Vigile.net
« Rien de plus farouche en moi que le désir du pays perdu, rien de plus déterminé que ma vocation à le reconquérir. »   Andrée Ferretti - source
             
Vigile a besoin de votre appui, n’hésitez pas à contribuer.
Financement 2009
 18275$  91%  
Objectif : 20000$
Le moulin à paroles : le cru et le lu
Simon Jodoin
dimanche 20 septembre 2009


Politics is the entertainment branch of industry- Frank Zappa

***

Alors, vous l’avez aimé, le spectacle ? Avouez que c’était pas mal, non ? Une bonne idée, un bon scénario, on pouvait le suivre via divers médias. Vraiment, c’était super et contre toute attente j’ai trouvé le tout fort divertissant et j’ai même été ému à plusieurs moments. Plus étonnant encore, j’ai même parfois ri aux éclats, ce à quoi je ne m’attendais vraiment pas.

Ce que j’ai préféré ? Bien franchement, c’est difficile à dire. J’ai toujours eu un faible pour le burlesque, donc je crois que si je devais faire un choix, je pencherais pour Sam Hamad. J’ai trouvé sa performance originale. Très comique ce Sam Hamad. Tout y était, on y croyait vraiment, le ton grave, l’œil sévère, une interprétation impeccable.

Mais comme je vous disais, le choix est déchirant. Pauline Marois, Bernard Drainville et les organisateurs du Moulin à Paroles étaient aussi vraiment pas mal dans leur rôle. Dans leur cas aussi, j’y ai quasiment cru. Je suis presque parvenu à oublier l’acteur derrière son jeu… Les cris d’indignation sentis, la dénonciation de la censure. Chapeau vraiment, de la grande comédie !

Ah non, j’allais oublier ! Le meilleur moment, ex-aequo avec la performance de Sam Hamad, c’était la pirouette de Sébastien Fréchette, celui qui joue le rôle de Biz. Une de ses répliques devrait d’ailleurs passer à l’histoire : « On doit arrêter de voir le monde en rouge et bleu »… Ça, c’était vraiment un moment magique de haute voltige ! J’ai failli pleurer par émotion. Et pas que cette réplique d’ailleurs… Tout son monologue, à ce moment du spectacle, était empreint du même talent : « Nous accuser d’être partisan et de vouloir s’approprier l’histoire, je pense que c’est malhonnête (…) ». Un grand acteur ce Sébastien.

Patrick Bourgeois, le gourou des drapeaux-mouchoirs, était aussi criant de vérité dans son rôle de révolutionnaire de service, en compagnie du maire Régis Labeaume. Très efficace comme numéro qui pourrait devenir un grand classique digne de Laurel et Hardy. Meilleure réplique de Bourgeois : « Ma présence est utile si elle repousse ces gens-là ! ». Ça, ça n’a pas de prix ! Du bonbon. Je cherchais depuis longtemps l’utilité de Patrick Bourgeois au sein de notre comédie nationale et je me demandais bien quel rôle il pourrait y tenir. Celui de repoussoir c’est un parfait casting ! On aurait dû y penser avant !

Même les figurants méritent une bonne note pour leurs performances. Ils étaient excellents, avec leurs tracts photocopiés et leurs « nous vaincrons » appris par cœur. C’est fou ce qu’on arrive à faire avec des effets spéciaux de nos jours. On peut même faire passer une poignée de manifestants du dimanche -pour qui la canette de peinture aérosol est un succédané du dildo- pour de dangereux terroristes révolutionnaires. Bravo aussi pour les costumes.

Très bon spectacle donc et je dois saluer bien bas tous les acteurs qui y ont pris part. J’attends la suite avec impatience.

Ben quoi, le gros…Tu me niaises là ?Je pensais que tu voulais me parler du spectacle là, Le Moulin à paroles !?!

Justement… C’était ça le spectacle. Vous n’aviez pas remarqué ? Ce qui s’est passé pendant 24 heures sur les Plaines d’Abraham la semaine dernière, ce n’était pas seulement un événement isolé qui se suffit à lui-même, un concept autonome avec un début et une fin. C’était un épisode qui prend place dans une performance beaucoup plus vaste : celle du grand spectacle tragi-comique de la nation au sein du show business politique Québécois.

Et c’est dans ce grand spectacle, où les acteurs habituels ont joué fidèlement leurs rôles, qu’on a pu assister (enfin) à cet événement visant à commémorer (enfin ?) la bataille des Plaines d’Abraham de 1759 et, de manière plus générale, celles qui allaient suivre, du dénouement de la conquête jusqu’à celles qui nous animent encore aujourd’hui.

On ne peut pas s’en sortir : le débat social entourant ces commémorations –et de manière plus générale la question nationale dans son ensemble- est bel et bien le spectacle réel auquel les citoyens assistent. Le moulin à paroles n’en est qu’un épisode, une scène de plus.

