Je commence par citer les propos de Raymond Poulin en commentaire à l’article de Louis Lapointe “Le syllogisme de Pauline” qu’il faut lire absolument.
“Sur le site de Vigile, nous sommes apparemment plusieurs à voir les choses comme vous. Malheureusement, dans l’ensemble des Québécois qui veulent ou croient vouloir un pays, nous représentons, semble-t-il, une petite minorité, en tout cas ceux qui le font savoir. Les présidents des associations de comté du Parti québécois ont voté sans aucun murmure ce programme de gouvernance. On n’a entendu jusqu’à maintenant aucune voix dissidente chez les membres (plus de 68,000) ; même le SPQ libre accepte en négociant le droit au référendum d’initiative populaire. Il est clair qu’en nombre d’appuis populaires, le PQ ratisse large : même le sondage (non scientifique) fait dans Vigile donne environ 75% de satisfaits, ici même, à ce plan. Il reste quoi ? Environ le quart des lecteurs de Vigile, les membres de QS (moins de 7,000) et du PI (moins de 700). Autrement dit, nous sommes condamnés, à première vue, à vivre avec le plan Marois, qui n’a rien à voir avec un programme indépendantiste. Nous aurons beau nous agiter, nous sommes une poignée : probablement même pas 10,000, et encore, les membres de QS sont d’abord de gauche et accessoirement indépendantistes. Il reste quoi, environ 3,000 personnes pour s’opposer à ce plan qui n’en est pas un ? Et nous avons cru qu’en favorisant l’union de tous les indépendantistes, nous arriverions à faire changer le cap ? Il n’est nullement interdit d’essayer et de rêver(...). Nous aurons donc le choix, aux prochaines élections québécoises, de voter pour ce en quoi nous ne croyons pas (ou très peu), au cas où un miracle se produirait dans la conjoncture et pour tenter de déloger la peste qui gouverne actuellement. (...)"
Ayant lu ce qui précède, je me situe par rapport au plan Marois.
J’ai tenu sur Vigile des propos très critiques, sur l’étapisme, ce cancer qui mine l’action des indépendantistes depuis la veille des élections du 29 octobre 1973 où on a séparé la prise du pouvoir de l’accession à la souveraineté. Un député a déjà qualifié ma condamnation de l’étapisme d’hallucinations que j’entretiendrais au sujet de Claude Morin. L’action de Claude Morin qui a essentiellement consisté à transformer en nec plus ultra de la pensée politique l’idée que “sans référendum point de salut” n’est pas, hélas, une hallucination. Les bras m’ont tombé quand on a essayé de me convaincre que le vrai parlement au Canada c’est le Parlement d’Ottawa et que le Parlement de Québec n’est que le parlement d’une province et que par conséquent l’élection décisionnelle ne peut pas être vraiment décisionnelle contrairement à ce qu’ont soutenu René Lévesque, Jacques Parizeau et Jacques-Yvan Morin dans “Comment se fera l’indépendance”, 1972) (Editions du Parti québécois). Soit dit en passant, Morin est docteur en droit constitutionnel... Et Jacques Parizeau n’a pas changé d’idée sur l’élection décisionnelle. (voir colloque IPSO).
Au sondage de Vigile sur le Plan Marois, j’ai répondu : Plutôt en accord. Ce qui veut dire que je n’ai pas répondu Totalement d’accord. Le point de départ du Plan Marois a été exprimé par Bernard Drainville, mon député. Je l’ai vu à la télévision à Rivière-du-Loup dire : “Pour le moment, les Québécois ne sont pas prêts à faire l’indépendance. Nous allons la faire pièce par pièce, morceau par morceau.”
Quand on a vécu de l’intérieur l’histoire du PQ, qu’on a lu le roman de Loraine Lagacé : Stratège et Pierre Dubuc (qui prolonge une analyse déjà commencée dans “Les Illusions du pouvoir”) dans “l’autre histoire de l’indépendance” (le chapitre sur Claude Morin qui est remarquable), les propos de Bernard Drainville rappellent des souvenirs. Mais nous sommes en 2009, après deux référendums perdus et la connaissance de l’histoire ne doit pas nous démobiliser et nous paralyser. Ma position : un appui critique au Plan Marois qui est un plan ouvert qui donne beaucoup de marge de manoeuvre à un gouvernement du Parti québécois. Il est toujours périlleux de décrire à ciel ouvert une stratégie. Le Plan Marois réussit le tour de force de présenter une stratégie qui n’est pas une camisole de force. Elle pourrait réussir : ça dépend du courage des femmes et hommes politiques. A ce moment-ci, c’est une question de confiance.
L’inconvénient de ceux qui s’opposent au plan Marois, c’est qu’ils pourraient miner la confiance et ainsi contribuer à son échec. Pauline Marois est la cheffe actuelle du Parti québécois. On doit faire avec. Elle traîne des casseroles derrière elle mais aussi une expérience du gouvernement et une pugnacité dans l’engagement politique dignes de respect. Je la préfère au pouvoir avec son équipe plutôt que de voir Jean Charest affaiblir le Québec entre autres par ses dizaines de nominations partisanes et corrompre la démocratie par sa démagogie et sa déformation systématique des propos de ses adversaires. Il y a aussi sa dépendance financière à la famille Desmarais qui n’est pas sans conséquence
Sur les référendums sectoriels au pluriel évoqués par les adversaires et par les journalistes (ce sont souvent les mêmes), Pauline Marois a dit en réponse à une question d’un journaliste : “Notre but n’est pas de faire de référendums sectoriels. Notre objectif, c’est de faire un référendum, celui qui comptera, celui sur la souveraineté. Je garde l’agenda ouvert. Je veux pouvoir le tenir le plus rapidement possible, lorsque nous penserons que nous pouvons avoir l’appui de la population”.
