
Prenant connaissance d’un article en ligne sur le site Canoë sur un exercice militaire tenu ces derniers jours au port de Montréal , curieusement quelques semaines après l’élection d’un gouvernement souverainiste à Québec, Vigile s’est demandé s’il s’agissait bien d’un exercice en bonne et due forme ou s’il ne s’agissait pas d’une manipulation psychologique pour intimider les Montréalais et les Québécois, façon de leur laisser savoir qui est le « vrai boss » au Québec.
Nous avons donc soumis la question à un expert, notre ami le Capitaine Sauvé, et voici son commentaire :
Première observation : Les soldats, des réservistes et amateurs, « bunchaient », se tassaient les uns contre les autres, ce qui faisait d’eux des cibles faciles pour des mitrailleuses « ennemies » positionnées de manière à les prendre en enfilade.
Une seule mitrailleuse positionnée de manière à ce que les « attaquants » tombent dans sa zone battue, soit à 300 mètres environ de portée moyenne, aurait suffi pour décimer la majorité des attaquants. La bataille n’aurait duré que quelques secondes.
Ainsi collés les uns contre les autres, les combattants sont incapables de déployer leurs armes correctement et de s’en servir sans risquer de tuer ou blesser leurs propres camarades. Les armes à feu dont la portée peut atteindre les 500 mètres sont dangereuses pour les camarades bien avant de devenir dangereuses pour l’ennemi qui se dissimule et se disperse de manière à vous faire faire des erreurs et des bêtises.
Le nombre de soldats blessés et tués par leurs propres armes est effarant chez les « amateurs » et « réservistes ». Il est moins élevé chez les « professionnels » mais il y en a. Une arme à feu est souvent plus dangereuse pour les proches que pour l’ennemi qui se cache, se dissimule et se tient à distance.
Des professionnels se seraient organisés en tout petits groupes dispersés en fonction du potentiel offert par les trajectoires, les possibilités du glacis et des enfilades. Ils se seraient appuyés mutuellement et auraient pris soin d’éliminer les positions de tir de l’ennemi avant de s’avancer.
Un port de mer et une gare de chemins de fer sont les pires endroits pour entraîner des amateurs, surtout dans une attaque. L’exercice ne semblait tenir aucun compte que de tels endroits sont exposés aux tirs de mortiers et à l’artillerie et que les débris qui tombent blessent et tuent autant de monde sinon davantage que les armes à feu.
De même pour les combats en zones urbaines et habitées. Il faut des troupes extrêmement bien entraînées pour se battre dans les villes et encore, les pertes sont élevées.
Dans l’histoire régimentaire du Royal 22e Régiment, qui a participé à la campagne d’Italie en 1943, il est rapporté que le régiment était décimé chaque fois qu’il devait prendre une ville italienne du sud, comme Potenza et Catanzaro.
Les pertes étaient épouvantables. L’entraînement avait été insuffisant pour faire face aux SS allemands experts en guerre défensive et qui savaient positionner leurs armes pour obtenir le maximum d’efficacité avec leurs trajectoires.
Il y avait un autre problème : les soldats allemands avaient généralement complété leur cinquième secondaire alors que les nôtres n’avaient pas terminé l’élémentaire, le plus souvent limités à une quatrième année.
Pas question donc d’enseigner à un un soldat sans formation de base des notions comme le glacis, l’enfilade ou la trajectoire. On ne peut pas même lui enseigner carte et boussole, et j’en ai fait la triste expérience expérience comme officier d’infanterie à passer des heures et même des nuits entières à chercher et retrouver des soldats perdus ne sachant plus ou ils étaient, souvent désespérés.
C’est une situation que nous devrons corriger en partant lorsque nous serons engagés dans le développement et la formation de nos propres forces armées.
En effet, en tactique, il ne faut pas se fier sur l’habileté du tireur de guerre, qui est trop nerveux et rate systématiquement sa cible, mais sur les propriétés des trajectoires, qui augmentent les possibilités de frapper quelqu’un qui se trouverait, non dans la mire, mais dans la courbe d’une trajectoire calculée en fonction des possibilités de mouvements de l’adversaire.
La tactique est affaire de technique et de psychologie. Avec les armes actuelles, il importe d’opérer continuellement sous couvert, ce qui n’était pas le cas comme on le voit sur les photos.
Personne ne se souciait ou semblait se soucier de dissimulation et encore moins de camouflage, ce qui est difficile dans ce milieu, j’en conviens, mais il faut absolument y recourir, autrement on risque d’être décimés en partant par les nouvelles armes automatiques qui tirent vingt à trente balles d’un coup alors qu’avec l’ancienne arme à verrou, il n’aurait été possible que de tirer un ou deux coups.
Ces nouvelles armes sont des gaspilleuses de munitions qui endommagent l’environnement et n’accomplissent rien, ni sur le plan tactique ni sur le plan stratégique.
Un exercice de ce genre, avec amateurs ou professionnels, se planifie à partir d’une situation réelle vécue quelque part ailleurs et observée par des gens compétents qui peuvent expliquer ce qui s’est passé et comment ça s’est passé sans s’égarer dans l’imaginaire.
Je m’interroge justement sur le caractère imaginaire de la situation dans ce cas-ci.
Il faut en effet se demander s’il n’existe pas un élément « politique » derrière cette décision d’impressionner le public montréalais en feignant une attaque contre son port alors qu’il est devenu évident maintenant que le port de Montréal doit retourner à la Ville de Montréal. C’est ce que compte en effet obtenir Richard Bergeron s’il est élu maire, et il fera bien car le port de Montréal appartient aux Montréalais et non à Ottawa.
Est-ce l’enjeu qui se cache derrière cet exercice pour amateurs militaires néanmoins capable d’impressionner les Montréalais et de les intimider quant à la possibilité de reprendre ce qui leur appartient de droit comme de fait ? Est-ce l’annonce d’une guerre contre le Québec au sujet du port de Montréal ?
Dans ce cas, nous avons besoin de compétences, beaucoup de compétences dans tous les domaines.
Je n’en dis pas davantage.
JRMS

