"Le sac à dos à Falardeau", mp3 - Parole et musique de Manon Vincent "www.Manon Vincent.com" (la nièce dont je parle dans mon article )
***
Je ne connaissais pas Pierre Falardeau, enfin pas vraiment, que pour lui avoir parlé à quelques occasions, sur un coin de rue ou dans une assemblée publique. Mais on avait comme qui dirait des visages qu’on s’connait...
Quand je parlais de lui, je disais toujours « mon ami Falardeau ». Surtout pas pour me grandir de son personnage tel un groopie, mais parce c’est ainsi que je le sentais. Il était de ces êtres qu’on aime de suite, de ces êtres qu’on frôle par moment sans que la vie nous permette jamais de les embrasser dans nos bras.
Je savais qu’il était malade et, dernièrement, ma nièce m’a fait parvenir un courriel dans lequel elle me disait que « ton ami Falardeau » est dans la même chambre que mon amie Sylvie à Notre-Dame... ». Quelques jours plus tard, je lui ai fait parvenir ce message :
24 août 2009
Et alors ? Donne-moi un son de cloche. Ça fait deux jours que je vois Falardeau et ta Sylvie dans ma tête, couchés dans la même chambre d’hôpital, en jaquette bleue, bordés de soins palliatifs... J’en ai même rêvé.
Et mon vieil ami Denis hier... Pour Pierre, je savais depuis un moment, un de ses amis me l’avait dit et depuis quelque temps, je ne le voyais plus sur Mt-Royal... jaser avec les gens et je me disais... j’espérais....
Putain de crabe !
Tonton
25 août 2009
Allo Tonton,
Ton ami Falardeau y va pas du tout. Il a vu au moins 10 médecins hier. Des oncologues, des spécialistes, même des psy...Il a posé des questions et ils ont répondu : « Pas beau » ! ls parlent de métastasses un peu partout, dans le bedon et peut-être même au cerveau. Il a très mal au dos, aux os....bref... Il voulait de la chimio mais les doc ont refusé. Ça n’aurait rien donné.
Lui, il était fort devant eux. Il a dit à un des doc : « Moé t’sé, si j’peux plus penser, si j’peux plus écrire, ben j’aime mieux mourir... ». Il rigolait même. Il n’a pas versé une larme. Toute une pléiade de spécialistes venaient le voir pour le voir.... Une petite conne est venue lui demander ce qu’il faisait comme travail. Il lui a répondu : « Je pense ».
Il était fort et patient. Mais quand ce cirque est parti, son regard tombait dans une sorte de vide. J’oublierai jamais ces yeux-là. On a pas beaucoup parlé. Quelques formalités tout au plus, je lui passais quelques revues, lui rendais quelques services. J’ai réussi à stopper quelques préposés pour qu’ils le laissent un peu dormir. Crisse qu’y sont fatiguants des fois dans les hôpitaux !
Puis vers 15h, les infirmiers sont venu le chercher pour le transfert aux soins palliatifs. Couché sur un lit blanc avec son sac à dos pour seul bagage, à la sortie il m’a regardé et m’a dit "Salut" avec un sérieux qui sonne comme un coup de poing dans l’coeur, comme si il quittait le monde des vivants pour aller vers la mort, mais lentement...
J’oublierai pas cette journée de si tôt.
Bisou
Miss xx
P.S. L’image de ce sac à dos restera gravé dans ma mémoire toute ma vie...
Le sac à dos à Falardeau
Tu m’as trouvé dans une boutique
T’avais une gueule bien sympathique
Juste à la veille d’un grand voyage
Tu m’as choisi comme bagage
Je me suis accroché à ton dos
J’emporte tes idées et tes mots
On va voir qu’est-ce que le monde a l’air
On va faire lever la poussière
Allez hue ! mon ch’val de bataille
Et hop ! au galop qu’on s’en aille
Brasser la cage aux idées ohhhhh !!!
J’suis l’ sac à dos à Falardeau
Tes idées se sont promenées
Entre adulées et contestées
Sur des plateaux de cinéma
Même ceux de « Radio-Cadenas »
On a traîné rue St-Denis
Dans les cafés et les bineries
Même les chics resto du Plateau
Et partout où ça vole plus haut
Refrain
Tu m’as déposé moi ton sac
Sur le rebord d’une fenêtre
Chambre 6009 j’t’en simonac
C’pas ici j’voulais qu’on s’arrête
Des sarraus blancs défilent sans cesse
Ta jaquette bleue montre des dents
J’pense qu’y donnent pas cher pour tes fesses
Ils ont des têtes d’enterrement
Refrain
Avec des « si » et des « peut-être »
On t’explique que ta vie s’en va
C’est bien pire qu’être ou ne pas être
D’ici trop tôt, tu s’ras plus là
Remets-moi vite sur ton dos
Qu’on sorte par la porte d’en arrière
Reprends tes idées et tes mots
Moi j’veux pas jamais qu’on s’arrête
Refrain
Manon Vincent 24 août 2009