Ce qu’il faut comprendre, c’est les conséquences de ce qu’a dit Pauline Marois. Elle a dit : nous allons nous faire élire sur ce plan d’action qui pourra être modifié et bonifié d’ici les prochaines élections. Une fois élu, nous aurons le mandat de le réaliser (sous-entendu, pas besoin de demander la permission à chaque geste que nous poserons) : les Québécois qui nous auront élus nous auront donné le mandat d’avoir un seul rapport d’impôt envoyé à Québec, d’adopter une constitution qui inclut une nouvelle Charte de la langue française, d’adopter une citoyenneté québécoise au coeur de laquelle le français sera dominant, de récupérer tous les pouvoirs en culture et communications etc etc). L’opinion du peuple, on l’aura eue lors de l’élection. Il faut se débarrasser de cette maladie:la référendite aigüe, Le Parlement de Québec avec un gouvernement du Parti québécois agira et réalisera le plan qui l’aura fait élire. C’est ça la gouvernance souverainiste et il faut arrêter de parler des référendums sectoriels qui sont la marque d’esprits impuissants, prisonniers de l’étapisme, incapables de se libérer de l’idéologie pseudo-démocratique selon laquelle un gouvernement qui a reçu un mandat clair lors d’une élection ne peut pas gouverner parce qu’il a le gouvernement fédéral dans les jambes, un gouvernement qui se base sur une constitution qui n’a pas été signée par le Parlement de Québec qui représente l’autre nation, la nation québécoise. Pour mettre fin à cette situation, il faut agir, le gouvernement de Québec doit agir et c’est ce que proposent Pauline Marois et son équipe. L’équipe, elle est là.
Quant à l’idée de Pierre Dubuc et Marc Laviolette (qui ne devrait pas être rattachée à l’idée de référendums sectoriels) selon laquelle le référendum décisif s’enclenchera quand suffisamment de gens le réclameront, une consultation “d’initiative populaire”, elle mérite d’être examinée parce qu’elle aurait comme conséquence l’implication de plus en plus grande des citoyens, ce que souhaite Pauline Marois quand elle dit : “Le Parti québécois veut mobiliser les Québécoises et les Québécois autour de son projet de pays et c’est ce qu’il fera.”
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que quand madame Marois propose son plan et en fait sa plate-forme électorale, si elle est élue et je me répète parce que c’est capital, elle aura un mandat clair pour réaliser un projet de citoyenneté québécoise, un projet de constitution, un renforcement de la loi 101, un rapatriement des pouvoirs en culture et communication par exemple sans avoir besoin de consulter de nouveau la population. Et ceux qui s’opposeront à ces projets accomplis avec un mandat du peuple québécois en subiront les conséquences politiques. C’est ce qu’a dit Pauline Marois sur toutes les tribunes quand on lui a demandé d’expliquer son plan. Il faut l’appuyer pour qu’elle puisse faire ce qu’elle a dit qu’elle ferait. Avec son équipe.
L’avantage de rappeler que Jacques Parizeau a toujours été en faveur de l’élection décisionnelle, c’est d’attirer l’attention sur les Pouvoirs du Parlement québécois en régime parlementaire britannique. Et d’attirer l’attention sur le fait que Pauline Marois et son équipe ont la ferme intention de demander le mandat d’exercer pleinement ces pouvoirs. Sans référendum. Le pouvoir d’agir comme le Parlement d’une nation à l’Assemblée dite nationale. (D’où l’importance d’envoyer des représentants de cette nation comme députés du Bloc à Ottawa.)
Il faudrait travailler pour qu’on reprenne le combat des années 1968-69-70-71-72-73 avant que Claude Morin ne sévisse. Nous étions mobilisés autour de l’élection décisionnelle. On ne parlait de référendum que par rapport à la constitution d’un Québec souverain. Le Plan Marois, tel qu’il est en ce moment, relance une dynamique qui pourrait nous faire atteindre notre objectif : faire du Québec un vrai pays français (et non bilingue), un Etat complet dont a absolument besoin une nation française pour s’épanouir. J’ai bien dit : pourrait.
L’alternative serait de dire : “Pour le moment les Québécois ne sont pas prêts à faire l’indépendance. Nous allons essayer de les convaincre de sa nécessité en demandant leur appui lors de la prochaine élection qui sera décisionnelle puisque, nous, candidats du Parti québécois, nous voulons tous les pouvoirs d’un Etat souverain et non les pouvoirs tronqués d’une province du Canada. Pour cela, nous mettrons tout en oeuvre, les membres du Parti québécois, les députés du Parti québécois, des députés du Bloc québécois, les souverainistes de toutes allégeances unis dans l’action et même les citoyens conscients que le régime fédéral tel qu’il est ne fonctionne pas et qu’on doit en sortir, nous mettrons tout en oeuvre démocratiquement pour se donner un pays. Est-ce que je me trompe en supposant que certains préfèrent cette alternative ? Est-ce que cette alternative est compatible avec le Plan Marois tel qu’il est présenté actuellement ? Comment modifier le Plan Marois pour qu’il se rapproche de cette alternative ?
Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 18 juin 2009, anniversaire de l’appel de de Gaule le 18 juin 1940
