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Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ?
Normand Perry
Tribune libre de Vigile
mercredi 21 octobre 2009      250 visites      3 messages


À voir et à lire tout ce qui ce passe dans le monde de la politique municipale au Québec ces jours-ci, particulièrement à Montréal parce que sous les feux de la rampe médiatique (ce qui pourrait faire ombrage aux histoires de corruption inconnues du public en régions), il faut se demander où est située la racine du mal dans notre système démocratique ?

Lorsque le taux de participation aux élections jaugeait entre 30 à 45% de la population votante selon les régions en 2005, et que d’autre part les salles des conseils municipaux sont désertées par les contribuables, faut-il alors s’étonner que divers groupes d’intérêts s’ingèrent de manière insidieuse dans la chose publique devant un tel vide ?

Les conséquences de cette désertion démocratique sont graves et mettent en péril non seulement l’équilibre des forces en présence dans les divers paliers de gouvernement, mais elles mettent en danger le système démocratique lui-même.

Lorsque les gens se scandalisent, s’époumonant à pester à l’égard de la classe politique ; lorsqu’ils font preuve de cynisme (justifié ou non) face aux personnes risquant gros dans une carrière en politique (tranquillité de la vie de famille, sécurité personnelle, réputation etc) et qu’en même temps ces gens-là abandonnent leur droit et devoir de vote, cette incohérence donc, sert parfaitement les groupes d’intérêts cherchant à infiltrer insidieusement les diverses couches des organisations politiques au pays.

Qu’est-il préférable : vivre une démocratie imparfaite, que l’on peut améliorer qu’avec notre participation, ou est-il préférable d’abandonner la chose publique à la dictature, aux oligarques, aux tyrans ou au totalitarisme ?

Les vieux philosophes grecs de l’Antiquité, ayant inventé la démocratie de toute pièce, perpétuée dans nos civilisations occidentales depuis la République romaine en passant par la Révolution américaine et la Révolution française jusqu’à l’instauration des États de droit comme nous le vivons ici au Canada tout comme au Québec, ces philosophes grecs disais-je donc, ont cru que la démocratie était (et est toujours) le moins pire de tous les systèmes de gouvernance que l’être humain a inventé depuis l’aube des temps. Ce que Sir Winston Churchill a répété à maintes reprises durant sa longue carrière politique par ailleurs.

Même Platon aurait affirmé que la gouvernance de la cité doit être confiée aux sages (sophia=sagesse) donc, aux philosophes du temps. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient (ces intellectuels de l’époque) probablement les seuls à ne pas avoir d’intérêts financiers personnels à défendre ou mieux encore à faire croitre. Cela a-t-il tellement changé aujourd’hui près de 2500 ans plus tard ? Pas tellement. Si au lieux de laisser la chose publique entre les mains de quelques-uns, défendant des intérêts autres que ceux de la cité, alors on y verrait un peu plus de lumière au bout du tunnel.

Mais tant et aussi longtemps que les gens bouderont les urnes lors d’élections, qu’ils poursuivront la désertion des lieux des débats (salles des conseils municipaux, assemblées législatives ou Chambre des communes) et qu’ils refuseront de s’impliquer dans le débat public, alors notre système démocratique est condamné à une mort en douce mais certaine. Puis les oligarchies ayant marquées l’histoire de l’Europe au Moyen-Age vont refaire leurs nids à une échelle beaucoup plus grande, sans que personne en nulle part ne puisse dire quoi que ce soit, parce qu’on aura assassiné la démocratie, c’est-à-dire l’expression même du peuple par le peuple.

Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ? Tout simplement parce que nous ne nous mêlons plus de nos affaires, et la chose publique est l’affaire de tous et un chacun des contribuables que nous sommes. Lorsque nous décidons de ne pas nous occuper de politique pour mille et une raisons, alors soyons assuré qu’elle va s’occuper de nous et certainement pas de la façon dont on voudrait que cela soit fait.

Ce n’est pas en se croisant les bras que l’on gagnent des batailles, mais en combattant et pas autrement. Alors si les scandales financiers et la corruption sont fâchant, impliquons-nous de la bonne manière avec les armes offertes par la démocratie : la prise de parole publique et l’exercice du droit de vote !

Normand Perry, b.ph. L’auteur fut membre du conseil municipal à Les Coteaux, de novembre 2005 au 2 octobre 2009 ; Il fut également chroniqueur ici même à Vigile jusqu’en octobre 2007.




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Vos commentaires:
  • Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ?
    21 octobre 2009, par Grand-papa

    La corruption ne date pas d’aujourd’hui :

    « Les péchés mêmes des grands deviennent les modes des peuples, et la corruption de la cour s’établit comme politesse dans les provinces »

    Esprit FLÉCHIER, 1632-1710

    Il faut voter et s’impliquer - en plus de tout ce qu’il faut faire pour "gagner sa vie". Il n’y a pas d’autre solution. Nous créons nos propres monstres.

    La responsabilité démocratique appartient d’abord à la nation. Le confort et l’indifférence - favorisés par les marchands et les médias - ont des conséquences néfastes.

    Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Sommes-nous sur le pilote automatique programmé par qui ? Les passagers devraient au moins s’interroger.


  • Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ?
    22 octobre 2009, par Jean-Louis Pérez
    « Est-ce qu’il y a un système mafieux qui gère la ville de Montréal ? La réponse, c’est oui... » - Benoit Labonté (citation du jour à Cyberpresse)
  • Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ?
    22 octobre 2009, par Marcel Haché

    On ne peut qu’être d’accord avec votre appel au militantisme. Mais votre analyse est courte.

    C’est dans les sociétés bloquées, incapables de renouveler la démocratie des partis, de se renouveler elles-mêmes, que les pas-bons approchent les autorités politiques. Je fournis l’exemple de l’Italie, longtemps à la merci de la démocratie-chrétienne, qui profitait d’un parti communiste fort, pour apeurer l’électorat et se maintenir très longtemps au pouvoir. La corruption y a fleuri.

    Le Québec est bloqué par la question nationale, qui est incontournable, mais qui justifie abusivement tout l’électorat anglophobe et allophone de se crisper en faveur d’un seul parti. Ce qui bloque la démocratie elle-même. Pour le dire crument : on est poignés avec les libéraux. Et ça peut durer longtemps.

    C’est forcé par l’opinion publique—bien davantage que par le militantisme—que le gouvernement Charest enclencherait une Commission d’enquête. Pour sûr : le monde municipale du Québec est encore largement dominé par les libéraux.



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