///

On a beaucoup insisté sur la valeur historique des textes qui ont été lus lors de ce Moulin à paroles. Les organisateurs ont tenté de faire valoir que la lecture de ces derniers n’avait pour seul objectif que de rappeler l’histoire, de se souvenir de divers épisodes, de manière tout à fait neutre. La lecture de tel ou tel texte se justifierait ainsi par sa simple existence historique.

Pourtant, chacun doit bien admettre que le repérage des pages de l’histoire qu’on se propose de lire repose purement et simplement sur certaines valeurs arbitraires permettant de faire un choix. Il s’agit au fond de placer des signets afin d’identifier des passages que l’on souhaite relire. Rien ne peut être neutre dans un tel exercice.

Plus encore, une fois ces textes identifiés et rassemblés en corpus, on se propose d’en faire la lecture. L’erreur serait de croire que, ce faisant, on ne fera qu’en prendre connaissance. Lecture signifie ici interprétation.

Pour employer la métaphore du moulin, on pourrait ainsi considérer qu’il s’agit en quelque sorte de labourer l’histoire comme si c’était une matière première, en extraire certaines paroles selon certains critères et les moudre afin d’en faire un produit dont on peut faire usage : l’interprétation.

C’est cette interprétation qui a une valeur. C’est dans l’économie de la politique actuelle que ces textes et les performances des lecteurs signifient quelque chose, pas dans le passé d’où ils ont été tirés. La valeur historique n’a plus grand-chose à y voir et se justifier en la revendiquant, c’est ou bien être naïf ou bien être hypocrite (car je ne peux croire un seul instant que les organisateurs sont simplement idiots).

Et c’est ça qui est dommage dans toute cette histoire du Moulin à paroles : c’est qu’au lieu d’assumer les choix et les croyances qui motivent nécessairement la sélection te tel ou tel texte et l’interprétation qu’on en fera sur scène, on a tenté de nous présenter cette mise en scène comme un simple exercice de lecture… Un peu comme si on tentait de nous faire croire que la matière première qui entre au moulin allait en sortit intacte, non transformée en produit qui peut être consommé… Mais alors, à quoi bon se casser le cul à faire un moulin ? La notion même de “moulin” implique une intention et une volonté de transformer.

Faut-il alors s’étonner que des politiciens comme Jean Charest et ses collègues ont refusé d’y participer ? Cet événement n’est pas devenu partisan parce que les politiciens libéraux ont refusé d’y participer. Ce serait même plutôt l’inverse : ils ont décliné l’invitation pour la simple raison qu’ils sont bien au courant du parti pris de ceux qui les invitaient et qui allait signer inévitablement la lecture de l’histoire qu’on nous a proposée… Bref, ils savaient bien, et pour cause, quelle farine allait en sortir. Comme chacun sait, les libéraux ne mangent pas de ce pain là…

On a beau jeu ensuite de dire que les absents ont toujours tort alors qu’on est occupé le reste du temps à crier sur toutes les tribunes –de manière pas nécessairement conviviale- que Jean Charest et les libéraux ont tort de toute façon, quoi qu’ils fassent, même (et surtout) quand ils sont présents.

Depuis quelques années, les membres de Loco Locass prient toutes les nuits pour être libérés des libéraux. Comment pourraient-ils s’indigner maintenant que leurs vœux ont été exaucés ?

Est-ce à dire qu’il demeure impossible de mettre en scène une lecture double de l’histoire, de réconcilier, au moins le temps d’un événement, les partis pris des uns et des autres afin d’illustrer la dualité des interprétations inhérente à notre nation ? J’espère sincèrement qu’une telle chose puisse être éventuellement possible mais j’ignore pour l’heure qui, parmi les vedettes de notre politique spectacle, pourrait être habileté à effectuer un tel tour de force. Tel que cité plus haut, Sébastien Fréchette affirmait vouloir « arrêter de voir le monde en rouge et bleu »… Ce serait effectivement un prérequis essentiel. Malheureusement, ce daltonisme politique, loin de tenter de le guérir, les principaux protagonistes de ce spectacle, comme leurs opposants, sont occupés depuis quelques années à en faire la promotion…



Source
http://bangbangblog.com/le-moulin-a-paroles-le-cru-et-le-lu/




Suggérer cet article par courriel


29 novembre

IPSO - dîner-rencontre avec Gilles Duceppe



Vigile sur Facebook


Financement de Vigile 2009

Le tirage des Fêtes

du 1er novembre au 31 décembre
  • Objectif 2009: 20000$
     18275$  91%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
    Adresse:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    21/11 Daniel Verret: 20$
    20/11 Bernard Gilles Grenier: 50$
    20/11 Louis Blanchet: 30$
    18/11 Claude Morin: 50$
    18/11 Annie Autonès: 100$
    18/11 Giselle Chagnon: 25$
    18/11 Giselle Chagnon: 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net