Lettre à mon vieil ami Vigile
Salut,
Ça fait un moment qu’on se connaît toi et moi, presque 10 ans déjà... non mais ça passe-tu vite, hein Vigile ?
Tu te souviens, septembre 2003 ? Dans la colonne des chroniques, le premier en haut était Robert Laplante comme il se doit ; chanceux, j’étais le chroniqueur du mardi, juste en dessous et après moi, « le crapeau scanneur » avec son drôle d’avatar. Ensuite, Bruno Dehaies le jeudi, le sympathique Sylvain Deschênes le vendredi, suivi du tenace José Fontaine. Il y en avait un autre aussi le dimanche, tout en bas, dont je ne me souviens pas du nom.
Dix ans... On a beaucoup partagé ensemble : opinions, idées, parfois même amitiés. Je t’aimais bien tu sais Vigile, ouais... je t’aimais bien, jusqu’à ce que tu décides de détruire le Parti Québécois, jusqu’à ce que tu « lâches les chiens » comme on dit, dans une drôle de chasse à courre. Mais tu as fait pire : tu as incité à la lapidation publique de Pauline Marois. Parce que c’est bien de lapidation dont il s’agit.
Et tu le sais aussi bien que moi Vigile, une fois lâchée lousse, c’est la meute, la horde sauvage si tu veux. Ça sniffe la mort de loin une meute tu sais, ç’a soif du sang de l’autre, en l’occurrence, tous ceux qui ne font pas partie, qui ne suivent pas le mot d’ordre, et ça ne s’arrête qu’une fois le massacre achevé. Après, ça tournaille encore longtemps dans le charnier en se pourléchant les babines, voir si, des fois, il ne resterait pas quelques bons morceaux miam miam...
Tu veux donc détruire le PQ, et sa chef actuelle. Bien, c’est ton choix. Mais ce faisant, tu as tout gâché Vigile. Tout ! allant même jusqu’à détruire ta propre crédibilité. Parce que d’en être rendu à laisser Le Hir et Cloutier descendre dans la soue à cochons de « l’ïle Bizar », pour en revenir avec une pelletée de vieille merde séchée, que tu t’es d’ailleurs empressé de beurrer épais sur ta page Actualité encore et encore, et rebelote la semaine suivante, mets-en c’est pas de l’onguent... faut l’ faire et tu l’as fait ! Et crois-moi Vigile, Gesca ferait pas mieux.
Je ne voudrais pas être méchant Vigile, et pourtant, elle était durcie massif cette vieille merde, non ? À croire qu"il t’a fallu la passer au micro-onde pour pourvoir la répandre aussi allègrement ; elle avait d’ailleurs été étalée il y a un bon moment dans les gazettes à Gesca, trop heureux lui aussi de salir le chum à Pauline. Drôle quand même que tu tentes de souiller les mêmes personnes que les putes à ti-Paulo de la rue St-Jacques ; désolé de devoir te le dire, mais si tu continues ainsi, ça sentira pas la rose chez toi non plus dans pas long.
Dois-je te rappeler cher Vigile que ce n’est pas le Parti Québécois qui a voté par deux fois contre son indépendance politique, mais bien la majorité du peuple québécois (je sais oui, avec les Anglais, les Juifs, les Italiens, les Grecs... ), et que malgré la timidité d’un René Lévesque, si on avait voté OUI en ’80, nous nous serions beaucoup rapproché du but ; et si nous avions voté encore OUI en ’95, nous serions libres et indépendants depuis plus de quinze ans. On ne serait donc pas là aujourd’hui, à s’engueuler comme des cons sur la façon d’y arriver. Et crois-moi Vigile, Parizeau aurait foncé droit devant sans s’enfarger dans les fleurs de tapis, ni s’auto-pelure-de-bananiser dans son « grand jeu ». Il y a à peu près juste Le Hir qui pense le contraire et on sait pourquoi.
