Bacqueville de la Potherie a été contrôleur de la marine et des fortifications à Québec de 1698 à 1701. Au sujet des femmes de Nouvelle-France, il écrivait : « comme elles sont sages naturellement, elles ne s’amusent guère à la bagatelle, mais quand elles entreprennent un amant, il lui est difficile de n’en pas venir à l’hyménée ». Les choses ont-elles changé ? À chacun et chacune d’en juger. La situation se corse cependant si les rôles sont inversés et qu’il revient au courtisan d’accomplir la tâche très délicate de conquérir la douce créature. On peut paraphraser le regretté Boule Noire en précipitant un brutal « voulez-vous coucher avec moi ce soir ? », mais les plus pressés sont généralement les plus éconduits. Mieux vaut d’abord l’inviter à venir voir votre collection d’estampes japonaises à la maison.
Face à la conjoncture politique actuelle, Pauline Marois est dans la peau de ce damoiseau ayant à faire la cour à une jouvencelle lasse d’avoir été tant draguée, sur tous les tons et par des prétendants pas toujours galants. Vous aurez reconnu là l’électorat québécois. Qui trop embrasse mal étreint, c’est bien connu. Pauline a donc choisi de suspendre le « comment » du référendum, le temps de refaire valoir le « pourquoi » de la souveraineté. La chef du PQ a fait son lit pour la rentrée : défense de la langue française, commission parlementaire sur l’immigration et accommodements raisonnables seront autant d’occasions de rendre l’option souverainiste désirable. Tels d’abjects goujats, les positions canadiennes sur Kyoto et l’Afghanistan ne manqueront pas non plus de faire réaliser concrètement au peuple québécois ce dont il se prive en demeurant province et minoritaire.
Parmi les militants souverainistes, toujours nombreux malgré les épreuves, quelques juges autoproclamés de l’authenticité des convictions souverainistes d’autrui ont tôt fait de prêter à Pauline les desseins les plus sournois. Ils devraient plutôt se joindre à sa grande entreprise de séduction. À tout vouloir tout de suite, on finit le plus souvent avec rien du tout. Appelez ça « Grand Soir » ou « hyménée », mais de grâce, faites-vous charmants.
Christian Gagnon
Montréal
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