Monsieur Bourgeois,
Je vais peut-être en agacer d’aucuns avec toutes mes lettres mais pour l’instant, c’est l’épistolaire qui me vient d’emblée. Je vais commencer, Monsieur Bourgeois, par vous remercier d’avoir « réveillé le monde » avec vos actions récentes autour de la Commémoration projetée de 1759. Ensuite, je vous dirai que j’ai en premier lieu écrit à la chef du parti auquel j’adhère, Mme Marois, pour lui exprimer mon étonnement et ma désapprobation devant la position prise par le PQ et Le Bloc à votre endroit. À moins qu’ils sachent à votre sujet des choses que j’ignore, je suis en désaccord avec leurs décisions.
Par ailleurs, je suis aussi décue de la vôtre, la réactionnelle. Je ne crois pas qu’elle soit plus sage. Et j’ai eu un petit sursaut d’étonnement et de dépit à vous entendre affirmer que Falardeau et vous aviez gagné presque seuls cette bataille. Je crois que cela est faux et témoigne d’un certain manque d’égard à l’endroit de tous ceux qui ont réagi de leur propre chef à l’évènement comme des autres qui vous ont soutenu et suivi dans la démarche, peu importe à quelle distance. Je crois que vous avez fait preuve de plus d’équité lorsque vous avez affirmé que le retrait de ce projet fédéraliste était une victoire du Mouvement souverainiste. C’était vrai et voilà que maintenant, les chefs souverainistes et vous, vous venez peut-être de tout foutre en l’air ! La foutue bisbille est de retour, sûrement au plus grand plaisir du clan adverse. Et vous annoncez que vous agirez maintenant sans eux et eux sans vous !
Je crois que vous errez en croyant que vous pouvez faire quelque chose de bien pour le Québec sans les Québécois plus lents et tièdes à vos yeux mais indispensables à la réalisation d’un Québec indépendant qui devrait déjà annoncer et signer son futur dans la façon de faire cette indépendance. Une façon qui lui ressemble : créative, pacifique, bien affirmée et déterminée mais non pas violente. Et vous me rassurez lorsque vous affirmez que la violence ne fait pas partie de votre arsenal. Pour ma part, c’était la première fois que je choisissais de vous faire confiance et je ne l’ai pas regretté jusqu’à ces évènements. J’aime aussi depuis toujours Falardeau et je sais qu’il s’est longtemps rangé derrière le PQ, ce qui ne lui était sûrement pas facile. Je l’apprécie, bien que son niveau d’expression m’horripile souvent. Cette fois-ci, j’avoue m’être même fait la réflexion qu’après tout, il avait peut-être fait, dans les circonstances, une « sainte » colère justifiant ses « Christ, Câliss et Tabarnak » mais un certain propos que j’ai entendu hier à la radio de Radio-Canada et que je ne répeterai pas n’était pas acceptable. Ni la colère, ni la fatigue ne justifie une pareille déclaration. Je sais bien, le connaissant, que ce ne sont que des mots mais ce sont des mots de trop !
Par ailleurs, si vous faites désormais équipe avec ceux qui rejettent le PQ avec hargne et amertume, ce qui est leur droit, mon avis est que vous allez faire fausse route et devenir comme eux, ce qui n’a rien à voir avec l’agir efficace que vous privilégez. Hier, en rentrant du Conseil National du PQ, j’ai pris mes courriels et je suis ensuite venue faire un tour ici sur Vigile. Et je n’en suis pas revenue ! Je suis revenue de Vigile bien sûr mais pas d’y avoir constaté que, déjà, 1, 2, 3, 4, voire 5 et + des habitués des heures moroses, dont j’ai déjà regretté le ton que je trouve hargneux, avaient déjà trempé leur plume dans le fiel pour, comme dirait Luc Archambault, faire du « PQ/rentre dedans ». L’image qui m’est venue – qu’ils me pardonnent et pardonnez-moi vous-même – c’est celles de vautours qui se pointent en masse dès que quelqu’un est étendu, blessé, à leur merci. Dans ce cas-ci, ce quelqu’un pouvant tout aussi bien être vous ou le PQ, On dirait ma foi qu’ils se réjouissent des évènements...
Pour ma part, je m’en désole car j’aurais aimé que les Partis politiques capables de rassembler la majorité souverainiste restent en harmonie avec une faction active comme la vôtre et j’avais confiance. Je ne crois pas que vous puissiez réussir quelque chose d’heureux pour notre pays sans eux. Les « rebelles de la Rivière-Ouelle en 1776 », les « patriotes de 1837/38 », les « felquistes de 1970 » , non-obstant leur part de courage et de bravoure, n’ont eu que la défaite et l’exil en partage de leurs recours à l’acte violent que le peuple d’ici n’a pas endossé. Et ils ont finalement infligé « blessures de plus dessous l’armure ». Ces sortes de soulèvement ne nous ont pas à ce jour réussi parce qu’ils ne nous ressemblent pas. C’est la raison pour laquelle je souhaite encore vous voir prendre le recul que nécessite une situation comme celle-là en ce qui vous concerne. et même chose en ce qui concerne le PQ et le Bloc. Ils n’ont pas à poser des gestes pour satisfaire Mme Verner et compagnie. Je crois que le faire, c’est cautionner cette autre sorte de violence qu’emploient leurs « stratèges » comme celle d’aller - j’espère que non – dresser les Hurons de Wendake entre eux et nous.
Monsieur Bourgeois, je vous prie sincèrement de reviser vos positions et d’entamer des étapes de reprise de dialogue avec les Partis politiques qui n’ont pas, qu’on le veuille ou non, la même sorte de marge de manœuvre que les militants de la base. Et, bien sûr, je leur demande la même chose. Et si vous avez trouvé le PQ et le Bloc lents à réagir devant l’évènement en cause, on ne peut dire que Québec solidaire, le Parti vert, le PI etc. aient parlé plus vite et plus fort ! Il y avait le philosophe Alain qui disait : « De ces deux humeurs qui roulent l’une vers l’autre comme des nuages, il faut que l’une commence à sourire ; et si ce n’est point vous qui commencez, vous n’êtes qu’un sot ! ». Quoi qu’en pensent les amers, nous avons tous le même but, bien qu’il m’arrive d’en douter en ce qui les concerne. J’aimerais ne pas regretter d’être allé visiter votre site, d’avoir lu le Journal, projeté de m’y abonner et d’acheter quelques volumes déjà sélectionnés.
Je souhaite que nous évitions d’annuler tous les gains récents par cette bagarre désolante qui donne raison aux fédéralistes. Et il n’y a pas à chercher de coupables. Il y a à réparer les ponts brisés.
Merci de votre intelligence,
Nicole Hébert

