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Ma position sur le plan Marois
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
jeudi 18 juin 2009      390 visites      6 messages


Je commence par citer les propos de Raymond Poulin en commentaire à l’article de Louis Lapointe “Le syllogisme de Pauline” qu’il faut lire absolument.

“Sur le site de Vigile, nous sommes apparemment plusieurs à voir les choses comme vous. Malheureusement, dans l’ensemble des Québécois qui veulent ou croient vouloir un pays, nous représentons, semble-t-il, une petite minorité, en tout cas ceux qui le font savoir. Les présidents des associations de comté du Parti québécois ont voté sans aucun murmure ce programme de gouvernance. On n’a entendu jusqu’à maintenant aucune voix dissidente chez les membres (plus de 68,000) ; même le SPQ libre accepte en négociant le droit au référendum d’initiative populaire. Il est clair qu’en nombre d’appuis populaires, le PQ ratisse large : même le sondage (non scientifique) fait dans Vigile donne environ 75% de satisfaits, ici même, à ce plan. Il reste quoi ? Environ le quart des lecteurs de Vigile, les membres de QS (moins de 7,000) et du PI (moins de 700). Autrement dit, nous sommes condamnés, à première vue, à vivre avec le plan Marois, qui n’a rien à voir avec un programme indépendantiste. Nous aurons beau nous agiter, nous sommes une poignée : probablement même pas 10,000, et encore, les membres de QS sont d’abord de gauche et accessoirement indépendantistes. Il reste quoi, environ 3,000 personnes pour s’opposer à ce plan qui n’en est pas un ? Et nous avons cru qu’en favorisant l’union de tous les indépendantistes, nous arriverions à faire changer le cap ? Il n’est nullement interdit d’essayer et de rêver(...). Nous aurons donc le choix, aux prochaines élections québécoises, de voter pour ce en quoi nous ne croyons pas (ou très peu), au cas où un miracle se produirait dans la conjoncture et pour tenter de déloger la peste qui gouverne actuellement. (...)"

Ayant lu ce qui précède, je me situe par rapport au plan Marois.

J’ai tenu sur Vigile des propos très critiques, sur l’étapisme, ce cancer qui mine l’action des indépendantistes depuis la veille des élections du 29 octobre 1973 où on a séparé la prise du pouvoir de l’accession à la souveraineté. Un député a déjà qualifié ma condamnation de l’étapisme d’hallucinations que j’entretiendrais au sujet de Claude Morin. L’action de Claude Morin qui a essentiellement consisté à transformer en nec plus ultra de la pensée politique l’idée que “sans référendum point de salut” n’est pas, hélas, une hallucination. Les bras m’ont tombé quand on a essayé de me convaincre que le vrai parlement au Canada c’est le Parlement d’Ottawa et que le Parlement de Québec n’est que le parlement d’une province et que par conséquent l’élection décisionnelle ne peut pas être vraiment décisionnelle contrairement à ce qu’ont soutenu René Lévesque, Jacques Parizeau et Jacques-Yvan Morin dans “Comment se fera l’indépendance”, 1972) (Editions du Parti québécois). Soit dit en passant, Morin est docteur en droit constitutionnel... Et Jacques Parizeau n’a pas changé d’idée sur l’élection décisionnelle. (voir colloque IPSO).

Au sondage de Vigile sur le Plan Marois, j’ai répondu : Plutôt en accord. Ce qui veut dire que je n’ai pas répondu Totalement d’accord. Le point de départ du Plan Marois a été exprimé par Bernard Drainville, mon député. Je l’ai vu à la télévision à Rivière-du-Loup dire : “Pour le moment, les Québécois ne sont pas prêts à faire l’indépendance. Nous allons la faire pièce par pièce, morceau par morceau.”

Quand on a vécu de l’intérieur l’histoire du PQ, qu’on a lu le roman de Loraine Lagacé : Stratège et Pierre Dubuc (qui prolonge une analyse déjà commencée dans “Les Illusions du pouvoir”) dans “l’autre histoire de l’indépendance” (le chapitre sur Claude Morin qui est remarquable), les propos de Bernard Drainville rappellent des souvenirs. Mais nous sommes en 2009, après deux référendums perdus et la connaissance de l’histoire ne doit pas nous démobiliser et nous paralyser. Ma position : un appui critique au Plan Marois qui est un plan ouvert qui donne beaucoup de marge de manoeuvre à un gouvernement du Parti québécois. Il est toujours périlleux de décrire à ciel ouvert une stratégie. Le Plan Marois réussit le tour de force de présenter une stratégie qui n’est pas une camisole de force. Elle pourrait réussir : ça dépend du courage des femmes et hommes politiques. A ce moment-ci, c’est une question de confiance.

