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DE CHAREST À BOISCLAIR, RIEN N’A CHANGÉ
Paris vaut bien le détour
Martine Tremblay
La Presse
dimanche 11 février 2007


« La place d’un chef de parti d’opposition est sur le terrain, au Québec, pour épauler ses candidats, s’occuper de sa propre cote de popularité, vendre son programme. Une poignée de main à Paris ne donne par contre aucun vote. » Cet extrait d’un éditorial de Jean-Jacques Samson n’a pas été écrit en janvier 2007, à l’occasion du voyage d’André Boisclair, mais en février 2003, au retour de Jean Charest, qui venait d’effectuer sa deuxième visite à Paris à titre de chef de l’Opposition.

Le scepticisme, voire la hauteur affichée par de nombreux commentateurs d’ici face à la récente mission d’André Boisclair en terre française ne fait donc que traduire la persistance d’une incompréhension surprenante de la dimension internationale du rôle de l’État québécois. Hors les cercles très restreints constitués par les experts gouvernementaux et les divers spécialistes de ces questions, peu d’observateurs, y compris parmi le gratin des grands quotidiens, ont envie de prendre au sérieux ce qu’ils prennent volontiers pour de l’« activisme » provincial qui se donne des airs de grande diplomatie.

Pourtant, tous ont pu observer que les actions du gouvernement libéral, depuis son élection en 2003, se sont situées, dans l’ensemble, en parfaite continuité avec celles du gouvernement du Parti québécois. D’ailleurs, le chef de l’opposition n’était pas si tôt revenu en sol québécois que c’était au tour du premier ministre de se rendre à Paris, à l’invitation expresse du président Chirac, pour y assister à la conférence internationale sur l’environnement.

Dans le même esprit, l’énoncé de politique internationale du Québec rendu public en 2006, par un gouvernement résolument fédéraliste, réaffirme sans détour l’importance politique et stratégique de la France pour le Québec, plaçant ce pays au même niveau que les États-Unis. Qu’un chef d’opposition, à la veille d’élections générales au Québec, veuille se faire connaître des interlocuteurs qui comptent à Paris, dans la mesure où ils sont disponibles, cela tombe sous le sens. Si Ottawa n’y mettait pas les entraves que l’on sait, la même chose pourrait se faire du côté de Washington.

Les relations particulières qui existent entre la France et le Québec ont non seulement permis de multiplier les échanges et les axes de coopération bilatérale dans toutes sortes de secteurs, mais elles ont également facilité grandement l’accès du Québec à certains forums multilatéraux, y compris celui de la Francophonie, autrement qu’à titre de simple figurant.

Et si le Québec a pu peser sur l’évolution du dossier de la diversité culturelle, il le doit beaucoup plus à sa complicité active avec la France et quelques autres alliés qu’à la « générosité » canadienne.

Une action trop mal connue

En même temps, ce volet politique de l’action internationale du Québec, plus médiatisé parce qu’il occupe davantage l’espace public, ne représente qu’une partie de l’intervention gouvernementale en direction de l’étranger. Comme le précise la politique du gouvernement évoquée plus haut, la présence québécoise sur la scène internationale s’exerce de manière continue et multiforme, c’est-à-dire qu’elle combine aussi promotion économique, coopération, et mise en valeur de tous les atouts qui font du Québec une terre d’accueil et d’investissement, une destination touristique recherchée et un lieu de création.

Il faut du reste déplorer que le gouvernement actuel ait considérablement réduit, depuis 2003, les moyens alloués à la diplomatie culturelle québécoise, notamment en écartant complètement le projet de Centre Québec-Europe et en renonçant à l’organisation d’événements culturels de grande portée, destinés à promouvoir l’image du Québec dans les autres pays.

Les nombreuses réactions provoquées par les coupures de budget imposées par le gouvernement Harper aux centres culturels canadiens de Londres et de Paris témoignent pourtant de la place de plus en plus grande des « ambassadeurs » culturels dans l’arsenal diplomatique de tous les pays. Raison de plus pour que le Québec redouble d’ardeur à ce chapitre en donnant à sa propre diplomatie culturelle des moyens à la hauteur des effets incontestables qu’on lui reconnaît.

Cela dit, il faudra bien un jour consentir les efforts nécessaires pour que soient mieux comprises les initiatives et les actions diverses menées par le Québec sur la scène internationale. Ne serait-ce que pour venir enfin à bout des préjugés tenaces qui assimilent encore ces activités aux salons huppés et aux petits fours tant décriés.

Car le Québec ne pourra jamais se priver de cette présence directe aux autres et de cette action hors-frontière sans renoncer à la fois à sa spécificité et à l’oxygène indispensable aux sociétés modernes et évoluées.

Martine Tremblay

Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnai-re, l’auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d’études et de recherches internationales.




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