Occupée complètement à faire la promotion des projets hydroélectriques du chef du Parti libéral du Québec, Radio-Canada, la télévision, sauf erreur, n’a pas jugé bon de couvrir la magnifique marche pour l’indépendance dont il faut féliciter les jeunes organisateur(e)s. En tant que canadian tax payer, j’aurais bien aimé que la télévision d’Etat si chère au coeur de Bernard Derome me montre de belles images de cette manifestation qui, après celle du RRQ, est très prometteuse. Au lieu de cet événement “oublié”, nous avons vu Jean Charest être proclamé “grand bâtisseur” par son parti qui en veut pour son argent. (Un investissement de 75,000 $ par année depuis 1998 versé en bonus à Jean Charest, somme d’argent qui en étant restée cachée pendant dix ans ressemble étrangement aux enveloppes pleines de billets de mille données à Brian Mulroney. En passant, ce 75,000 $ a été considéré pendant dix ans comme une affaire privée. Deux questions : avez-vous la preuve qu’il ne s’agit que de 75,000 $ ? Est-ce que Jean Charest a payé ses impôts chaque année ou y a-t-il eu l’équivalent d’une entente-Mulroney quand la somme de 750,000 $ a été connue du public ? Ne serait-il pas temps que les journalistes fassent leur job et fouillent cette question. Est-ce que le journalisme d’investigation existe encore au Québec ?)
Lors de ce “happening libéral”, Jean Charest a dit : “Je suis l’héritier, moi, de Godbout, Lesage et Bourassa”. Lesage ? Moi qui croyais que c’était René Lévesque (aidé de Jacques Parizeau) qui était le père de la nationalisation des compagnies privées (et anglaises) d’électricité ; moi qui croyais que sans cette nationalisation, tous les développements ultérieurs dont se gargarisent les libéraux ne serait jamais advenus ! Comme au 400è de Québec, les fédéralistes trafiquent l’histoire au gré de leurs intérêts partisans. C’en est devenu pathétique comme quand la perfide et mesquine Lysiane Gagnon est intervenue dans un colloque sur René Lévesque où elle disait avec un culot gescaien que René Lévesque n’avait rien fait pour le Québec. Il fallait écouter le réponse cinglante du toujours civilisé Louis Bernard qui n’apparaît malheureusement pas dans le livre : René Lévesque : mythes et réalités (Alexandre Stefanescu).
Cette marche, c’est un autre de ses mérites, aura donné l’occasion à Pierre Curzi de faire les déclarations suivantes lues dans un article de Marco Bélair-Cirino dans Le Devoir du 25 mai 2009 et je cite :
“Ravie, la porte-parole du collectif, Catherine Dorion, s’est dite à la fois étonnée de la grande diversité des personnes présentes et de la grande proportion de gens qui prenaient part pour la première fois à une manifestation indépendantiste. « Toute la société est représentée. C’est un super mélange », a-t-elle lancé.
Selon le député péquiste de Borduas, Pierre Curzi, le PQ « a besoin d’être alimenté, propulsé, régénéré par des gens [comme ceux présents à la manifestation d’hier et] qui ont la ferme volonté de réussir la souveraineté rapidement ».
La question nationale « sera au coeur de la prochaine plate-forme électorale, c’est sûr », a-t-il promis. « C’est vraiment l’indépendance l’objectif [du PQ]. Ça le demeure », a ajouté le président et vice-président de la commission politique du PQ, Daniel Turp. D’ailleurs, la chef du PQ, Pauline Marois, profitera de la Conférence nationale des présidentes et présidents du parti, à la mi-juin à Drummondville, pour prononcer un discours « clair » sur le projet de souveraineté du Québec du PQ, a indiqué au Devoir Pierre Curzi.”
Le Parti québécois veut “rafaîchir” la sociale démocratie et “rafraîchir” le projet souverainiste. J’ai lu très attentivement les remarques faites par André Ferretti sur certains propos de Pierre Curzi entendus à la radio de Radio-Canada et je dois dire que je penche du côté de la mercuriale exprimée par Luc Archambault, Gaëtan Dostie et Raymond Poulin.
Sauf que j’en profite pour ajouter mon grain de sel. Nous avons pris bonne note des propos de Pierre Curzi mais si ce texte que vous lisez actuellement tombe sous les yeux des “leaders” du Parti québécois, considérez ceci. Par exemple, mon député Bernard Drainville et Pauline Marois font des discours où ils critiquent avec justesse le gouvernement libéral ou le systéme fédéral en place. Bien. Puis, avec éloquence, en haussant le ton pour affirmer une conviction et l’authentifier, ils terminent en disant que la solution aux problèmes soulevés, comme le dit Pierre Curzi : “C’est vraiment l’indépendance” qui est l’objectif du PQ
Sauf que ces professions de foi ne suffisent pas. Il faut dire comment vous allez vous y prendre pour atteindre cet “objectif”. C’est bien beau de remettre un congrès à plus tard.
Mais il va falloir répondre à la question : comment ? Chers “leaders” du Parti québécois, commencez par lire ce qui a été écrit sur le sujet sur le site Vigile.net. Vous aurez là un beau dossier à lire avant de vous brancher. C’est bien beau d’admettre comme le fait Pierre Curzi que “le Parti québécois a besoin d’être alimenté, propulsé, régénéré par des gens [comme ceux présents à la manifestation d’hier et] qui ont la ferme volonté de réussir la souveraineté rapidement ». Mais il va falloir vous brancher.
J’aimerais pouvoir dire à des militants qui ont de fameuses bonnes raisons d’être déçus : “les sceptiques seront confondus”. Je vais me faire pédagogique pour le bénéfice de jeunes lecteurs. Supposons quelqu’un qui dit vouloir aller en France. Quel beau pays ! C’est un objectif louable de vouloir y aller. Mais si vous n’achetez pas de billet d’avion et que vous ne songez pas d’y aller en bateau, ou à la nage, on pourra dire de vous que vous n’avez pas vraiment la volonté d’aller en France puisque vous ne prenez pas les moyens.
On nous dira : il faut d’abord prendre le pouvoir. OUI, MAIS VOUS ALLEZ EN FAIRE QUOI ? (lire Josée Legault) Excusez les majuscules, ce n’est pas dans mes habitudes de crier. Si j’oublie ma modestie proverbiale, je suggérerais de lire mes articles publiés ici sur l’étapisme. Il faut quand même avoir compris ce qui s’est passé à partir de 1973. Je conseille le livre de Pierre Dubuc : L’autre histoire de l’indépendance : la droite de Claude Morin à Paul Desmarais.(Editions Trois-Pistoles) J’ai déjà publié avec Pierre Drouilly un livre dont le titre dit tout : “Les Illusions du pouvoir.” et le sous-tire aussi : les erreurs stratégiques du gouvernement Lévesque. C’était en 1981.
Je dis sans crier à Pauline Marois, Bernard Drainville, Pierre Curzi, André Turp et les autres : les professions de foi souverainistes ou indépendantistes ne suffisent pas.
P.S. A Andrée Ferretti : Curzi est d’origine italienne comme moi ; son nom s’écrit CURZI et non CURZY.
Robert Barberis-Gervais, 25 mai 2009