L’inconvénient de ceux qui s’opposent au plan Marois, c’est qu’ils pourraient miner la confiance et ainsi contribuer à son échec. Pauline Marois est la cheffe actuelle du Parti québécois. On doit faire avec. Elle traîne des casseroles derrière elle mais aussi une expérience du gouvernement et une pugnacité dans l’engagement politique dignes de respect. Je la préfère au pouvoir avec son équipe plutôt que de voir Jean Charest affaiblir le Québec entre autres par ses dizaines de nominations partisanes et corrompre la démocratie par sa démagogie et sa déformation systématique des propos de ses adversaires. Il y a aussi sa dépendance financière à la famille Desmarais qui n’est pas sans conséquence

Sur les référendums sectoriels au pluriel évoqués par les adversaires et par les journalistes (ce sont souvent les mêmes), Pauline Marois a dit en réponse à une question d’un journaliste : “Notre but n’est pas de faire de référendums sectoriels. Notre objectif, c’est de faire un référendum, celui qui comptera, celui sur la souveraineté. Je garde l’agenda ouvert. Je veux pouvoir le tenir le plus rapidement possible, lorsque nous penserons que nous pouvons avoir l’appui de la population”.

Ce qu’il faut comprendre, c’est les conséquences de ce qu’a dit Pauline Marois. Elle a dit : nous allons nous faire élire sur ce plan d’action qui pourra être modifié et bonifié d’ici les prochaines élections. Une fois élu, nous aurons le mandat de le réaliser (sous-entendu, pas besoin de demander la permission à chaque geste que nous poserons) : les Québécois qui nous auront élus nous auront donné le mandat d’avoir un seul rapport d’impôt envoyé à Québec, d’adopter une constitution qui inclut une nouvelle Charte de la langue française, d’adopter une citoyenneté québécoise au coeur de laquelle le français sera dominant, de récupérer tous les pouvoirs en culture et communications etc etc). L’opinion du peuple, on l’aura eue lors de l’élection. Il faut se débarrasser de cette maladie:la référendite aigüe, Le Parlement de Québec avec un gouvernement du Parti québécois agira et réalisera le plan qui l’aura fait élire. C’est ça la gouvernance souverainiste et il faut arrêter de parler des référendums sectoriels qui sont la marque d’esprits impuissants, prisonniers de l’étapisme, incapables de se libérer de l’idéologie pseudo-démocratique selon laquelle un gouvernement qui a reçu un mandat clair lors d’une élection ne peut pas gouverner parce qu’il a le gouvernement fédéral dans les jambes, un gouvernement qui se base sur une constitution qui n’a pas été signée par le Parlement de Québec qui représente l’autre nation, la nation québécoise. Pour mettre fin à cette situation, il faut agir, le gouvernement de Québec doit agir et c’est ce que proposent Pauline Marois et son équipe. L’équipe, elle est là.

Quant à l’idée de Pierre Dubuc et Marc Laviolette (qui ne devrait pas être rattachée à l’idée de référendums sectoriels) selon laquelle le référendum décisif s’enclenchera quand suffisamment de gens le réclameront, une consultation “d’initiative populaire”, elle mérite d’être examinée parce qu’elle aurait comme conséquence l’implication de plus en plus grande des citoyens, ce que souhaite Pauline Marois quand elle dit : “Le Parti québécois veut mobiliser les Québécoises et les Québécois autour de son projet de pays et c’est ce qu’il fera.”

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que quand madame Marois propose son plan et en fait sa plate-forme électorale, si elle est élue et je me répète parce que c’est capital, elle aura un mandat clair pour réaliser un projet de citoyenneté québécoise, un projet de constitution, un renforcement de la loi 101, un rapatriement des pouvoirs en culture et communication par exemple sans avoir besoin de consulter de nouveau la population. Et ceux qui s’opposeront à ces projets accomplis avec un mandat du peuple québécois en subiront les conséquences politiques. C’est ce qu’a dit Pauline Marois sur toutes les tribunes quand on lui a demandé d’expliquer son plan. Il faut l’appuyer pour qu’elle puisse faire ce qu’elle a dit qu’elle ferait. Avec son équipe.

L’avantage de rappeler que Jacques Parizeau a toujours été en faveur de l’élection décisionnelle, c’est d’attirer l’attention sur les Pouvoirs du Parlement québécois en régime parlementaire britannique. Et d’attirer l’attention sur le fait que Pauline Marois et son équipe ont la ferme intention de demander le mandat d’exercer pleinement ces pouvoirs. Sans référendum. Le pouvoir d’agir comme le Parlement d’une nation à l’Assemblée dite nationale. (D’où l’importance d’envoyer des représentants de cette nation comme députés du Bloc à Ottawa.)

