C’est bien de se montrer vigilant. Et lorsque je suis venue pour la première fois sur ce site, j’avoue que c’est d’abord le nom qui m’a attirée. J’aime la vigilance. Il fut un temps où je venais régulièrement faire un tour sur Vigile afin de partager, même confronter, mes options souverainistes. Je venais m’y retremper, me nourrir et parfois même me rassurer à l’effet que je n’étais pas seule de mon espèce. C’était en 2000-01, à l’époque du Sommet des Amériques. Je me souviens de certaines personnes que je prenais plaisir à lire et qui m’ont alors fait évoluer dans mes façons d’envisager les choses et dans mes façons de penser. Je me suis même mise alors à participer. Puis, témoin d’une montée graduelle d’une certaine pensée drastique, voire extrémiste et même parfois violente, à l’approche du Sommet, je me suis retirée.
Depuis la dernière campagne fédérale, j’y suis revenue. Par curiosité. Et encore un peu pour me conforter parfois. Et, je m’apprête à quitter encore une fois devant la présence de cette même pensée qui me laisse chaque fois un sentiment de désespérance. Certains auteurs ou participants que je perçois, à tort ou à raison, comme pleins de ressentiment, hargneux sinon haineux, qui pour certains se disent « trahis » ou « abandonnés » me semblent faire un travail de mépris ou de démolition systématique que je ne m’explique pas et qui me laisse même parfois l’impression d’ëtre quelqu’une d’insignifiante qui n’a rien compris.
Je lisais tantôt certains propos suggérant qu’il fallait nourrir de la colère pour souhaiter l’indépendance. Et j’en suis. Je connais, comprends et assume la colère qui m’habite et qui m’anime devant ce que j’appellerais le cercle vicieux du Québec ; devant l’absence de lucidité et, oui, de vigilance, d’une importante proportion des nôtres qui se mentent à eux-mêmes ou qui se leurrent ou qui s’aveuglent. J’éprouve de l’impatience et de la colère devant tant d’apathie ; devant le temps que cela prend pour le réveil...
Mais la colère, la haine et la violence sont choses distinctes. Je ne prétends pas que ceux ici dont la pensée me décourage ou m’effraie souhaitent la violence comme moyen de faire l’indépendance du Québec. Mais lorsque je lis leur opinion drastique, leur rejet du Parti Québécois – qui devrait bien sûr pour eux être sans reproches, comme s’il était possible qu’un parti politique le soit -, lorsque je vois des leaders souverainistes que j’estime se faire varloper dans tous les sens pendant qu’ils sont à déployer leurs efforts sur la ligne de feu... Ça m’assomme.
Et chaque fois, la question qui me vient c’est : Et eux ? Les auteurs de ces textes, dont je ne connais pas l’action sur le terrain – qu’ils me pardonnent ! – que suggèrent-ils ? Ils souhaitent qu’elle se fasse comment l’indépendance du Québec ? Que le parti qu’ils privilégient - Q.S. ; P.I... - se fasse élire et... Hop ! déclare le Québec souverain ? Ou plutôt, indépendant ? L’indépendance maintenant... Mettons !... Rédaction d’une constitution ; élections ; prise de pouvoir... déclaration unilatérale... mais quand ? Comment ? Par qui au juste ? À quel prix ? Dans le respect de quoi ?... Peut-être ne les ai-je pas assez lus ou fréquentés pour voir comment il feraient ça, EUX, à la place des Gilles Duceppe, Pauline Marois, etc ! Mais le ton de leurs propos ici ne m’en donnent pas envie.
Je lisais certains jugements sur la décision et la manœuvre de Gilles Duceppe hier et aujourd’hui... Tab... – pardon ! – Moi, je me sentirais maladroite dans les patins des joueurs qui sont sur la glace par les temps qui courent. Ils n’ont guère le temps de se frotter le menton derrière un écran d’ordi... En ce qui me concerne, j’admire l’audace de Duceppe, qui n’avait pas le temps de venir consulter tous les gérants d’estrade avant de dégager la rondelle.... Peut-être se trompe-t-il mais je sais que je n’aurais pas fait mieux. Et si j’estimais que j’aurais pu faire mieux, alors ma place ne serait pas devant mon écran mais à Ottawa. Ce qui n’empêche pas de commenter, de critiquer mais à condition d’agir aussi et de tenir compte des contextes. Ou de suggérer des alternatives disponibles, accessibles. Et acceptables.
Moi, j’ai voté pour la première fois en 1966 et j’ai voté RIN. J’ai vu neiger, donc ! Mais je ne renonce pas à ce pays parce que je ne suis pas du genre « Avant moi le déluge, après moi le déluge ! » J’ai des descendants, de la suite dans les idées, de l’espoir et de la patience ! Si les géniteurs d’Obama n’en avait pas eus... Et mon choix, mon vote et mes efforts en faveur de la souveraineté de mon pays réel ne se sont jamais démenti - sauf pour de brefs moments de dépit, après les référendums. Depuis octobre, j’ai retroussé mes manches ; j’ai appuyé Duceppe ; j’appuie Marois et j’essaie d’agir à ma petite échelle. Avec mes moyens. Je respecte encore Jacques Parizeau et tant qu’il soutient la même chose que moi, les mêmes personnes en place, les mêmes stratégies, le déploiement des mêmes énergies, je me dis que je n’erre pas épouvantablement dans mes orientations, comme la lecture ici de certains textes m’incite à le croire.
Oh ! Je sais, c’est le prix de la liberté de parole... et si je ne suis pas contente, je n’ai qu’à... Je sais et je m’en vais. Je ne souhaite pas me retrouver blasée, désabusée. Comme beaucoup d’autres, je ne crois pas aux Q.S, P.I... dont les bagarres me semblent relever d’une étape ultérieure à l’accouchement du pays que nous portons. Pour l’instant, du fond de ma colère porteuse à moi, je suis encline à penser que ceux qui soutiennent ces partis soutiennent le PLQ, comme ils ont voté pour Harper. Quant à ceux qui ne votent pas, ils n’ont qu’à ronger leurs freins, peut-être ?
Par ailleurs, bien que je ne connaisse pas vraiment son adversaire péquiste, j’avoue que, d’un certain point de vue, j’aimerais voir VLB se faire élire dans Rivière-du-Loup. Pour le "vigiler" étroitement dans son exercice du pouvoir. Pour constater ce qu’il ferait, lui, à l’Assemblée nationale et le chemin que parcourrait grâce à lui l’option souveraine ; "l’indépendance, maintenant" ! Et je le dis sérieusement. Bien sûr qu’il provoque la réflexion, VLB... Un peu plus chez-moi en tout cas, malgré mes réserves, que certains autres penseurs blasés que je ne lirai plus ici.
Je tire donc ma révérence, comme en 2002, avant même que d’avoir participé. Mais je remercie certains dont les propos m’ont éclairée et encouragée à ne pas démissionner dans l’espoir du pays. Avec le parti qui peut y conduire.* Je pense à MM. Bousquet, Barberis-Gervais, Archambault. – malgré parfois la densité des textes – et d’autres... Merci !
Je reviendrai peut-être de temps à autre voir si le ton a changé. Sait-on jamais...
Nicole Hébert
Péquiste. * Car on ne m’a pas démontré qu’il y avait d’autres avenues pratiquables.
Après, je pourrais bien opter pour un Q.S. ou un P.V...
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

