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INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 363
Les normes en histoire (Chronique supplémentaire no 23)
Fédéralisme ou indépendantisme ?
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 30 avril 2009      609 visites      5 messages


« Dans l’optique indépendantiste, la situation du Canada, dans l’empire français, se trouve non pas idéalisée mais revalorisée. C’est la seule époque de son histoire où le séparatisme s’enracine dans la réalité. Pendant plus de 100 ans, les Canadiens d’origine française vivent seuls dans un État séparé. » (Maurice Séguin)

Présentation

La lutte des groupes pour l’indépendance – à savoir, pour la prépondérance de leur groupe sur tout rival – forme le noyau de l’enseignement de M. Séguin, qui en retrace l’évolution sur deux siècles (1760-1960) dans la vallée laurentienne. Elle constitue le cœur de son énoncé de 1956, vu à la dernière chronique, dont la série des trois conférences télévisées de 1962 qui font l’objet de la présente chronique ne sont qu’un développement, laquelle série résume l’ouvrage publié en France en 1973, lequel condense la matière du cours télévisé donné en 1963-1964, reprise sous forme de livre en 1997. M. Séguin a eu la courtoisie de résumer lui-même ses conclusions pour le bénéfice du lecteur pressé.

***

En classe, Séguin rappelait que l’une des constantes de notre nationalisme depuis 1760 a consisté à s’appuyer sur tel groupe d’anglophones afin de faire pièce à un second groupe de même langue : pensons à l’alliance de LaFontaine avec les réformistes du Canada-ouest pour mettre à mal les tories de Montréal ou aux appels du pied de Lévesque aux Étasuniens puis aux premiers ministres des provinces en vue de s’opposer au gouvernement fédéral. Ce ne sont là que deux exemples de ces « alliances plus ou moins périlleuses » qu’évoquait Joseph Cauchon, où le risque est grand de devenir l’otage de ses alliés à votre insu.

Le seul veto réel – qui fut plus qu’une fiction légale – jamais exercé par nous a été octroyé en 1791. Il aurait pu permettre à la Nation canadienne de l’emporter, n’eût été le putsch discret des tories de Montréal, sous le couvert de « loyalisme », contre la politique de conciliation de Gosford. Depuis la suspension de la Loi constitutionnelle de 1791, toute possibilité de veto effectif du Canada-Français aux projets du Canada-Anglais est exclue. Jamais plus la majorité parlementaire de langue française imposera-t-elle en dernière instance ses décisions aux vrais maîtres du Québec. 

La cause de l’affrontement de « deux peuples en guerre au sein du même État », comme le dit Durham, ne tient pas à la différence des mentalités ou des cultures, qui certes avive l’antagonisme mais ne l’engendre pas. Elle réside plutôt en cet instinct naturel des communautés à rechercher davantage d’autonomie. Supposons que nos ancêtres se soient anglicisés, aient été imbus et animés des seuls principes britanniques, auraient-ils renoncé à investir l’appareil d’État et à l’arracher aux Britanniques « de souche » au nom de la majorité, constituée de « Néo-britanniques » ?   PARFONDOR

O O O


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Vos commentaires:
  • Les normes en histoire (Chronique supplémentaire no 23)
    2 mai 2009, par John M.

    Le véto

    Est-ce que vous pourriez expliquer s’il-vous-plaît ?

    « Le seul veto réel – qui fut plus qu’une fiction légale – jamais exercé par nous a été octroyé en 1791. Il aurait pu permettre à la Nation canadienne de l’emporter, n’eût été le putsch discret des tories de Montréal, sous le couvert de « loyalisme », contre la politique de conciliation de Gosford. Depuis la suspension de la Loi constitutionnelle de 1791, toute possibilité de veto effectif du Canada-Français aux projets du Canada-Anglais est exclue. Jamais plus majorité parlementaire de langue française imposera-t-elle en dernière instance ses décisions aux vrais maîtres du Québec. »

    Merci


  • • Le veto du Canada-Anglais
    5 mai 2009
    6 mai 2009 La réponse à la demande de John M. se trouve à la fois dans l’Histoire du Québec. Vision d’un prophète.(*) Montréal, Guérin, 1995, p. 118 et dans son Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, 1997 aux endroits cités ci-dessous. Leçon 7 21. Lutte de nation contre nation Par sa position stratégique, le Bas-Canada et sa Chambre d’assemblée dominée par une majorité de Canadiens-Français se (...)

