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Les angles morts
Joseph Facal
www.josephfacal.org
lundi 14 septembre 2009


Les questions les plus importantes sont souvent celles dont on parle le moins, pour masquer notre impuissance à y répondre.

Prenez l’éducation. La ministre Courchesne a rendu publiques ses 13 mesures pour lutter contre le décrochage scolaire : classes plus petites, activités parascolaires, dépistage précoce des difficultés, etc. Comment voulez-vous être contre ça ?

Tout le milieu a joué sa partition habituelle. La ministre a annoncé. L’opposition et les syndicats ont maugréé. Bref, les « intervenants », comme on dit en jargon éducatif, sont intervenus.

Les journalistes ont été égaux à eux-mêmes. Madame la ministre, combien d’argent « frais » dans votre annonce d’aujourd’hui ? Madame la ministre, pourquoi rien avant la rentrée 2010 ? Au ras des pâquerettes.

LE FOND

L’échec scolaire n’est pas principalement une question d’argent. On décroche moins dans des sociétés où on dépense moins qu’ici. Le fond du problème -l’a-t-on assez dit ? - est que la société québécoise ne valorise pas assez l’éducation et la culture. L’instruction de masse n’a pas 50 ans au Québec.

Les manifestations de notre rapport problématique au savoir sont partout : dans la faible valorisation du métier d’enseignant, le peu de temps consacré à la lecture, le statut suspect de l’intellectuel, etc.

Dans les petites choses aussi. Un lecteur me reprochait l’autre jour d’avoir utilisé le mot « sépulcral » dans une chronique. Le bon peuple ne comprendrait pas. Un autre relativisait l’abandon scolaire en soutenant qu’il y a des non-diplômés qui gagnent plus que des diplômés. On est découragé à l’idée de devoir y répondre.

Jacques Parizeau était sardoniquement surnommé « Monsieur » parce que son instruction et ses manières de grand seigneur détonaient. René Lévesque était surnommé « Ti-poil » pour être ravalé à notre rang : combien de peuples se permettent une telle familiarité avec leur chef d’État ?

Nos tics de langage sont aussi très révélateurs. Celui qui parle trop bien « pète plus haut que le trou », ou est forcément « une tête enflée ». Tout notre rapport à l’instruction baigne dans un vieux complexe d’infériorité.

La ministre Courchesne a parlé de revaloriser l’éducation. Mais, dans les faits, la valorisation de l’éducation est avant tout une responsabilité parentale, que nombre de parents n’assument pas, voire qu’ils ne se reconnaissent même pas.

CHANGER LES MENTALITÉS

La pauvreté est une partie de l’explication, mais pas une justification. Dans les sociétés où l’on décroche moins, l’adulte pauvre souhaite pour son enfant un autre destin que le sien. Ici, on dira souvent : « Si j’ai réussi à me débrouiller, fiston n’aura qu’à faire comme moi. » Il y a comme un réflexe culturel qui est différent. Ce n’est évidemment pas une politique gouvernementale qui pourra renverser cela.

Une étude de McKinsey établit que les pays qui ont les meilleurs résultats scolaires sont ceux où les enseignants sont recrutés parmi les meilleurs étudiants, et où ils sont ensuite envoyés dans les écoles les plus « difficiles ».

Imaginez la révolution que ce serait au Québec : virer à l’envers les facultés d’éducation, évaluer individuellement les enseignants, les envoyer là où il le faut plutôt que là où il y a des places disponibles, faire de l’ancienneté un critère secondaire. De la pure science-fiction, chez nous !

Appelons ça les angles morts du débat public...



Source
http://www.canoe.com/infos/chroniques/josephfacal/archives/2009/09/20090914- (...)




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