Il y a quelques semaines, la direction de la Presse annonçait à ses employés qu’elle fermerait son journal papier et cyberpresse s’ils ne consentaient pas d’importantes concessions à la direction du journal. Les employés de la Presse devront être plus productifs disait-elle. Travailler plus d’heures pour un salaire moins élevé. Exactement le même discours que tenaient André Pratte et ses amis lucides il y a quelques années.
La productivité selon les lucides
Si Lucien Bouchard croit sincèrement que les employés de porcheries gagnent des salaires trop élevés, comment se fait-il qu’il ne lui soit jamais venu à l’esprit que des honoraires de 600$ de l’heure pouvait être un sérieux frein à l’accessibilité à la justice ? Il est vrai que ses services sont réservés à ceux qui peuvent se payer un ancien premier ministre, pas au commun des mortels ! On est loin du romantisme de sa vision de jeunesse où les avocats travaillaient pour défendre la veuve et l’orphelin, pas pour faire de l’argent !
Si Robert Lacroix, l’ancien recteur de l’Université de Montréal partage lui aussi ce discours au sujet de la productivité des Québécois, comment se fait-il qu’on ne l’ait pas encore entendu au sujet des augmentations de salaire que se sont récemment consenties le recteur et les cadres de l’Université de Montréal. Pour les syndicats de professeurs, ces sommes auraient plutôt dû leur être versées, comme le souhaiteraient certainement les Facal, Montmarquette et Fortin, des professeurs d’université lucides.
Un discours pas très différent de celui que tient Denise Robert, cette lucide du cinéma, qui aimerait bien que le gouvernement soit plus généreux envers les producteurs de cinéma qui n’ont jamais assez d’argent et qui paient toujours trop d’impôt. Car, comme le dit Alain Dubuc, si on veut que les riches créent de la richesse, il faut bien les enrichir davantage pour qu’ils créent encore plus de richesse. Et cet argent qui sert à créer la richesse est justement entre les mains des employés qui gagnent de trop gros salaires et qui ne travaillent pas assez, comme ces employés de la Presse. La preuve, leur journal serait en faillite.
Le fédéralisme improductif de la Presse
Y a-t-il quelqu’un à la Presse qui croit vraiment qu’on peut augmenter son lectorat en défendant le fédéralisme inconditionnel comme leur direction le fait depuis des années avec l’aide de quelques mercenaires, alors que le plus grand segment de lecteurs francophones est composé d’indépendantistes ? Un segment qui a récemment permis au Devoir d’augmenter sa part de marché ! Le jour où les Cassivi, Boisvert et Gagnon comprendront que ce n’est pas en insultant ces lecteurs, en les traitant de zélotes et de zozos, qu’ils vont vendre de la copie, peut-être pourront-ils alors espérer augmenter leur lectorat.
J’ai toujours pensé qu’être plus productif consistait à travailler intelligemment pour augmenter son revenu tout en diminuant le nombre d’heures de travail. Dans le cas de la Presse cela signifie augmenter le lectorat en cessant tout d’abord de cracher sur les lecteurs. Ce n’est certainement pas en laissant André Pratte et Alain Dubuc sévir, eux qui défendent la lucidité et le fédéralisme chaque jour au nom de la liberté de la presse, qu’ils vont sortir leur journal du trou. Il y a une limite à prendre les Québécois pour des imbéciles.
La lucidité selon Pratte et Dubuc
Des lucides qui prétendent demander plus d’équité dans la société, entre des employés qui abuseraient du système avec leurs prétendus gros salaires et leur semaine de travail de quatre jours et les pauvres patrons qui se feraient littéralement égorger par le gouvernement et les syndicats, les recteurs et les professeurs d’université étant des exceptions, car ils créent de la richesse.
Des lucides qui demandent aux gouvernements d’intervenir en baissant l’impôt des pauvres patrons et en augmentant les droits de scolarités, les taxes sur la consommation et les tarifs des riches employés qui abusent du système en gaspillant l’eau et l’électricité et qui passent leur temps chez le médecin au lieu de travailler.
Un discours qui autorise le gouvernement du Québec à s’attaquer aux plus vulnérables prestataires de la Régie des rentes du Québec pour qu’ils demeurent sur le marché du travail le plus longtemps possible au salaire minimum jusqu’à ce qu’ils crèvent, leurs époux survivants ne pouvant plus dorénavant bénéficier de leurs prestations, puisque, si l’on en croit les propositions de réformes suggérées par le gouvernement, les seules épargnes de toute leur vie serviront à renflouer les 40 milliards$ de pertes à la CDPQ, pas échoir à leurs conjoints survivants. Lucidité ou stupidité ?
Le cas de la Presse : la lucidité au service du fédéralisme
Les enjeux de conflits comme celui qui s’annonce à la Presse sont importants pour la société, puisqu’ils sont à la fois politiques, économiques et sociaux. Les employés de la Presse doivent donc comprendre que s’ils plient, rien ne sera réglé à la Presse, car, fondamentalement, ce journal est appelé à disparaître s’il continue à poursuivre dans la même ligne éditoriale.
Ce n’est pas en rognant sur leurs salaires et leurs conditions de travail, sous prétexte de la conjoncture que vivent actuellement les médias, que les employés de la Presse vont sauver leurs emplois, c’est en proposant à leurs lecteurs autre chose que de la propagande fédéraliste.
On ne peut pas prétendre être le plus grand quotidien français d’Amérique et faire l’apologie du bilinguisme et d’un régime fédéraliste dont l’objectif est l’assimilation des francophones, sans en assumer toutes les conséquences à long terme. Les employés de la Presse doivent comprendre qu’on leur demande de renoncer à leurs conditions de travail pour que la Presse puisse continuer à défendre l’indéfendable auprès de lecteurs qui vont être de moins en moins nombreux à accepter de payer pour se faire insulter.
Dans un tel contexte, la fermeture de la Presse est inévitable, même si les employés consentent aux concessions demandées par la direction. Autant crever l’abcès tout de suite en refusant de plier, plutôt que de mourir à petit feu en continuant de se livrer à une humiliante servilité.


