Je vous fais part d’un texte que j’essaie de diffuser en France dans le but de pousser les média et les politiques à s’intéresser à la visite prochaine du président à Québec en octobre prochain . Ce qui, pour l’instant en tout cas, reste encore sans succès ...
Voici ce texte :
Petite lettre ouverte d’un rabat-joie Québécois .
Si j’ai par naissance la nationalité canadienne, j’ai aussi par adoption la nationalité française et à ce titre, je me permets de revendiquer cette lettre ouverte . Pour la construire, je me suis servi d’un texte écrit début septembre et qui risque de demeurer non-édité tellement son actualité est pressante . Quitte à passer pour un rabat-joie, mon idée est d’attirer l’attention du grand public français et de ses élites sur un geste politique qui risque de passer pour négligeable en France . Les gouvernements actuels du Québec, du Canada et de la France ont beau endormir depuis plusieurs mois le public avec des images d’Epinal, les conséquences humaines qui en découleront n’iront pas sans nuire à celles et ceux qui sont sans doute les plus grands amis de la France à l’étranger .
A défaut de prétendre rétablir tous les faits en dix paragraphes, je vous résume de mon mieux la situation . Sauf erreur de ma part, le président Nicolas Sarkozy s’apprête à couper les ponts pour une deuxième fois avec les francophones de l’ex Nouvelle-France : les Québécois . Exactement comme cela s’est produit en 1763, il m’apparaît que le peuple de France se trouvera mis en touche une fois de plus pour cette décision . L’absolutisme aurait-il donc maintenant des relents républicains pour ce faire, j’en pose la question ?
A Québec les 17, 18 et 19 octobre prochains, lors de sa présence au Sommet de la francophonie, Monsieur Sarkozy annoncera un virage à 180 degrés de la politique étrangère de la France envers le Québec . Il tournera ainsi le dos à un droit international qu’elle a néanmoins reconnu depuis plus de quarante ans, celui de l’autodétermination de son peuple . Malheureusement, selon moi et beaucoup d’autres, dans l’état actuel des choses, sauf coup de théâtre, trop peu d’espoir reste pour envisager autre chose . La table est mise pour le coup de massue aux Québécois .
Au cours des derniers mois, passant des informations québécoises sur internet aux informations françaises traditionnelles, j’ai pu observer l’habile mise en place d’un plan de communication bi-national visant à faire avaler une grosse pilule amère aux électeurs français sans qu’ils n’en grimacent trop . La stratégie politique fut amorcée par Monsieur Jean-Pierre Raffarin alors qu’au détour d’une entrevue avec un journaliste du Québec, en mars 2008, il déclarait :
Le président français Nicolas Sarkozy pourrait profiter de sa visite au Québec l’automne prochain pour tourner la page sur la doctrine française de " non- ingérence, non-indifférence ... Nicolas Sarkozy est contre le ni-ni et s’exprimera clairement sur le sujet .
L’apogée de la stratégie se trouvant dans la visite en France de la Gouverneure Générale du Canada, Madame Michaëlle Jean, en mai dernier, la méfiance des Québécois envers ce qui les attend maintenant de la part de la France n’a fait que s’accentuer .
La sortie médiatique de l’ex-Premier Ministre est d’autant plus signifiante qu’une succession d’événements prépara diversement les opinions publiques française, canadienne et québécoise au coup à venir . En effet, sous couvert de légèreté, de banalité et même, de festivité, puisque les plus marquants de ceux-ci furent livrés à l’occasion du 400è anniversaire de Québec, leur progression montre que le mieux se prépare pour un Canada en mal d’uniformité pour ses normes nationales . A la mi-octobre, sur un plateau d’argent, Monsieur Sarkozy offrira enfin aux politiciens de ce pays la revanche attendue depuis quarante ans sur un président français qui sut reconnaître la légitimité internationale de notre existence, tant au Canada que hors du Canada . Sous les allures de grands principes d’amour et de fraternité, l’actuel président fera le choix de mettre un point définitif à la préoccupation de la France envers des Québécois qui cheminent démocratiquement en politique .
