Le directeur du 400e de Québec Daniel Gélinas, ancien administrateur du Festival d’été de Québec, pourra se vanter d’avoir réussi deux coups hors du commun en réussissant à faire venir à Québec l’ex-Beatle Paul McCartney et Céline Dion. Les centaines de milliers de spectateurs de ces deux spectacles ont vécu ou auront vécu une expérience extraordinaire sans avoir à payer un sou sinon par nos taxes qui ont financé ces deux événements. Ne jouons pas au casseux de party et félicitons franchement Daniel Gélinas d’avoir projeté Québec au niveau international même si, par exemple, comme il a été suggéré, Serge Fiori, sur les Plaines d’Abraham, aurait fait planer de façon grandiose toute cette masse humaine friande de poésie et de musique. Et d’autres chanteurs ou chanteuses québécois, je vous laisse la liberté de choisir votre préféré(e), nous avons l’embarras du choix, auraient pu bénéficier du gros budget qui était à la disposition de Daniel Gélinas.
Ces félicitations étant faites de bon coeur, en voyage, faisant le tour de la Gaspésie, de Québec à Kamouraska, de Trois-Pistoles (avec un détour à St-Jean-de-Dieu) à Ste-Florence (près des pêcheurs à saumon de Causapscal) puis à Ste-Thérèse de Gaspé (près de Percé), de St-Yvon (où Jacques Ferron a pratiqué la médecine) à St-Fabien, puis prenant le traversier de Rivière-du-Loup, jusqu’aux Eboulements, je jetais quand même un coup d’oeil sur les journaux,
La constatation que deux groupes québécois très populaires à Québec ne chantent qu’en anglais m’a consterné. Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé aussi et je veux les rapporter parce qu’ils m’apparaissent très révélateurs de la paranoïa vécue par les organisateurs d’un anniversaire subventionné par Ottawa qui a donné 40 millions pour financer les fêtes et 70 millions pour améliorer les infrastructures de la belle ville de Québec. Ce financement a eu pour conséquences qu’on a minimisé l’aspect historique, qu’on l’a déformé : cela a été dit et très bien expliqué sur Vigile et, entre autres, par Josée Legault dans Voir qui dit beaucoup de choses en peu de mots avec son titre : l’e$prit de la fête.
A propos de ce qu’il est convenu d’appeler la controverse autour de la venue de l’ex-Beatle qui a donné lieu à une consternante déformation des faits par les journalistes d’une déclaration de Luc Archambault (voir l’article de Denis Julien à ce sujet, Vigile, 24 juillet), Daniel Gélinas a eu un cri du coeur et a parlé des obsessions péquistes sans doute parce que Pierre Curzi avait signé. A cette expression d’irritation du promoteur, il faut ajouter son commentaire à propos du geste de Paul McCartney de brandir un beau drapeau fleurdelysé bleu et blanc du Québec sur la scène de son spectacle et de l’agiter magnifiquement devant une foule hurlante de plaisir dit le journaliste. Sans qu’on le lui demande, le lendemain en conférence de presse, le triomphant Daniel Gélinas a insisté pour dire que le drapeau du Québec dans les mains de l’ex-Beatle à Québec, “ce n’est pas politique”.
I beg to differ my dear Gélinas. Je ne suis pas d’accord. Revoyez le vidéo sur YouTube.
L’ex-Beatle qui parle français et agite un immense drapeau du Québec, c’est politique, et ça a une signification politique comme le Vive le Québec libre du Général De Gaulle sur le balcon de Hôtel de ville de Montréal en 1967. Jean Drapeau, comme Daniel Gélinas, avait tenté, en vain, de minimiser la portée politique des paroles du Président de la France.
Je suis allé à Québec. Le service de navette en autobus à partir de l’Aquarium est une très bonne idée. Le Moulin à images de Robert Lepage, je l’ai vu deux fois situé à deux endroits différents avec vue en plongée puis près du bassin Louise. Chapeau Lepage et toute ton équipe. C’est une magnifique réalisation technique avec un contenu irréprochable faisant le tour de l’histoire des événements qui sont survenus dans la ville de Québec.
Quant à l’exposition Le Louvre à Québec, ça m’est apparu comme un gros marché aux puces avec 275 objets disparates dont le seul lien est qu’ils provenaient du Louvre. Avec, en prime, le monument en l’honneur de Wolfe devant le Musée.
A cause du financement fédéral, pour dépolitiser la fête, c’est-à-dire pour empêcher les nationalistes québécois de faire progresser leur option indépendantiste, les organisateurs du 400è ont décidé de présenter une série d’événements plus ou moins rattachés à l’histoire de la ville de Québec que mon professeur d’anglais en 11è année A appelait the cradle of french civilisation in North America, le berceau de la civilisation française en Amérique du Nord. Ils ont choisi un logo neutre donc terne. On dirait que le drapeau du Québec est devenu nationaliste et même séparatiste comme le disait hier Stephen Harper dans son discours de St-Agapit où il a attaqué les séparatistes qui veulent détruire et briser le Canada. Du sous-Jean Chrétien. Comme le dit l’ineffable Monique Gagnon-Tremblay, celui qui paie peut dire ce qu’il veut et contrôle l’agenda (comme ils disent à Ottawa). C’est la fête à Québec. Les hôtels et les motels sont pleins. C’est le règne de la logique marchande comme l’expliquait Isabelle, une Française rencontrée au petit déjeûner dans un Gîte de Ste-Thérèse-de-Gaspé. Et les commentaires politiques de Daniel Gélinas avec le député adéquiste qui en rajoute, c’est bien dans l’esprit d’une ville qui a majoritairement voté non au référendum de 1995, qui se prépare à voter conservateur aux prochaines élections fédérales, qui élit André Arthur, le roi de la radio poubelle et qui appelle des obsessions péquistes, les aspirations nationales des Québécois et des Québécoises qui sont extrêmement déçus de voir que les organisateurs des fêtes du 400è fassent de la petite politique avec des airs hypocrites de ne pas vouloir en faire.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 31 juillet 2008
P.S.
Prompt rétablissement à Bernard Frappier et voeux de bonne santé à notre ami, et bonne chance à son fils Eric. Je souscris à tous les commentaires (que je viens de lire) sur l’importance et la pertinence de son travail sur le site Vigile.net. Grâce à lui, j’ai écrit et publié environ 75 textes et commentaires en moins d’un an alors qu’André Pratte refusait systématiquement de me publier, comme c’est arrivé à Bernard Desgagné dont je contresigne tous les propos sur l’éditorialiste de La Presse et ce qu’il faut bien appeler, preuves personnelles à l’appui, son manque d’éthique professionnelle et sa paysannerie qui frôle la malhonnêteté intellectuelle dans son contrôle des libres opinions et des lettres de lecteurs. Je l’ai knockouté à quelques reprises mais comme il aurait très mal paru, il ne m’a pas publié. C’était avant ma participation au site Vigile.net.
