La menace imminente de l’indépendance n’a jamais été la source d’une plus grande ouverture du Canada à l’endroit du Québec. En 1970, Pierre Trudeau avait recouru à la Loi des mesures de guerre pour faire peur aux Québécois. En 1980, le même Pierre Trudeau avait riposté par le rapatriement de la constitution et l’adoption d’une charte des droits qui visait à diminuer les effets de la loi 101 sur les anglophones du Québec. En 1995, Jean Chrétien s’était aussitôt rabattu sur le plan B et sa loi sur la clarté. On comprend mieux pourquoi les Québécois n’aiment pas la chicane. Ils perdent toujours alors que la Cour Suprême donne toujours raison au Canada contre le Québec. C’est l’histoire de ce pays.
Aucun gouvernement québécois, qu’il soit libéral, péquiste ou unioniste, n’a jamais réussi à avoir un bilan positif au chapitre des pertes et des gains de pouvoirs arrachés à Ottawa. Il ne faut donc pas s’illusionner sur les possibilités du PQ d’aller chercher de nouveaux pouvoirs à Ottawa, cela n’arrivera pas. Est-ce une raison pour se croiser les bras comme le PQ le fait depuis 1995 ? Si la stratégie de Pauline Marois n’avait pour effet que de raviver les forces vives du Québec, ce serait déjà un début. Toutefois, soyons réaliste, la seule chose que nous récolterons à ce petit jeu, ce sera la chicane. Est-ce une raison pour s’abstenir ? On ne pourra jamais faire l’indépendance sans combat.
***
Notre ami André Pratte nous le dit et le répète depuis des années : le fédéral va dire non. Voilà pourquoi Jean Charest ne fait rien. Il ne veut pas se faire dire non. Il ne veut pas de chicane. Il veut demeurer positif. Il a même poussé la pensée magique jusqu’à recruter pour l’élection partielle dans Marguerite-Bourgeoys un candidat qui travaillait jusqu’à tout récemment à la constitution d’une commission des valeurs mobilières pancanadienne. Étonnamment, si André Pratte ne perçoit que des avantages dans les intrusions du gouvernement fédéral dans les juridictions provinciales, il ne voit que des inconvénients dans le rapatriement de nos pouvoirs. S’il est contre la concentration des pouvoirs à Québec quand il s’agit du PQ, on ne l’entend guère parler de celle des médias lorsqu’il s’agit de Gesca.
Tous les Québécois savent que Jean Charest n’a aucune raison objective d’exercer de rapport de force pour obtenir quoi que ce soit d’Ottawa. Sa base électorale anglophone s’identifie davantage au ROC qu’aux revendications historiques du Québec. Voilà pourquoi il est si optimiste. Plus le Québec recule, plus sa base électorale est satisfaite et plus elle contribue à sa caisse électorale et donc à l’augmentation du salaire que lui verse le PLQ. Ne nous le cachons pas, Jean Charest est commandité pour couler le Québec.
Voilà pourquoi les membres de l’intelligentsia fédéraliste dénoncent avec autant de véhémence la nouvelle stratégie du Parti Québécois. Ils savent déjà que Pauline Marois n’obtiendra rien à ce jeu, qu’elle fera la démonstration hors de tout doute que le Québec est toujours perdant. Voilà pourquoi ils en imputent d’avance le résultat à l’objectif avoué du PQ, faire l’indépendance du Québec. Si le PQ échoue, ce ne sera pas parce que ses demandes ne seront pas raisonnables, mais bien parce qu’il ne se satisfera jamais de simples transferts de pouvoirs. C’est parce qu’il veut faire l’indépendance qu’il fait la chicane.
Voilà pourquoi des gens comme André Pratte ne cessent de nous répéter qu’il ne sert à rien au PQ de revendiquer de nouveaux pouvoirs d’Ottawa, car nous savons d’avance que nous allons nous chicaner inutilement puisque le gouvernement fédéral va toujours dire non. Combien de fois André Pratte a-t-il écrit qu’il estimait que le Québec devait commencer par exercer ses propres pouvoirs dans ce qu’il lui reste de juridictions avant d’en récupérer d’anciennes ou d’en revendiquer de nouvelles ?
Sa réaction de ce matin indique bien qu’il est mal à l’aise avec la nouvelle stratégie du PQ. Alors que le moment serait propice pour défendre la position de Mme Marois pour que les indépendantistes doutent de ses véritables objectifs – autonomie ou indépendance ? - André Pratte qui la défendait quand elle ne faisait rien pour faire avancer la souveraineté sort ses gros canons maintenant qu’elle a décidé d’agir. La réaction des forces fédéralistes au plan du PQ est peut-être l’indice que le combat va bientôt reprendre.
Qui sait, la prochaine fois que les Québécois ne voudront plus de chicane, peut-être préféreront-ils sortir du Canada ? Si c’est vraiment le pari de Madame Marois, il faudra alors qu’elle cesse d’écouter les scribes de Gesca lorsqu’il s’agit de condamner ceux qui parmi nous ont réussi à faire reculer Ottawa en promettant de belles chicanes. Il faudra qu’elle fasse une place pour ses alliés indépendantistes dans son plan si elle veut qu’il fonctionne. Écarter toute ambigüité et faire de chaque élection une occasion pour les électeurs de se prononcer sur l’indépendance en insistant sur l’urgence de la situation. Voilà le vrai défi que devra relever Pauline Marois.

