Le travail de sape de Radio-Canada contre le français au Québec se poursuit incessamment et prend diverses formes. L’une d’elles consiste à se ficher éperdument de la qualité du français alors qu’on est grassement rémunéré avec les fonds publics. Je dis « se ficher éperdument » parce que, malgré tous les efforts de citoyens comme moi pour aider les journalistes et les annonceurs à corriger leurs fautes, la situation ne s’améliore pas.
Pendant ce temps, des journalistes d’autres succursales de Power Corporation, comme La Presse, ridiculisent le peuple québécois pour son laisser-aller linguistique et le considèrent en conséquence indigne d’être souverain. Voilà un beau raisonnement : il reviendrait à monsieur Tout-le-Monde de trouver les mots justes alors que les professionnels de la communication, de l’information et du divertissement les inondent d’une langue dégénérée.
Comprenons-nous bien : tout le monde peut faire des fautes. Là n’est pas la question. Le problème est le refus de les corriger et les autorisations tordues d’angliciser et de dégrader le français qu’invoquent les incompétents n’ayant pas encore appris à consulter un dictionnaire.
Avant les Jeux olympiques, j’avais pris le temps d’écrire deux remarques à Radio- Canada : 1) on ne dit pas « briser » un record, mais « battre » un record ; 2) on ne dit pas « triathlète », mais « triathlonien » (comme on dit « décathlonien » ou « biathlonien »). Deux simples fautes à éviter qui concernent le vocabulaire sportif courant du personnel envoyé à Pékin. Ce n’était pas la mer à boire. Qu’est-il est arrivé, selon vous ? C’est en plein cela : on a entendu les records se « briser » et on a vu des « triathlètes », formidables créatures à trois têtes, fruits du génie génétique, nous éblouir par leurs performances.
À la décharge de Radio-Canada, il faut dire que nombre d’annonceurs et d’analystes ont fait des efforts pour bien s’exprimer. Mais d’autres… Permettez-moi de vous parler de Jean-Marie De Koninck. Oui, je sais, ce n’est pas un spécialiste de la communication. Seulement un professeur de mathématiques à l’université et un entraineur de natation. Aux yeux de certains, il lui serait de ce fait permis de japper en franglais. Mais, n’est-il pas allé à Pékin grâce aux deniers publics ? Ne faisait-il pas alors partie du personnel de Radio-Canada ? Alors que son compagnon descripteur à la natation s’appliquait à dire « battre le record », M. De Koninck s’entêtait, lui, à répéter « briser le record ». Je ne l’ai pas entendu une seule fois employer l’expression correcte. Pas une seule fois. Il faut le faire.
M. De Koninck est un petit copain de la clique libérale ultrafédéraliste qui fait mine de gouverner le Québec en l’offrant comme carpette aux politiciens d’Ottawa pour s’essuyer les pieds. Dans son esprit, il est sans doute bien plus important d’être bilingue que de parler la langue nationale du Québec comme un professeur d’université ayant oeuvré parallèlement dans le monde du sport pendant des décennies devrait le faire. Quarante ans sur le bord d’une piscine, et il ne possède même pas encore le vocabulaire le plus élémentaire de la natation et du sport. Quel bel exemple pour le peuple !
Confronter
Faisons une expérience. J’envoie la présente chronique par courriel à de nombreux journalistes de Radio-Canada. Je vais leur signaler encore une fois une faute. Il s’agit d’une faute qui revient sans cesse à Radio-Canada. Parions qu’ils ne feront rien pour la corriger et pour passer le mot à leurs collègues.
La leçon d’aujourd’hui porte sur le verbe « confronter ». Dans le site Web de Radio-Canada, on retrouve l’expression « est confronté » des centaines de fois, et elle est pratiquement chaque fois mal employée. Je retranscris ci-dessous la définition de « confronter« , tirée du dictionnaire d’Antidote, un logiciel dont tout bon journaliste dispose dans son ordinateur.
Définitions de confronter, verbe
TRANSITIF DIRECT
◆
Réunir des personnes pour comparer leurs affirmations. Confronter le témoin avec l’accusé.
●
Comparer (plusieurs affirmations) pour en faire ressortir la vérité. Confronter les déclarations de deux témoins.
●
[Par extension] Comparer attentivement. Confronter deux photos. Confronter le texte à sa traduction.
Comme on peut le constater, « confronter » ne signifie ni « affronter », ni « se heurter à », ni « buter contre », ni « être aux prises avec ». J’entends déjà les petits futés protester en disant qu’Antidote répertorie aussi l’adjectif « confronté ». Futés à moitié seulement, parce qu’on ne leur a pas enseigné encore qu’il y a des marques d’usage dans les dictionnaires. En l’occurrence, Antidote indique, à l’instar des autres dictionnaires, que cet usage est « critiqué ». Voyez plutôt ci-dessous.
Définition de confronté, adjectif
◆ [Critiqué] Aux prises avec une situation difficile. Une femme confrontée à un terrible dilemme.
Pour ceux dont la médiocrité linguistique est le mot d’ordre, les marques d’usage sont sans importance. D’ailleurs, plus on utilise un mot critiqué dans les médias, plus il est susceptible d’entrer dans l’usage et de ne plus être critiqué. À quoi bon dire « se heurter » ? C’est bien que trop compliqué pour un journaliste qui passe sa journée à travailler en anglais, dans le beau Canada fédéral aux deux langues officielles pas tout à fait égales, et qui doit tout recracher en français dans son topo. Il est plus simple de calquer les mots et les expressions anglais et de les faire ainsi entrer dans l’usage.
Aux poubelles, les mots superflus de la langue française qui sont trop différents de l’anglais ! Vive la diglossie radiocanadienne !
Pardonnez mon cynisme, mais je crains que ma leçon demeure sans effet, preuve de plus que l’avenir du français en Amérique passe par l’indépendance du Québec, après laquelle on pourra mettre Radio-Canada au pas et appliquer les autres mesures nécessaires pour promouvoir le français sans avoir à demander la permission d’Ottawa.
***
Prochaine chronique : la cinquième et dernière partie de « La psychose linguistique québécoise ».

