À la page A19, La Presse du mardi 3 novembre nous offrait un publi-reportage de Judith Lachapelle sur la visite de Charles et Camilla aux frais de tous les contribuables du Canada - incluant ceux du Québec - titré « Le prince Charles en campagne de charme ». Un encadré à la fin du texte nous indiquait que cette visite serait « une aubaine pour le contribuable… britannique ».
Un sondage d’une firme torontoise démontre que 60% des canadiens estiment que la monarchie constitutionnelle n’a plus sa place au Canada. Semble-t-il que le Prince de Galles souffre d’une piètre image auprès de ses sujets de son dominion et le journal britannique conservateur The Daily Telegraph qualifiait les résultats de ce sondage comme étant « dévastateurs ».
La publijournaliste a négligé de faire mention qu’autour de 85% des Québécois sont contre la monarchie britannique et elle enchaîne tout de même en écrivant que « la visite princière vise à mieux faire connaître aux Canadiens l’héritier du trône, en plus de leur présenter officiellement sa femme », évoquant que le tabloïd Daily Express avait écrit que « dans un effort de présenter Camilla comme partiellement canadienne », le couple royal doit visiter en Ontario un château qui a appartenu à son arrière-arrière-arrière-grand-père.
Le texte de Mme Lachapelle nous renseigne aussi à l’effet que le couple princier fera « une visite éclair » à Montréal. Ils rencontreront d’abord notre clown provincial, Crapet Charest. Ensuite ils iront voir certains des acrobates à l’emploi de notre clown de l’espace, Elvis Laliberté. Par après, ils iront au Biodôme pour enfin terminer leur visite avec une levée du Union jack à la caserne du régiment Black Watch de Montréal, de tradition écossaise.
La GRC a indiqué « qu’elle travaille avec les corps de police locaux pour évaluer la menace que pose les militants indépendantistes qui vont manifester contre la présence du couple royal au Québec à la caserne du régiment Black Watch de la rue Bleury.
Dans un autre texte en date du quatre novembre, celui-ci de Jean-Marc Salvet du journal Le Soleil, on nous rapportait que la chef du PQ avait déclaré, devant quelques journalistes, qu’elle ne « serait pas dans la rue » mardi prochain à pour protester contre la venue de l’héritier du trône britannique : « Je ne serai pas dans la rue, mais je pense comme la majorité des Québécois qu’il n’est pas nécessaire qu’il vienne visiter le Québec. Il me semble que la monarchie est un peu dépassée pour 2009. »
À propos de la visite du Prince de Galles, M. Salvet souligne les mots qu’il entendait au PQ le jour précédent : « On s’en fout » ou encore « On a des choses plus importantes à faire que de se préoccuper de ça. » Énonçant en introduction qu’il « fut un temps où la visite d’un représentant de la couronne britannique au Québec suscitait indignation et colère au Parti Québécois », M. Salvet nous explique que pour « aller plus loin », il fallait parler au président du Comité national des jeunes du PQ, Alexandre Thériault-Marois, duquel il nous rapporte les propos suivants : « On est plutôt agacé. D’autant qu’on peut se demander à quoi ça sert ? Et c’est sans compter qu’une visite comme celle-là peut mal tourner, puisqu’il y a des militants de certains réseaux qui [veulent] manifester. »
M. Thériault-Marois affirmait aussi que « le plus important est l’abolition des symboles monarchiques. L’abolition de ces tracasseries d’une autre époque apparaît comme un préalable afin que les Québécois reprennent le collier pour se doter d’une société démocratique, riche et libre. » Pas un mot sur l’indépendance.
En guise de conclusion à son texte, M. Salvet, avait jugé nécessaire de citer l’ancien ministre Benoit Pelletier qui soutient que l’abolition de la monarchie ne serait ni une affaire simple, ni une source d’économie véritable. Aujourd’hui, la Gazette des loyaux monarchistes de Montréal a publié un éditorial suggérant à Gilles Duceppe d’apprendre à valoriser la politesse silencieuse, bref de se fermer la gueule, parce que de toutes façons, la monarchie constitutionnelle est là pour rester. Dans ce ton du loyalisme intégriste qui caractérise si bien le fascisme des monarchistes orangistes et des néocons de l’anglosphère, l’éditorial non signé de ce journal ethnocidaire regrette que tant de Canadians - pas seulement des Québécois - se questionnent sur un attachement quelconque à la couronne britannique. Vraiment du front tout l’tour d’la tête !
Maintenant, j’aimerais revenir sur les déclarations de Mme Marois et de M. Thériault-Marois.
S’il y a un terrain d’entente entre tous les Québécois, c’est bien celui de la condamnation de la monarchie britannique. Je n’arrive pas à comprendre comment ça se fait que les leaders souverainistes ne descendent pas dans la rue dans le contexte de cette visite royale, de même que dans d’autres circonstances, comme lorsque la cour des juges d’Ottawa a invalidé la loi 104, ce qui aurait dû susciter une réaction beaucoup moins timide de leur part. Sont-ils irrémédiablement passés de l’indignation et de la colère à l’indifférence totale ?
Notre élite souverainiste a une fâcheuse tendance à se censurer et à museler ceux qui s’indignent légitimement des nombreuses situations portant atteinte à la vitalité de notre nation, ce qui n’est peut-être pas étranger à l’indifférence exprimée par les taux de non participation des Québécoises et des Québécois à un processus électoral vicié par l’ingérence d’Ottawa érigée en système depuis plus de deux siècles. Somme toute un régime ethnocidaire que les monarchistes locaux nous présentent comme un bienfait du libéralisme britannique.
Quant à moi, la menace ne vient pas des militants indépendantistes qui seront présents pour manifester leur indignation et leur colère face à cette provocation royale à nos frais, sollicitée par Harper et Charest.
Depuis 1995, la vraie menace à l’intégrité de notre nation, c’est l’apathie de nos élites face à cette autre nation qui nous impose un lent nettoyage ethnique sans opposition digne de ce nom.
Pour ma part, j’y serai pour faire signe à ce trousseur de jupes écossaises de ne plus remettre les pieds ici.
Daniel Sénéchal
Montréal

