Vigile - Le mythe du référendum perdu à Québec
La déception à l’égard de Québec, à l’égard de la Capitale nationale du Québec et sa région.
On a beau tenter de détruire un mythe, il est tenace. Maintenant qu’est admis que Québec et sa région n’ont pas voté NON... il faut que Québec vote plus qu’ailleurs OUI... Parce que cela l’avantagerait d’être non pas une Capitale provinciale mais bien nationale...
Comme si l’avantage opportuniste pouvait suffire... comme si le fait de n’être pas plus favorable à la création de l’État souverain, n’était justement pas une manifestation du fait que la décision prise n’était justement pas opportuniste...
Bref... le malentendu persiste et l’on préfère visiter les « vraies » capitales nationales fières à 90% de l’être... Et l’on pense peut-être que cela est invitant pour la suite des choses...
Bref... la bouderie persiste... et la radio-poubelle a bon dos...
Je suggère donc aux Québécois hors Québec, la ville, de venir plus souvent à Québec... et entretemps de lire plus souvent Le Soleil dans Cyberpresse, et plus souvent le Journal de Québec... il s’y publie des informations que Montréal n’a pas... Tout ça pour dire qu’il faut un minimum de présence à Québec, réelle ou virtuelle pour comprendre ce qui s’y passe... Contrairement à ce que l’on pense, Québec n’est pas qu’une ville de fonctionnaires, c’est aussi une ville universitaire, une ville d’affaires, une ville d’art et de culture, une ville de développement de haute technologie, notamment en technologie de l’information, et surtout une belle ville... et cela n’est pas que le fait des gouvernements, mais aussi de toute la population, y compris le milieu des affaires.
Tout cela se vit dans un contexte de coupure presque totale avec la métropole... Impossible par exemple d’y faire carrière nationale en plusieurs domaines, dont celui des arts, sauf si, comme Robert Lepage, on est parvenu à s’imposer à Montréal et ensuite dans le monde... Cela n’est pas « normal ». On a beau y présenter les plus belles expositions, les plus beaux spectacles, hors 400e dirais-je, cela n’aura aucune incidence à Montréal, dans les médias de Montréal, dans ce qui au Québec, décide de ce qui a ou non droit de cité dans l’espace public du Québec... J’en suis la preuve vivante... Fort connu à Québec en tant qu’artiste praticien en arts et métiers d’arts visuels, 35 ans de carrière n’ont pas suffit à ce que cela existe réciproquement à Montréal... Cela n’est pas normal...
Cela s’appelle la montréalisation du Québec... Hors Montréal, point de salut... ( Voir ma contribution au titre La montréalisation un cas d’espèce dans La Presse d’aujourd’hui )
Quant à la radio-poubelle... elle n’est que l’expression d’une certaine trahison des clercs... instrumentalisé par les fédéralistes, fort présent à Québec avant le raz-de-marée péquiste des années fastes, et de plus en plus reprenant le haut du pavé perdu... à cette époque. Comme si cela n’avait été qu’une parenthèse...
Tout cela a aussi beaucoup à voir avec la montréalisation de Québec et du Québec... Cependant, ce n’est pas simple de le documenter... Quelques exemples... le fait que les médias, tous les médias, même Télé-Québec, n’ait pas de pôles de production digne de ce nom à Québec... Ce qui fait qu’un comédien qu’une comédienne, pour y faire carrière, doit renoncer à un volet télé... et tout ce qui vient avec... difficile de faire ce choix que font pourtant d’excellent(e)s artistes. Par contre, d’aussi formidables artistes font le choix de choisir plutôt Montréal et y deviennent des vedettes, de Paul Hébert et Rémy Girard à Marie Tifo et Guylaine Tremblay, en passant par Yves Jacques, Bob Walsh, Guy Bélanger, Louis Bélanger, Raymond Bouchard, Josée Deschênes, François Léveillé.et tant d’autres...
Qu’est-ce qu’une ville qui perd à chaque fois ses vedettes ? Rien du tout... Qu’est-ce que fait Montréal ? Rien du tout... À force... la population ne peut que décrier ses élites, incapables de se faire respecter... On en est là avec la radio-poubelle qui n’a cessé de décrier les élites technocratiques, politiques, médiatiques, couplé à cela un anti-intellectualisme de bon aloi... Franchement, l’intellectuel que je suis, ne peut pas blâmer le peuple d’ainsi manifester si peu de respect pour nos élites... Même si j’ai moi-même été victime de tel outrancier dénigrement...
Par ailleurs, les gouvernements du PQ, montréalisé presque depuis toujours, n’ont pas vraiment aidé... Alors que le Parti Libéral qui l’avait précédé gardait le souvenir de tant de grands hommes politiques issus de Québec, dont Jean Lesage... Les gouvernements du PQ, étaient la représentation même de ces élites qui trahissaient Québec, et qui n’ont rien fait pour contrer la montréalisation de la Ville et du Québec. Ainsi, quoi de plus normal que de s’en prendre aux souverainistes montréalistes, lors de l’épisode des fusions forcées, qui faisait de la ceinture de Québec les fort avancés de la révolte contre le pouvoir de Québec et de son maire souverainiste, Jean-Paul L’Allier. Même la police et la justice ont été mobilisée pour l’attaquer de manière indirecte via l’affaire Robert Gilet... de Radio-Canada... un autre bastion montréaliste... un autre souverainiste de l’entourage du maire L’Allier... Qui a résisté mais qui au bout du compte a préféré quitter...
Nous en sommes là... dans une ville qui lors du 400e est parvenue à se défaire du syndrome de l’échec ce Québec 1984... Non sans mal... après des piétinements indécents.... Mais tout cela sera à mettre au compte des nouvelles élites agissant dans un contexte de canadianisation caractérisée... ce qui a permis du reste de contribuer à la dérive médiatique qui a un temps donné l’impression que les souverainistes avaient eu tout faux...
Bref... ce n’est pas simple et tout cela ne se résume pas à se dire déçu de Québec sous prétexte qu’elle n’est pas à 70% souverainiste... 70% d’appui en démocratie... on est proche de résultats propres aux pays totalitaristes... Québec est loin d’en être... Comme Montréal, Québec est une entité complexe où se joue effectivement toutes les joutes qui sont parties du débat entourant la question nationale... comme à Montréal... Ce n’est pas simple... et encore moins de l’expliquer au gens de Montréal... qui sont nos amis, et non nos rivaux... Nos amis dans la mesure où ils tentent de comprendre, en venant entre autres plus souvent nous visiter, et en prenant partie eux aussi, contre la centralisation du Québec à Montréal... contre la montréalisation du Québec.
Si Lyon, si Marseille, si Avignon, si Canne, si Strasbourg, existent en France, si Paris n’a pas complètement phagocyté la France, c’est qu’un jour, on a compris que de négliger la province ne pourrait à terme qu’étouffer Paris... La décentralisation de France est un combat de tous les instants... D’énormes ressources y sont consacrées, en terme de budgets régionaux, d’institutions régionales, de budgets muséaux, d’antennes médiatiques, qui font que Paris ne s’empresse pas de faire un festival de film parce que Cannes en a un... ou des Francofolies parce que La Rochelle en a... Or, parce que Québec avait la Quinzaine internationale de théâtre, fondée par les regretté(e)s Jean-Marie Lemieux et Rachel Lortie, il a fallu saborder tout ça... ( Madame Courchesne aidant... ) pour créer le Festival de théâtre des Amériques ( maintenant FTA... Parce que Québec avait son Carnaval... il a fallu inventer le Festival Montréal en lumière...
Bref...