Il faudrait travailler pour qu’on reprenne le combat des années 1968-69-70-71-72-73 avant que Claude Morin ne sévisse. Nous étions mobilisés autour de l’élection décisionnelle. On ne parlait de référendum que par rapport à la constitution d’un Québec souverain. Le Plan Marois, tel qu’il est en ce moment, relance une dynamique qui pourrait nous faire atteindre notre objectif : faire du Québec un vrai pays français (et non bilingue), un Etat complet dont a absolument besoin une nation française pour s’épanouir. J’ai bien dit : pourrait.

L’alternative serait de dire : “Pour le moment les Québécois ne sont pas prêts à faire l’indépendance. Nous allons essayer de les convaincre de sa nécessité en demandant leur appui lors de la prochaine élection qui sera décisionnelle puisque, nous, candidats du Parti québécois, nous voulons tous les pouvoirs d’un Etat souverain et non les pouvoirs tronqués d’une province du Canada. Pour cela, nous mettrons tout en oeuvre, les membres du Parti québécois, les députés du Parti québécois, des députés du Bloc québécois, les souverainistes de toutes allégeances unis dans l’action et même les citoyens conscients que le régime fédéral tel qu’il est ne fonctionne pas et qu’on doit en sortir, nous mettrons tout en oeuvre démocratiquement pour se donner un pays. Est-ce que je me trompe en supposant que certains préfèrent cette alternative ? Est-ce que cette alternative est compatible avec le Plan Marois tel qu’il est présenté actuellement ? Comment modifier le Plan Marois pour qu’il se rapproche de cette alternative ?

Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 18 juin 2009, anniversaire de l’appel de de Gaule le 18 juin 1940




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Vos commentaires:
  • Ma position sur le plan Marois
    18 juin 2009, par Gilles Bousquet

    Vous écrivez : « L’alternative serait de dire : “Pour le moment les Québécois ne sont pas prêts à faire l’indépendance. Nous allons essayer de les convaincre de sa nécessité en demandant leur appui lors de la prochaine élection qui sera décisionnelle puisque, nous, candidats du Parti québécois, nous voulons tous les pouvoirs d’un État souverain et non les pouvoirs tronqués d’une province du Canada »

    C’est le genre de propos tenus par M. Landry, par tous ses prédécesseurs à la tête du PQ avant M. Boiclair qui a insisté sur la boîte à outils du Québec qu’il voulait compléter avec la souveraineté. C’était tellement évident qu’il était caricaturé avec cette idée là par Chapleau à Gérard D. Laflaque les Québécois lui ont dit NON en majorité.

    Depuis sa fondation, le PQ a tout fait pour convaincre les Québécois de voter pour la souveraineté du Québec. Ils ont réussi à presque 50 % mais l’autre 50 % ne veut pas même si on tordait des bras. Peurs économiques ou parce qu’ils se sentent encore trop Canadiens.

    Le PI a bien tenté de montrer qu’en éliminant l’idée de référendum et en mettant l’accent sur l’indépendance tout le temps, 24 heures par jour, il pourrait convaincre les Québécois de quitter le PQ et de rallier cette idée mais ils ont juste collé au fond avec 1 % des votes aux élections.

    À moins que le ROC commence à discriminer gravement le Québec, l’indépendance pure ne passera pas. Le seul changement constitutionnel que les Québécois pourraient accepter en plus grand nombre pour avoir une certaine chance de réussir est une vraie confédération canadienne.

    Si vous en avez une meilleure, faut l’écrire ici.


  • Ma position sur le plan Marois
    18 juin 2009, par Michel Gendron

    Monsieur Barberis-Gervais,

    Je crois que vous saisissez bien le sens de la stratégie du PQ. Elle est le fruit de plusieurs personnes, dont G. Larose, Gilbert Paquette et autres, dont certains qui écrivent sur ce site. Ça bouge, on espère que ça va prendre forme. Partir d’où se trouve nos citoyens et avancer ensemble. C’est long, mais c’est comme ça.

    On ne fait plus que critiquer, on s’engage.


  • Ma position sur le plan Marois
    18 juin 2009, par N.Payne

    Bonjour Monsieur Barberis-Gervais,

    L’alternative que vous évoquez commence par une affirmation, celle-là même qui sous-tend apparemment le plan péquiste : Les Québécois ne sont pas prêts.

