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Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
vendredi 3 juillet 2009      323 visites      5 messages


Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009

le texte intégral suivi d’un commentaire par Robert Barberis-Gervais

(Musique qui fait planer ; centaine de fleurdelisés bleus et blancs qui flottent. Une belle femme en pantalons longue chevelure brune fait une proclamation. On est au théâtre. Beaucoup de mots en fin d’interjection sont (pesamment) projetés sous forme de cris pour que le message porte : elle s’adresse à une grande foule.)

“Ce soir ce soir c’est un soir important. Ce soir on fête notre nation. On a rêvé on a construit maintenant on vit. On fait pu juste préparer la révolution on est révolutionné.

Ce soir ce soir oui je veux me souvenir mais ce soir avec vous je veux qu’on regarde en avant.

Ce soir je veux qu’on embrasse l’avenir. Je suis un peuple ouvert sur le monde un peuple lumineux parce que capable de se transformer.

Un peuple où les hommes et les femmes appartiennent au même monde. Et ça et ça moi j’en suis très fière.

Ce soir bien sûr on fête la langue française. C’est la langue qui nous a mis au monde la langue qui nous a propulsé une langue qui nous garde vivants une langue exubérante une langue à partager.

Ce soir ce soir par-dessus tout ce soir je veux honorer et je veux célébrer notre ambition. On est un peuple ambitieux et j’en suis fière.

Ce soir on fête le souffle créatif québécois qui balaie le monde de Robert Lepage à Céline Dion, de Marie Chouinard à Fouad Awad de Leonard Cohen à Pierre Lapointe du Cirque du Soleil à Zolan.

Ce soir on assume toutes nos ambitions.

Ce soir on fête notre autonomie et on fête notre maturité.

On est inspiré et on est inspirant On est aimé et on est aimant. On est intelligent on est l’unique on est multiple On est épanoui on est audacieux on est libre

On est une nation. On est capable de tout.

Ensemble on est capable de tout Québécois de toutes origines on est capable de tout.

On change le monde le monde le monde nous regarde le monde est pour nous le monde le monde est en nous le monde est à nous.

Bonne fête.”

“Mesdames et messieurs, c’était Suzanne Clément. Bravo !” (Guy A. Lepage)

***

Commentaire pas naïf et pas spontané.

Pour reconstituer le texte, il faut écouter le message quatre fois. C’est ce que j’ai fait. Donc mon commentaire sans être savant sera un peu réfléchi. Je suis évidemment marqué par les propos de Bernard Desgagné qui sont très critiques.

Quel est le genre littéraire de cette théâtrale prestation d’une actrice québécoise ? C’est une proclamation faite sur le ton d’une passionnaria.

Le ton et le contenu m’ont fait penser à un poète québécois visionnaire : Paul Chamberland au contenu écolo-prophétique.

Sur cette musique, on flotte, on plane, on survole, on s’envole, on crie notre existence.

“Ce soir, bien sûr, on fête le français” : je retrouve le “bien sûr” de Françoise David chez les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO).

“Une langue exubérante ( !) à partager.” Absolument.

Dans cet espace auquel donne accès le trip d’acide (je ne parle pas par expérience, bien sûr), on est ambitieux, on est capable de tout, on est lumineux, on est créatif, on est ouvert sur le monde, on est libre après avoir été révolutionné ( !).

“Québécois de toutes origines, on est capable de tout.” Pourvu qu’un projet nous unisse : quel projet ?

“On est un peuple ambitieux et j’en suis fière.” “On est capable” n’est-ce pas ce que disait Pierre Bourgault.

“Ce soir on fête notre autonomie et on fête notre maturité.” “On est épanoui on est audacieux on est libre on est une nation ensemble on est capable de tout.”

Où est-on ici ? On n’est certainement pas dans le monde réel politique et économique qui provoque la colère de Bernard Desgagné ou de Robert Laplante. On est dans ce que les Anglais appellent du “wishfull thinking” ; on plane dans le monde optimiste des peps talks du motivateur Jean-Marc Chaput. C’est du pur volontarisme.

D’où mon énorme malaise. Sans aucun doute parce que notre situation actuelle ne se prête pas à une telle proclamation. Nous pourrions être ce que proclame Suzanne Clément. Nous ne le sommes pas. Pas encore. Puissent ses rodomontades devenir réalité. Si Trudeau était vivant il aurait dit : ce sont des “pettages de bretelles venant de la tribu”. Et les Sorelois, descendants de cultivateurs, disent : “il vente.”

Les drapeaux flottent, le belle Suzanne Clément jubile, c’est la jeunesse vantée par Michaëlle Jean, on Canada Day, qui s’est exprimée. Sans complexe. Bravo dit Guy A. Lepage.

Maintenant, redescendons sur terre.

Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 3 juillet 2009




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Vos commentaires:
  • Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
    4 juillet 2009, par Jean-François-le-Québécois

    Juste une question qui m’est venue, comme ça : le discours en question fait référence au chanteur montréalais Leonard Cohen...

    Mais, Leonard Cohen, est-ce qu’il sait parler un pauvre petit mot de français ? Habite-il, même, toujours à Montréal ?


  • Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
    5 juillet 2009, par Steve Quilliam

    Léonard Cohen parle peu le français mais il le parle quand meme un peu. Il vit toujours à Montréal plusieurs mois par années (Près du parc du Portugal, à proximité du Boul. St-Laurent.

    Le fils de Léonard Cohen, Adam, parle parfaitement le français, il a meme fait un album de musique en français. L’an passé lors de l’hommage à son père sur une scène extérieure, il a parlé entièrement en français devant une foule à majorité anglophone.

    Léonard Cohen as une admiration profonde pour René Lévesque et il est sympathique à la cause souverainistes. C’est un peu pour cela qu’il a quitté sa situation comfortable dans son Westmount natal pour constamment vivre dans ’’L’est’’.

    Bref, j’espère qu’on ne va pas partir en croisade contre Léonard Cohen.

    Pour en revenir au discours de Mme Clément, je vais continuer ma croisade pour essayer de faire arreter le dénigrement des notres. Je veux que nos canons pointent dans la meme direction, soit devant nous. Je veux qu’on arrete de s’entre déchirer et de combattre sur tous les fronts ou se trouve l’ennemi.

    Le fédéral utilise tous ses moyens pour se montrer ouvert, au point de donner des honneurs et des prix auxartistes québécois. Ça fait partie du jeu. Il nous faut contre balançer cette propagande et non pas se tirer dessus.

    De grace....soyons meilleurs, soyons plus forts, soyons plus intelligents et soyons plus stratégiques, soyons plus ouverts, soyons plus combattifs et soyons plus logiques en concert avec nos ambitions.


  • Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
    5 juillet 2009, par Jean-françois-le-Québécois

    @ Steve Quilliam :

    Je vous remercie pour ces précisions, concernant monsieur Cohen. Je suis heureux d’en savoir maintenant plus sur lui ; je connaissais certaines de ses chansons, et je savais qu’il était issu d’une famille juive de Montréal qui brassait des affaires dans le domaine du vêtement. Mais sur Leonard lui-même, je n’en savais pas beaucoup, alors je me posais la question : parle-t-il français ?

    Je ne voulais pas partir en croisade contre lui, ou en tout cas, certainement pas avant d’avoir quelque raison de le faire !

    Alors, merci pour votre information. Mais admettez que de telles questions pouvaient être posées, puisqu’il avait été question de lui dans le fameux discours...

    Je n’aurais pas aimé que le même discours, fasse l’éloge d’un personnage tel que Mordecai Richler, vous comprenez ?


  • Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
    6 juillet 2009, par Steve Quilliam

    @ M. Jean-François : Je comprends tout à fait le sens de votre propos. Mordecai Richler n’a rien de comparable avec Léonard Cohen, dans mon livre à moi. Il a gagné une partie de sa vie et fait sa renommée sur le dos des québécois alors que ce n’est pas du tout le cas de M. Cohen. Bien que ce dernier soit très discret, en aucun cas, à ma connaissance, il a fait du ’’Québec Bashing’’. Au contraire, tout comme Phyllis Lambert, les deux ont semblés etre exclus de leur communauté à un certain moment donné parce qu’ils étaient sympathisants à la cause nationalistes des québécois.

    Mon but n’est pas de défendre Léonard Cohen mais de m’assurer que l’on attaque les bonnes personnes et pour les bonnes raisons. J’aimerais tellement que nous soyons tous unis, que nous regardions en avant, que nous dirigions nos canons dans la meme direction vers les vrais ennemis et les adversaires plutot que vers ceux et celles qui sont avec nous et que nous entamions la dernière bataille qui nous mènera vers notre but ultime. L’Indépendance.


  • Message de Suzanne Clément au parc Maisonneuve le 24 juin 2009
    14 juillet 2009, par Monique Massé
    Moi, j’ai beaucoup aimé le texte de Suzanne Clément le soir du 24 juin 2009. Je l’ai cherché le lendemain dans les journaux, j’ai appelé le comité organisateur, jusqu’à ce qu’aujourd’hui, je le trouve dans cette revue. À 61 ans, je suis nationaliste, j’aime le Québec, j’aime notre façon d’être, mais je ne suis plus pour autant indépendantiste comme je le fus dans ma jeunesse. Ceci, pour situer mon commentaire. Ce texte m’a semblé être un message de valorisation, comme quand on fête une personne chère, on souligne ses qualités, on rappelle ses réussites, on lui souhaite un bel avenir. Ce n’est pas de la pensée magique (’’wishful thinking’’ selon M. Barberis-Gervais), ce n’est pas du ’’pettage de brettelles’’, c’est vrai : ON EST un peuple créatif , tant en sciences, qu’en arts (cinéma, chanson, théâtre, littérature ect..), on a du talent. On a fait preuve de résilience, en continuant à se développer malgré un contexte difficile, sans pour autant cesser d’être naturels, accueillants , ouverts, accomodants et tolérants des différences. Moi, j’aime le Québec , je lui souhaite longue vie. Et c’est ce que ce texte clamait selon moi.

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