Le Québec s’est doté depuis 1968 d’une Assemblée nationale. Il est probant que fut comprise depuis bien plus longtemps que cela la dualité nationale de la Confédération canadienne, y compris par John A. MacDonald lui-même, autant que la dimension nationale du Québec l’était par les Québécois eux-mêmes en 1867, ce qu’allait réaffirmer le Premier ministre Honoré Mercier. Certes, il n’y avait pas de "vrai" pacte mais c’est ainsi qu’on a vendu et présenté la Confédération aux Québécois : comme une reconnaissance de leur autonomie nationale. Tout récemment, Ottawa a reconnu l’existence de la nation québécoise de façon plus explicite, rompant avec la stratégie de négation absolue adoptée depuis Trudeau.
Paradoxalement, il semble que plusieurs des institutions culturelles majeures de la Métropole gomment cette spécificité dans leur présentation de la création québécoise. C’est contradictoire, parce que c’est précisément en matière d’expression culturelle que la distinction est des plus éloquentes, et des plus évidentes pour le public… québécois.
Qui au Québec ne sait distinguer la littérature québécoise et la littérature canadienne, qui confond le cinéma québécois très couru et le cinéma canadien méconnu ?
Pourtant, lorsque le Musée des Beaux-Arts de Montréal annonce la création d’une nouvelle salle d’exposition, il ne parle que de collection nationale d’art canadien. De même, le directeur du Musée d’Art contemporain parle de trois capitales successives de l’art contemporain canadien, Montréal, Toronto et Vancouver. Est-ce que cette analyse est véritablement éclairante en ce qui concerne l’art québécois que présente ce musée, art qui a une histoire inscrite sur l’ensemble du territoire québécois, autour de Québec et autour de Montréal, comme les parcours de Borduas et de Riopelle eux-mêmes à travers le Québec le rappellent ? Histoire encore plus digne d’attention ici même, pourtant.
Que dire maintenant de l’OSM, qui ne célèbre que des « grands Canadiens », qui présente au public un Alain Lefebvre comme « musicien canadien ». Lorsqu’Alain Lefebvre fait connaître André Mathieu au public québécois, pourtant, c’est pour attirer son attention sur un grand compositeur québécois et en particulier attirer l’attention de la jeunesse sur un grand artiste du cru.
Pourquoi est-ce que l’OSM se découvre une subite pudeur à présenter Lefebvre comme un Québécois quand le monde de la musique a coutume de présenter Jordi Savall comme un Catalan ? Les représentants de l’OSM répondent que, techniquement, Lefebvre est un citoyen canadien… Certes, mais cela n’excuse pas ce manque de précision devant un public plus qu’averti en la matière. Dans ce cas-là, on ne dira plus que Savall est Catalan, ni que Robert Burns est un poète écossais. Après tout, parler avec précision de l’art québécois, de musiciens québécois, n’est que descriptif et demeure indépendant, en fait, des prises de position politique fédéraliste, autonomiste ou souverainiste.
Nos librairies mélangent littératures canadienne et québécoise dans le même rayon, tandis qu’elles mêlent souvent la littérature française ou de langue française avec les traductions internationales.
C’est l’usage de l’épithète national au Québec qui devrait nous interroger. Puisque la nation québécoise fait actuellement partie d’une Confédération, est-ce que ce qui est décrit comme « national » au Québec ne devrait pas, dans notre prose et dans des médias tel Le Devoir, renvoyer à la nation québécoise par souci de clarté et de cohérence avec nous-mêmes, tandis que ce qui relève de l’ensemble de la Confédération devrait être décrit comme « fédéral », « confédéral », à « l’échelle canadienne » ou « pancanadien » ? Ainsi, on éviterait la confusion entre un programme « national » et un programme « confédéral », qu’on présente tous deux comme « nationaux » en ce moment dans nos médias. Cela ne permet guère de distinguer clairement la dimension québécoise et la dimension canadienne et entretient une confusion. Et si nous nous reconnaissions nous-mêmes avec clarté et cohérence, en premier lieu ?
Ce qui se conçoit clairement s’énonce clairement, et puisque nous exigeons d’Ottawa et du Canada, comme du monde, une reconnaissance, nous devrions, au premier chef, être nous-mêmes cohérents avec cette identification !
Charles Courtois,
Montréal.
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