Dès le début des années 60, le chroniqueur Pierre Elliott Trudeau prêtait aux indépendantistes québécois des visées expansionnistes et brandissait le spectre de la partition du Québec : « Quant aux Séparatistes [sic] québécois, ils auront aussi du pain sur la planche : si leurs principes sont justes, ils devront les pousser jusqu’à l’annexion d’une partie de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre ; mais, par contre, ils devront lâcher certaines régions à la frontière de Pontiac et de Témiscamingue, et faire de Westmount le Dantzig du Nouveau-Monde. » (Cité Libre, avril 1962)
Devenu premier ministre du Canada, Trudeau a répété sa menace quelques mois après l’élection du Parti québécois en 1976, comme l’a rapporté Lise Bissonnette : « "Si le Canada est divisible, le Québec doit être divisible aussi", de réclamer hier soir le premier ministre canadien devant un auditoire partisan du comté montréalais de Verdun. » (Le Devoir, 12 mars 1977)
Deux ans avant sa mort, Trudeau était tout fier de rappeler sa "prophétie" de Cité Libre : « J’ai consigné cette remarque en 1962, plus de trente ans avant que certaines communautés anglophones et autochtones ne commencent à parler de partition du Québec en cas de séparation. Je ne prétends pas être prophète : la simple logique rendait cela tout à fait prévisible. » (Pierre Elliott Trudeau, L’essentiel de sa pensée politique, 1998, p. 109-110)
Cette "simple logique" de Trudeau découle de sa conception ethnique de la nation québécoise, alors que le Québec se définit par son territoire, ses institutions et sa langue officielle, dans un contexte pluraliste et inclusif. Trudeau avait pourtant reconnu en 1992, à la veille des deux référendums simultanés (un canadien et un québécois) au sujet de l’Accord de Charlottetown, que « les habitants de cette province habitent un territoire délimité par ses frontières propres. Ils y parlent majoritairement le français. Ils se gouvernent sous un régime particulier de lois. » (Pierre Elliott Trudeau in L’actualité, 1ier octobre 1992)
En 1995, près de 50 % des Québécois se prononcent pour le OUI lors du référendum sur l’indépendance du Québec : le ROC (Rest of Canada) est en émoi. Au cours de la campagne électorale fédérale de 1997, Jean Charest, chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, fait une déclaration inquiétante rapportée par Paul Wells :
« Canada is divisible and Quebec may be too, Progressive Conservative leader Jean Charest said yesterday [...] On the even-thornier question of partition ‑ the possibility that parts of Quebec may stay in Canada while the rest secedes - Charest said it would be "on the table" after a Yes vote. […] As he did before the 1995 referendum and has done since, Charest said a Yes vote would be "a black hole" in which "there are no rules". » (The Gazette, 20 mars 1997)
Le ROC offre alors un pont d’or à Jean Charest pour qu’il quitte la direction du Parti progressiste-conservateur du Canada (resté dans l’opposition après les élections) afin qu’il vienne à Québec pour sauver le Canada. C’est ainsi qu’en 1998, Jean Charest devient chef du Parti libéral du Québec ; il devient même premier ministre du Québec en 2003 ! Avant la prochaine élection au Québec, il serait important que les Québécois sachent si leur premier ministre a changé d’avis au sujet de la menace de partition du Québec.
Une déclaration semblable à celle de Jean Charest a été faite récemment par Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada et candidat au poste de premier ministre du Canada. Lors de l’émission Maisonneuve en direct de Radio-Canada le 30 septembre dernier, un auditeur a demandé à Stéphane Dion s’il s’opposerait à la partition du Québec après un référendum où 55 % des Québécois auraient répondu OUI à une question claire et donné cette réponse claire. Stéphane Dion a répondu : « Si jamais on devait arriver dans cette situation, et j’espère qu’on n’y arrivera jamais, c’est évident que tout le monde va essayer de s’arranger pour que les choses se passent pour le mieux dans des conditions extrêmement difficiles. On va mettre tout sur la table et on va essayer d’être justes envers tout le monde. Mais ça va être extrêmement difficile et pénible. Moi je ne veux pas que cela ça se passe et j’espère vous convaincre un jour de l’idéal canadien. »
Rappelons que conformément au droit international, « le territoire du Québec et ses frontières ne peuvent être modifiés qu’avec le consentement de l’Assemblée nationale. » (article 9 de la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec, entrée en vigueur le 28 février 2001).
D’ailleurs, la Constitution du Canada stipule que les « frontières interprovinciales […] ne peuvent être modifiées que par proclamation du gouverneur général […] autorisée par des résolutions du Sénat, de la Chambre des communes et de l’assemblée législative de chaque province concernée ».(article 43a de la Loi constitutionnelle de 1982),
François-Xavier Simard
Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables)


