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“Le Canadien français et son double” (chapitre quatre, fin)
Le nationalisme, pour Nous, est une volonté d’être
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
dimanche 2 août 2009      111 visites


“Le Canadien français et son double” (chapitre quatre, fin)
Extraits par Robert Barberis-Gervais

“Au sein de la chute, qu’est en effet notre présent sinon l’univers dépersonnalisant de l’Anglais ? (...)

“Fuite du présent, le repli sur nous-mêmes est donc une forme inconsciente du refus de l’Anglais et, à la limite, refus de la Conquête et des deux siècles qui en découlent. A la greffe psychique de l’Anglais en nous, il y a son rejet, qui remonte à la conquête même. Avant 1867, ce refus a été ouvert -jusqu’à la rébellion de 1837- mais après, n’ayant plus de raison d’être puisque l’Anglais nous faisait son semblable et son égal, il s’est intériorisé, est devenu maquis en nous, résistance souterraine. Refus de l’Anglais et refuge dans le passé (...), constituent la trame irrationnelle de ce que nous appelons notre nationalisme traditionnel.

Car avant d’être une idéologie, un système plus ou moins cohérent de pensée et d’action, notre nationalisme traditionnel- qui s’étire jusqu’à la fin des années 1950 - est l’expression même de la chute de notre identité. Il incarne une dépossession totale. (Commentaire. Voici la première phrase du “Torrent” d’Anne Hébert : “J’étais un enfant dépossédé du monde.”)

Si la nation est un mode d’être, soit une présence distincte et originale au monde, le “nationalisme” est un mode d’expression. Il y a un nationalisme québécois naturel, né de la Conquête et qui est l’opposition - se définir c’est s’opposer- de Nous à l’Autre.”

“Volonté de puissance chez les grands peuples, le nationalisme, chez les petits, est une volonté d’être. Voilà ce qu’est, à sa source, le nationalisme canadien-français : une quête de soi. Mais la chute en fait une impossibilité d’être. Il est donc devenu un instinct de survie. (...)”

“Mais ce n’est pas la révolution industrielle en soi que fuit le nationalisme traditionnel - des nationalistes ont prôné une industrialisation autochtone - mais l’Anglais à travers elle. Positivement, par l’agriculture et la colonisation, nous allons tenter de créer une réalité socio-économique séparée, à notre image et parallèle à celle de l’Anglais. (...)” (Commentaire : voir “Menaud maître draveur” de Félix-Antoine Savard )

“Mais pendant qu’une élite - intellectuelle et morale - prêchait le retour à la terre et aux vertus ancestrales, un peuple, par la force des choses, prenait le chemin des villes et des usines, devenant toujours davantage, face au pouvoir économique anglophone qui refoulait de plus en plus son image, étranger dans sa propre demeure. (...)

“Le nationalisme traditionnel est l’expression idéalisée de notre échec historique.”

Robert Barberis-Gervais
Longueuil, 2 août, 2009




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