Aujourd’hui la question est : Est-ce qu’il reste un peuple québécois ? Et ne te trompe surtout pas Vigile, je ne méprise pas le peuple auquel j’appartiens, mais ce qu’il peut me mettre en beau st-ci des fois, tu peux même pas imaginer. C’est à croire que mes frères mes semblables sont tous partis magasiner en même temps à Plattsburgh. Mais ce qui me met encore plus en colère, c’est de te voir toi, Vigile, à un moment crucial de notre Histoire, prendre le risque de détruire le seul parti qui peut encore prendre le pouvoir et stopper l’hémorragie, alors qu’il y a URGENCE NATIONALE ! Et ça tu vois Vigile, c’est de l’inconscience, ou alors du pur sabotage.
Comme tu le sais, au cours des années, j’ai écrit mon lot de critiques envers ce parti, critiques parfois même très virulentes. Mais ce n’est surtout pas le moment Vigile, surtout pas le moment, surtout pas... ; c’est le temps de se regrouper, le temps de mettre de côté nos égos, nos différends, nos vieilles rancunes, nos frustrations, nos déceptions ; le moment surtout de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un affrontement gauche-droite, on règlera ce petit problème après. On peut pas faire deux révolutions en même temps.
Quand on veut se construire une maison, faut d’abord s’assurer que le terrain nous appartient. Et si, par malheur, les indépendantistes s’avèrent incapables d’un quelconque regroupement d’urgence avant la prochaine élection, je te laisse imaginer ce qu’il resterait de nos espoirs après un autre dix ans de ce... vide collectif. Déjà que depuis un long moment, chacun sait que ça pige à deux mains dans l’assiette au beurre de l’État. À ce rythme, restera pas grand chose de nous dans 10 ans ? Et nos petits ?
J’ai l’impression que tu en es rendu au point de détruire parce que tu ne peux plus t’arrêter Vigile, ou alors que pour avoir raison à tout prix, avec cette frénésie qui s’empare parfois du démolisseur lorsqu’il rencontre un obstacle majeur : m’en va t’avoir mon hos... ! Eh bien tu te trompes Vigile ! a partira pas. Que c’est que tu veux que je te dise, est comme ça la Madame (elle mérite une majuscule maintenant), c’est une tenace Super Plus, une Joe Beef de la politique, un mur ; et moi qui n’ai jamais vraiment été l’un de ses fans, je dois confesser que lorsqu’elle a affirmé haut et fort : « Cela va s’arrêter à moi »... elle m’a eu d’aplomb la Madame ! comme si après avoir avoir longtemps cherché un leader, on en avait peut-être un excellent dans notre équipe, et on le savait même pas ! Je te dirais même que cette petite phrase pourrait s’avérer le tournant de toute cette... comment dire, sagouille ?
Tu n’arriveras pas à détruire le PQ Vigile, pas plus que tu ne vas sortir Pauline de là. Alors maintenant, tu as le choix : soit tu stoppes le derby de démolition vite fait, soit tu vas jusqu’au bout, auquel cas, par ton acharnement et ta hargne, tu te rangerais dans le camp ennemi bien malgré toi. Dès lors, tu nuirais beaucoup plus que tu n’aiderais, et ce serait fort dommage, cher Vigile, toi qui a bûché si fort et depuis si longtemps.
Ceux qui veulent une alliance avec QS rêvent en couleur ; cela ne se fera pas, du moins pas maintenant, à moins d’un miracle. Mais il faudrait absolument que le plus possible de votes souverainistes aillent dans la même direction, et comme seul le PQ peut encore canaliser ce vote, il faut tenter par tous les moyens de convaincre le plus grand nombre possible d’ indépendantistes à mettre leurs oeufs dans la même boîte à scrutin.
