« Dans l’optique indépendantiste, la situation du Canada, dans l’empire français, se trouve non pas idéalisée mais revalorisée. C’est la seule époque de son histoire où le séparatisme s’enracine dans la réalité. Pendant plus de 100 ans, les Canadiens d’origine française vivent seuls dans un État séparé. » (Maurice Séguin)
Présentation
La lutte des groupes pour l’indépendance – à savoir, pour la prépondérance de leur groupe sur tout rival – forme le noyau de l’enseignement de M. Séguin, qui en retrace l’évolution sur deux siècles (1760-1960) dans la vallée laurentienne. Elle constitue le cœur de son énoncé de 1956, vu à la dernière chronique, dont la série des trois conférences télévisées de 1962 qui font l’objet de la présente chronique ne sont qu’un développement, laquelle série résume l’ouvrage publié en France en 1973, lequel condense la matière du cours télévisé donné en 1963-1964, reprise sous forme de livre en 1997. M. Séguin a eu la courtoisie de résumer lui-même ses conclusions pour le bénéfice du lecteur pressé.
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En classe, Séguin rappelait que l’une des constantes de notre nationalisme depuis 1760 a consisté à s’appuyer sur tel groupe d’anglophones afin de faire pièce à un second groupe de même langue : pensons à l’alliance de LaFontaine avec les réformistes du Canada-ouest pour mettre à mal les tories de Montréal ou aux appels du pied de Lévesque aux Étasuniens puis aux premiers ministres des provinces en vue de s’opposer au gouvernement fédéral. Ce ne sont là que deux exemples de ces « alliances plus ou moins périlleuses » qu’évoquait Joseph Cauchon, où le risque est grand de devenir l’otage de ses alliés à votre insu.
Le seul veto réel – qui fut plus qu’une fiction légale – jamais exercé par nous a été octroyé en 1791. Il aurait pu permettre à la Nation canadienne de l’emporter, n’eût été le putsch discret des tories de Montréal, sous le couvert de « loyalisme », contre la politique de conciliation de Gosford. Depuis la suspension de la Loi constitutionnelle de 1791, toute possibilité de veto effectif du Canada-Français aux projets du Canada-Anglais est exclue. Jamais plus la majorité parlementaire de langue française imposera-t-elle en dernière instance ses décisions aux vrais maîtres du Québec.
La cause de l’affrontement de « deux peuples en guerre au sein du même État », comme le dit Durham, ne tient pas à la différence des mentalités ou des cultures, qui certes avive l’antagonisme mais ne l’engendre pas. Elle réside plutôt en cet instinct naturel des communautés à rechercher davantage d’autonomie. Supposons que nos ancêtres se soient anglicisés, aient été imbus et animés des seuls principes britanniques, auraient-ils renoncé à investir l’appareil d’État et à l’arracher aux Britanniques « de souche » au nom de la majorité, constituée de « Néo-britanniques » ? PARFONDOR
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