    La dernière campagne référendaire a eu lieu il y a quinze ans. Personne ne peut affirmer avec certitude ce que serait le résultat d’une nouvelle tentative de réalisation de l’indépendance, référendaire ou par élection décisionnelle, par exemple. Bon an mal an depuis ce temps, les sondages accordent 40 à 50% d’appuis à l’indépendance ou aux concepts associés, quand cela ne traverse pas la barre des 50% comme il y a à peine cinq ans. Chez les francophones, on observe une majorité substantielle constante.

    De là, la prémisse que vous amenez ici m’est inadmissible.

    Les tenants de n’importe quelle autre option politique jouissant d’un tel appui n’auraient pas le réflexe de repousser leurs objectifs, il me semble.

    Le reste de votre proposition alternative, à l’effet qu’un parti indépendantiste devrait présenter un programme indépendantiste, me semble tout-à-fait logique, et contraire à ce que le PQ suggère en ce moment.

    Par ailleurs, à propos des raisons pour lesquelles vous dites appuyer le PQ, je vous soumets ceci :

    N’est-ce pas tomber dans un piège, que de faire de l’objectif de la défaite des libéraux une priorité qui justifie qu’on appuie un PQ devenu un parti nationaliste provincial ?

    Autrement dit, ne fait-on pas le bonheur des adversaires de l’indépendance, en jouant sur leur terrain le jeu des rivalités entre partis provinciaux ?

    Merci de me lire,

    N.P.


  • Ma position sur le plan Marois
    19 juin 2009, par Gilles Bousquet

    Sur le PQ et le PLQ, M. N. Payne écrit : « Autrement dit, ne fait-on pas le bonheur des adversaires de l’indépendance, en jouant sur leur terrain le jeu des rivalités entre partis provinciaux ?.

    Ces 2 partis sont provinciaux parce qu’on est au niveau provincial à Québec. Ils sont là pour administrer une province tant qu’elle ne voudra pas se transformer en pays souverain mais leur objectif est différent, un est fédéraliste et l’autre souverainiste.

    Il ajoute : « les sondages accordent 40 à 50% d’appuis à l’indépendance ou aux concepts associés »

    Bien oui mais aux élections, le 45 % de moyenne se scinde entre le PI à 1 %, Québec solidaire à 7 % et l’ADQ qui ramasse quelques pourcentages de souverainistes mous. Fait que, il reste environ 35 % de souverainistes qui votent pour le PQ.

    Si la question référendaire était : Est-ce que vous voulez que le Québec se sépare du Canada ? Là, le 45 % se réduirait à 25 ou 30 % max de OUI à cette question claire. C’est dire toute la fragilité de l’option souverainiste qui n’est que ça. Devenir souverain, c’est se séparer du ROC.

    Si le plan A de la souveraineté simple ne peut pas marcher faut prévoir un plan B si on ne veut pas du statu-quo pour le Québec.


  • Ma position sur le plan Marois
    19 juin 2009, par MichelG

    Le Parti Québecois nous a fait passer de 7% à près de 50% d’indépendantistes et avec cette marche IRRÉVERSIBLE vers le rapatriement de nos pleins pouvoirs d’ici un an ou deux nous serons plus de 60% .

    Il faut bouger pour instruire et réussir à convaincre toute la nation Québecoise que nous sommes une Grande Nation et non pas un petit peuple de peureux colonisés .


  • Ma position sur le plan Marois
    19 juin 2009, par N.Payne

    Monsieur Bousquet :

    Léger Marketing, mai 2009, pour ou contre la souveraineté du Québec — question posée dans ces termes, sans autres éléments — : pour, 41%.

    Sondage du Bloc, mars 2009, 1003 répondants, marge d’erreur de 3%. Favorables à ce que le Québec devienne un pays indépendant : 49,2%. Chez les francophones : 56,3%.

    Ceci, ainsi que tout ce qui se trouve de sondages sur cette question depuis une décennie au moins, nous montre que, dans le pire des cas et sans promotion, l’indépendance recueille le même appui qu’en 1995.

    Ayez, Monsieur Bousquet, la grâce de reconnaître que vos chiffres de 25 ou 30% — sur une question que personne n’a l’intention de poser, qui réduit l’indépendance à un geste de séparation dont on n’indique pas le résultat, ce qui est parfaitement tendancieux — ne proviennent pas de données vérifiables.

    Pour le reste, l’éparpillement du vote " souverainiste " a commencé bien avant le P.I et Q.S., et il est franchement difficile de s’imaginer qu’en s’éloignant de l’objectif de faire du Québec un pays, le PQ augmente sa capacité de rassembler le vote en question. N’est-ce pas ?

    N.P.



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