Dans le contexte actuel, il faudrait presque se dire que ce qui est bon pour le PQ est bon pour le Québec. C’est gros je sais, et j’entends d’ici sursauter Cloutier, Le Hir, Mère Teresa et quelques gauchistes gauchisants de gauche ; quant à mon député Amir, désolé de devoir lui dire que je ne voterai pas pour lui la prochaine fois, l’enjeu est trop important, mais quand même l’assurer qu’il pourra revenir chanter avec nous dans nos Fêtes de Voisins, si le coeur lui en dit. On a tous le coeur à gauche par ici.
Plus sérieusement, je crois que la prochaine élection est un moment charnière de notre Histoire, et que dépassé celle-là, on va continuer à vivre ou petit-mourir, continuer d’espérer ou prendre un billet aller pour Vegas-en-Louisiane. Je sais bien que l’avenir dure longtemps, mais je sais aussi que l’espoir n’est pas éternel. Il doit bien y avoir une limite au désir quelque part, et une triste fin aux rêves qui n’en finissent plus de ne pas se réaliser.
Depuis plus de quinze ans, nous sommes telle une armée en campagne repliée sur la rive gauche du fleuve, et qui n’attend que ce foutu signal qui ne vient jamais ; alors, forcément on s’engueule, on se bat entre nous et à la fin, on s’étrangle à qui mieux mieux. Et sur l’autre berge, il y a le pays réel, le pays quotidien, avec cette génération X de « L’acceptation globale », la Y derrière, qu’on sait pas trop encore, les boomers qui commencent à se branler le oui, et ce foutu Anglais qui parle de plus en plus fort...
De toutes façons, y parlent toujours plus fort que les autres ces câlisses-là ! La colère, la frustration... alors on s’étrangle à qui mieux mieux, pour se sentir vivant peut-être, c’en est même devenu un sport national, une distraction pour ainsi dire, un trompe-l’ennui, un jeu : le jeu de celui qui pisse le plus loin qui gagne.
Quand même, t’aurais pas dû attiser toute cette pagaille Vigile ! Tu devrais plutôt te sortir la tête des écrans, écouter la musique de la rue, te tremper le coeur dans le tourbillon quotidien. Tu sais, les gens dehors, dans les bistros, les cafés, à l’épicerie, dans le métro, z’en ont rien à foutre de Pierre Cloutier ! de moi-toi non plus d’ailleurs... S’il est une chose qu’il faut bien se rentrer dans la caboche Vigile, mais pas demain — MAINTENANT — de suite, c’est bien celle-ci :
DIVISÉS ON EST MORTS, VIGILE — MORTS ET ENTERRÉS !
Pauline Marois sera d’autant plus encline à aller au bout et à donner le signal aux troupes que celles-ci seront unies, d’autant plus forte que le peuple québécois sera déterminé, et d’autant plus inspirante que le débat s’élèvera au-delà des brumes de la politique-magouille. Étonnant tout l’espace qu’il reste au-dessus... vraiment Vigile, faut aller voir.
Je n’ai jamais compris l’importance que tu sembles accorder aux programme politiques, qui ne sont au fond que des trompe-l’oeil, au mieux des feuilles de route. Ce n’est pas ce qui est écrit noir sur blanc-juré-craché-promis-croix-de-bois-croix-de-fer qui importe, mais le résultat final, soit la réalisation de notre liberté politique, peu importe le chemin qu’on prend et le prix à payer.
Trudeau n’a jamais dit ou écrit dans son livre rouge qu’il était même prêt à trahir le Québec pour rapatrier Sa constitution ; d’ailleurs il ne le savait probablement pas lui-même avant de monter l’escalier de la reine. C’est en cours de chemin que ces décisions se prennent, ou plutôt s’imposent d’elles-mêmes souvent, parfois en se pilant sur le coeur. Et tu vois Vigile, c’est lui qui a gagné — ce salaud !
