Québec. Il a créé des espoirs auprès de gens naîfs comme Solange Chaput-Rolland qui, quand elle a vu la constitution de 1982, a dû dépenser plusieurs boites de Kleenex pour sécher ses larmes de dépit. Trudeau devrait être notre maître à tous.)
Il va falloir qu’un jour le Parlement de Québec avec un gouvernement du Parti québécois pose des gestes concrets qui vont montrer hors de tout doute à une forte majorité de Québécois et de Québécoises l’imposture de la nation québécoise fantasme, voeu pieux à la Harper -Dion-Ignatieff. L’imposture d’un pays où un ancien maire de Westmount comme Peter Trent reproche à Louise Harel de manquer de politesse parce qu’elle ne parle pas l’anglais, ce qui la rendrait inapte à être la mairesse d’une ville que le journaliste de la Gazette Don Macpherson qualifie de bilingue et de fédéraliste. Monsieur le journaliste de la Gazette, il doit bien y avoir quelques Montréalais parmi les 2,308,360 Québécois qui ont voté OUI en 1995. Quand le Québec sera un pays, Montréal sera une ville française et personne ne pourra dire qu’elle est une ville bilingue comme si la langue anglaise était égale à la langue française à Montréal.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 4 juin 2009

