Où en est donc arrivé le département d’histoire de l’Université Laval ? Le 16 mai dernier, les professeurs De Waele et Pâquet écrivaient dans les pages du Devoir : « Ce n’est pas Champlain qui a fondé Québec — ou Pierre Du Gua de Monts — mais les forces de la planétarisation qui existaient déjà à cette époque ». Ainsi, l’individu serait donc soumis aux structures autonomes de l’histoire. Nulle initiative ne pourrait être libre et courageuse, créatrice d’institution, assez forte pour faire ployer l’Esprit en marche. Le 10 juillet, toujours dans le Devoir, c’est le professeur Létourneau qui en rajoutait, s’enveloppant de même dans les mystères de l’eschatologie hégélienne. Nous voilà arpentant les plateaux de la posthistoire !
Dans son texte, M. Létourneau se penche sur le genre d’histoire que les gens aiment dans leur quotidien. On ne pourra l’accuser d’élitisme, ou même de tenir sa profession et son objet en une estime démesurée. Il appert, selon ses recherches, que le passé de la nation se trouve « (…) loin derrière le passé de la famille comme centre de préoccupation et source de motivation pour en apprendre davantage sur ce qui fut », l’homme moyen aurait peu d’intérêt pour ce que signifie la Conquête, mais beaucoup pour la vie de grand-père. C’est légitime, mais ce qui l’est moins, c’est de les mettre sur le même plan. Le bousier de la fondation Trudeau ne fait donc pas de différences essentielles entre l’histoire nationale et le récit familial, ce qui compte, c’est ce que les gens en disent quand on les questionne. Il ressort donc de ses recherches que les cobayes sont farouchement individualistes, l’histoire, ce serait comprendre « qui ils sont » d’une manière toute privée. L’homme moyen, nous dit-il, ne veut plus être « écrasé » par « l’horizon de la nation », la nation et le récit collectif doivent être subordonnés au culte de son individualité singulière. M. Létourneau déclare ainsi : « On se rapporte moins à la nation qu’on ne la rapporte à soi ». Le patriote est un dinosaure.
À quoi nous mène donc cette radioscopie du narcissisme postmoderne ? Plutôt, qui est donc cet homme moyen qui ne mérite ni notre amour, ni notre solidarité ? Le professeur Létourneau, concluant trop rapidement à l’étiolement du « sentiment d’histoire nationale » pour mieux s’en réjouir, nous laisse sur la question suivante : « Quelle histoire du passé pour permettre au présent de s’enraciner et à l’avenir d’éclore en évitant de se retrouver orphelin d’une présence antérieure ? » Difficile de trouver la formule de cette nouvelle continuité, ce doit être pour cela que le professeur nous laisse sur la question. C’est d’autant plus ardu quand l’individualisme narcissique devient une donne irréfragable. Avant toute chose, il faut aimer jongler avec les oxymores.
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