    Lire ce commentaire

    6 mai 2009

    La réponse à la demande de John M. se trouve à la fois dans l’Histoire du Québec. Vision d’un prophète.(*) Montréal, Guérin, 1995, p. 118 et dans son Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, 1997 aux endroits cités ci-dessous.

    Leçon 7

    21. Lutte de nation contre nation

    Par sa position stratégique, le Bas-Canada et sa Chambre d’assemblée dominée par une majorité de Canadiens-Français se trouvent en mesure d’imposer une espèce de « veto », d’abord à la colonisation britannique dans le Lower Canada et indirectement, ensuite, sur le développement britannique du Upper Canada. La division de la vallée du Saint-Laurent en deux colonies distinctes, division dénoncée avant qu’elle ne se fasse en 1791 et continuellement dénoncée depuis 1791, se révèle de plus en plus absurde au point de vue des intérêts généraux britanniques. On sent le besoin d’une législation unique pour la vallée laurentienne. Si les Britanniques, qui s’appuient sur une métropole et qui sont en mesure d’exploiter cette région, veulent peupler et équiper la vallée du Saint-Laurent, il leur faut déjouer, contourner ou neutraliser la majorité canadienne-française. Engagée dans une lutte « nation contre nation », cette majorité canadienne-française montre naturellement peu d’empressement à encourager l’immigration britannique ou à consentir des déboursés pour entreprendre des travaux qui, en fin de compte, favoriseraient l’enracinement des forces anglaises.

    Leçon 10

    13. Politique de Gosford tournée en ridicule

    Tout en continuant son plaidoyer pro-britannique, Adam Thom en vient à ridiculiser la politique de Gosford qui consiste à promettre n’importe quoi à chacune des deux nationalités du Lower Canada. D’après lui, l’Angleterre doit se décider une fois pour toute dans le sens des intérêts anglais. Une seule méthode de gouvernement s’impose : l’assimilation et non la conciliation. « L’histoire du Canada, dit-il, s’écrira à l’avenir en anglais. »

    Dans l’hypothèse où Gosford ferait des concessions partielles aux Canadiens-Français, il peut être, pense Thom, assuré ainsi de voir immédiatement surgir de nouvelles demandes qui mèneraient à la suppression du veto de l’exécutif, ce qui irait même jusqu’à mettre en danger le poste de gouverneur général. (Thom fait ici allusion aux Quatre-vingt-douze résolutions.)

    Ainsi, Thom avertit Gosford que, virtuellement, sa politique de conciliation équivaudrait pour la Grande-Bretagne à ne plus avoir aucun représentant dans le gouvernement exécutif de cette colonie, à rendre le Bas-Canada pratiquement indépendant et à faire des habitants français de cette colonie anglaise « la Grande Nation Canadienne » qu’ils veulent être.

    Leçon 13 :

    II.─ JUGEMENTS SUR L’UNION DE 1840

    3. Portée politique, économique et culturelle de l’Union

    1° Une infériorité politique

    L’Union de 1840 confirme dans une infériorité politique d’abord, économique ensuite, le résidu minoritaire d’une colonisation française manquée. Le Canada-Anglais ne pouvait s’édifier, se développer, sans ruiner, sans provincialiser le Canada-Français. 1840, c’est le veto du British Montreal et derrière ce veto, le veto de tout le British North America à l’indépendance du Québec.

    (SUITE AU PROCHAIN COMMENTAIRE)


  • Le veto du Canada-Anglais
    5 mai 2009
    (Deuxième partie de la réponse à John M.) Leçon 16 IV.─ LES À-CÔTÉS DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS 8. La centralisation On est porté, dans certains milieux, à accorder beaucoup d’importance à la « centralisation » survenue depuis 1867. Comme si le régime de base – le partage fédéral de 1867 – pourvu qu’il soit maintenu, ne comportait aucun inconvénient sérieux pour le peuple minoritaire canadien-français. (...)

    Lire ce commentaire

    (Deuxième partie de la réponse à John M.)