Qu’en est-il de cette règle française de politique étrangère qui doit si prestement être changée ? Je vous l’explique en trois mots .
Lorsque du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, en 1967 De Gaulle se prononce pour l’indépendance du Québec, cela jette un froid au Canada . On le comprend . Dans les années qui suivent, sans pour autant renier la parole du Général De Gaulle, en même temps que se tissent des liens étroits entre les Assemblées Nationales de Québec et de Paris, l’Etat français cherche le moyen de temporiser les choses auprès d’autorités canadiennes irritées . En 1977, malgré la tiédeur du Canada, le Ministre Peyrefitte propose une formule : la France convenant de ne plus s’ingérer dans les affaires Canada-Québec, le Canada tolère que la France puisse ne pas s’indifférer du sort et des choix démocratiques du Québec . L’entente bi-latérale prend donc la forme de "ni-ingérence, ni-indifférence" .
Trente années de paix diplomatique s’installent et à cette suite, se développe une réciprocité fraternelle solide et continue entre Français et Québécois . Peut-être d’ailleurs avez-vous eu l’occasion de goûter à l’accueil que font ces derniers à leurs cousins d’outre-atlantique (bien que je crois avoir compris qu’un certain refroidissement se soit déjà manifesté cet été en raison des événements et déclarations en question ici ...) ? Donc, sans que le Canada ne s’en enthousiasme jamais, bien au contraire, des initiatives internationales du Québec s’en suivirent en direction de la francophonie et surtout, de la France, donnant comme jamais auparavant un ancrage nouveau et exceptionnel en Amérique du Nord aux entreprises françaises .
Mais voilà qu’au résultat du référendum de 1995 sur l’indépendance du Québec, en tout, le Canada décide de revenir à des politiques régressives visant à subordonner entièrement le Québec à son autorité ... Ce à quoi la reculade française pourtant très prévisible d’octobre prochain accordera un crédit supplémentaire pour finir de dominer les indociles et incorrigibles Québécois .
Sauf que, de ce changement en politique internationale, quelques données semblent échapper à plusieurs . Notamment aux membres de l’opposition parlementaire qui semblent être à des lieux de distance de la chose, exception faite sans doute de Madame Royal . Par exemple, première notion, la nouvelle politique de la France sera engagée non seulement à l’endroit d’un gouvernement québécois minoritaire mais aussi, avec un gouvernement canadien qui a déclenché des élections pour le 14 octobre pour essayer de se sortir de son égale position de minoritaire . Ensuite, second élément, malgré l’entêtement des élites canadiennes à convaincre de l’enterrement définitif du projet de l’indépendance du Québec, la réalité se montre tout autre . Et finalement, dernier facteur, en dépit d’une absence de deux siècles de la France, alors même que ses propres élites ont cent fois proclamé l’agonie du petit peuple du Québec, celles et ceux qui le composent en sont néanmoins restés aussi enracinés à leur langue, à leur culture et à leur histoire que le chiendent s’accroche à son sol .
Ce qui fit déclarer à un certain général français, lors de sa première allocution radiophonique après son appel du 18 juin aux Français, soit le premier août, un mois et demi après son installation à Londres en 1940, que la résistance opiniâtre des Canadiens français était un exemple pour la France" ...
Certains jugeront que je manque sans doute de modestie à le souligner, ou que je fais preuve d’un chauvinisme coupable, mais vous pouvez me croire, je n’invente pas la chose exprès aujourd’hui pour déplaire à Monsieur Sarkozy ni à quiconque de ses amis .
Voyez-vous, à l’exemple de Gambetta, nous somme nombreux à croire que l’avenir n’est interdit à personne . Pas plus aux Québécois qu’à personne d’autres .
Vive la République, et merci de m’avoir lu .
Yves Côté,
Boulogne-Sur-Gesse
France .