À te voir chipoter sur la stratégie, la date et l’heure de la bataille, c’est quand qu’on va où ? mardi matin à quelle heure ? Je me demande des fois si tu es sérieux, si tu veux vraiment gagner ou juste avoir raison pour avoir raison. On dirait la ligue du vieux poêle des fois, bla-bla-bla... Moi je dis que lorsqu’il faut traverser la rivière mon ami Vigile, il faut commencer par se rendre au pont ; pis si y’a pas de pont, on traverse en chaloupe, pis si y’a pas de chaloupe on y va à’ nage tabar... nouche !
C’est le peuple québécois qu’il faut convaincre de sortir du centre d’achats pour un temps, pas le PQ, et ce n’est surtout pas en scrappant ce parti et son leader actuel que tu vas y arriver Vigile. Et ce n’est pas non plus de chicanes dont nos concitoyens sont écoeurés, comme le martèlent chaque jour nos ennemis, mais des tiraillages internes, des grenouillages inutiles, stériles, pour ne pas dire imbéciles.
Moi aussi j’aime bien Aussant, mais on ne peut pas attendre encore dix ans ; dans dix ans Vigile, il va probablement être trop tard. Et je ne crois pas qu’il soit possible de faire de la politique autrement, comme on se plaît à dire maintenant, mais je crois que l’on peut tenter de s’adresser à l’intelligence des gens, faire la conversation avec eux, et cesser de leur conter des pipes. Ce que tu fais d’ailleurs allègrement dans tes encadrés grisâtres... (la pouliche à Desmarais... plutôt dégueulasse, non ?). Quant à la politique, elle est et restera toujours une lutte de pouvoir entre différents groupes d’intérêts, et ce sera ainsi tant et aussi longtemps qu’il y aura des humains sur terre.
Les démolisseurs peuvent aussi en arriver à se détruire eux-mêmes tu sais, et ce n’est pas vrai qu’il n’y ait que des carriéristes ou des opportunistes dans ce parti ; il y a aussi tout plein de gens corrects, des gens bien, sincères et honnêtes, qui rêvent d’un pays tout comme toi et moi. Bien sûr qu’il y a des carriéristes, des faux-culs aussi, je ne le sais que trop depuis le temps (dont certains à qui j’arracherais volontiers la tête), mais il y en a ni plus ni moins que dans tout groupe humain constitué. En ce domaine Vigile, rien de nouveau sous la lune, ou le soleil, c’est comme tu veux.
Moi qui ferais un pacte avec le diable s’il m’assurait la souveraineté politique des miens, vous voir brasser la soupe à plus finir pour tenter de salir le mari de Pauline Marois qui aurait, il y a fort longtemps jadis, fait des affaires avec Robert Campeau... je m’en fous comme de ma première bottine Vigile. Comme de ma première bottine mon ami, j’aurais même été capable de voter pour Bourassa s’il avait fait son référendum, c’est pour dire. Alors je t’en supplie, un peu plus haut un peu plus loin s’il te plaît ! tu sais aussi bien que moi ce que ça sent quand on sort la braoule.
Alors arrête, on arrête ; s’il vous plaît le monde WOW ! Une minute de silence je te prie, non mais arrête toi aussi PQ, arrête militants, arrête députés, ministres, aspirants machins, citoyen Duceppe, et toi de Marie-Victorin, et toi la taupe du Bloc, et toi les démissionneux, et toi et moi et Cloutier et Barberis et Le Hir et les autres... alouette aahhhh... — STOP ! C’est de la continuité de notre peuple dont il s’agit ici Vigile, de sa durée et de son existence même.
Alors mon vieil ami, tu ne crois pas qu’il serait temps de rentrer les chiens, de mettre fin à ta chasse à courre, de ranger tes fusils et de tourner tes canons vers nos véritables ennemis. Ça fait un moment que tes zouaves tirent sur les nôtres, que tu attises le feu, que tu fous la pagaille dans le campement.
S’il te plaît Vigile... MERDE !
André Vincent