    Leçon 16

    IV.─ LES À-CÔTÉS DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS

    8. La centralisation

    On est porté, dans certains milieux, à accorder beaucoup d’importance à la « centralisation » survenue depuis 1867. Comme si le régime de base – le partage fédéral de 1867 – pourvu qu’il soit maintenu, ne comportait aucun inconvénient sérieux pour le peuple minoritaire canadien-français. Il faut échapper à ce piège et bien comprendre que la centralisation la plus désastreuse c’est celle-là même qui est contenue dans le régime d’union législative de 1841 et dans le régime de l’union fédérale de 1867, deux régimes où le Canada-Français se voit refuser le self-government, c’est-à-dire la permission d’administrer lui-même , majoritairement, les grands pouvoirs de l’État complet : les relations politiques et économiques avec l’extérieur, la défense, l’emprise totale sur les impôts, etc. Certes, il y a eu centralisation au fédéral depuis 1867, mais là n’est pas l’essentiel. On pourrait faire remarquer également que les compétences des provinces se sont accrues depuis un siècle... Et on se retrouve toujours devant le même « partage fédéral » qui provincialise les Canadiens-Français.

    [Rôle du Comité judiciaire et du veto]

    Dans le même ordre d’idées, il faut dire quelques mots des interprétations du Comité judiciaire du Conseil Privé. Certaines de ces décisions judiciaires ont favorisé l’autonomie des provinces et ont même élargi le domaine réservé aux provinces. Mais encore là, il ne faut pas concentrer son attention sur ce qui s’est produit après 1867. Il n’est pas juste de prétendre que le régime d’union fédérale de 1867, tel que voulu par les auteurs de la Confédération, constituait un mal qui aurait été écarté par l’intervention du Comité Judiciaire du Conseil Privé, intervention qui aurait rétabli l’équilibre et transformé l’union centralisée en une rentable confédération acceptable par le peuple minoritaire canadien-français. Ces interventions – du moins les plus favorables à l’autonomie des provinces – n’ont pas modifié fondamentalement le partage des pouvoirs. Le Canada-Français reste un peuple qui ne possède qu’un gouvernement provincial.

    Il ne faut pas trop attacher d’importance non plus à la question du « veto » du fédéral, c’est-à-dire du droit de désaveu qu’exerçait autrefois le fédéral sur les législatures provinciales. Ce droit est maintenant, à toute fin pratique, remplacé par l’appel pour juger de la constitutionnalité des lois des provinces à une cour dont les juges sont nommés par le gouvernement central. Ce n’est là qu’un aspect très secondaire du régime fédéral. Ce tribunal serait-il sous la dépendance des provinces que la situation du Canada-Français n’en serait pratiquement pas améliorée, tant que subsisterait l’essentiel, c’est-à-dire le partage des pouvoirs qui enlève au Canada-Français toute emprise majoritaire sur d’importants secteurs de la vie collective.


    (*) Le Québec et son histoire (1973). Éditions du Burin et Martinsart, France, 1973, 280 p. (Collection « L’Humanité en marche ») Préface de René Lévesque. Avant-propos de Claude Ryan. NOTE : De ses deux préfaciers, Maurice Séguin a déclaré en classe que Claude Ryan était celui qui avait le moins mal compris sa pensée !


  • Les normes en histoire (Chronique supplémentaire no 23)
    6 mai 2009, par John M.

    Une dernière question.

    Pourriez-vous expliquer s’il-vous-plaît : « le putsch discret des tories de Montréal, sous le couvert de « loyalisme », contre la politique de conciliation de Gosford »
      le putsch discret des tories de Montréal
      la politique de conciliation de Gosford Merci


  • Une dernière question de John M. 
    7 mai 2009

    7 mai 2009

    Ce serait trop long que d’exposer toute la manœuvre, mais un faisceau convergent de preuves indirectes laisse entendre que Gosford s’est vu évincé par des éléments de la ploutocratie de Montréal qui ont vu en Colborne celui qui cautionnerait l’emploi de paramilitaires armés d’allégeance torie,en rupture de ban avec le Cabinet impérial whig et sa politique conciliante à l’endroit des réformistes modérés de Grande-Bretagne et des colonies. Depuis 1832, au moins, ces éléments courtisaient l’État-major en prévision d’un coup de force feutré au moment opportun. Gosford s’était attiré leurs foudres naguère, ayant dénoncé les Orangistes en Irlande puis, dès son arrivée à Québec, en promettant « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre » conformément aux instructions de Glenelg, ministre des Colonies.



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