Les Canadiens français sont mis en minorité même au Québec. Je sais bien qu’il ne faut pas parler des Canadiens français, mais des Québécois. Vous pouvez parler des Canadiens anglais, des Juifs, des néo-Québécois, mais pas des Canadiens français, c’est du racisme, de l’ethnicisme ! On nous a demandé d’oublier les « souches », on est à l’ère du nationalisme « civique ». L’ethnicité n’existe pas, à moins que vous ne soyez pas Canadien français. Aux élections, par exemple, les Canadiens anglais votent à 95%, 98% pour le Parti libéral. Cela ressemble beaucoup à un vote ethnique, quoi qu’on en dise. Les néo-Québécois en font autant. On peut interpréter cela comme un vote anti-canadien-français, ou un vote pro-canadien-anglais, un vote canadien, ou canadian. Les Canadiens français, eux, sont divisés. Certains votent pour le Parti libéral, d’autres pour le PQ, d’autres pour l’ADQ, d’autres pour Québec solidaire, et même d’autres pour le Parti Vert. Si vous examinez la situation d’un peu plus près, cela veut dire que le Parti libéral gouverne le Québec avec une très faible minorité de Canadiens français, 25% peut-être ?
Ce qui est évident, c’est que cet éparpillement des votes favorise les libéraux fédéralistes. Si nous avions le sens politique, nous comprendrions qu’il faut d’abord faire l’indépendance, et après cela mettre sur pied des partis de différentes orientations. D’ailleurs, l’ADQ n’a aucune chance au Québec. Il n ’y a pas de place pour un troisième parti au Québec, encore moins pour un quatrième. La multiplication des partis ne fait que favoriser les libéraux, c’est-à-dire les fédéralistes, c’est-à-dire le Canada, en éparpillant les votes indépendantistes, ou autonomistes au Québec, en faisant des Canadiens français du Québec, dans l’ordre du pouvoir, une minorité qui se marginalise de plus en plus. Un gouvernement libéral au Québec ne gouverne pas pour le Québec mais pour le Canada. C’est ce qui explique le caractère ambigu de la politique québécoise ces dernières années.
Paul-Émile Roy
Lorraine Qc
