Le Discours d’ouverture de la 40e Législature par la première ministre du Québec illustre l’inconfortable position de tout gouvernement du Québec dans le système Canadian.
Il ne peut être rien de plus qu’un gouvernement provincial. Tout est de nature LOCAL. Si l’on accepte cette prémisse, il est alors très normal de raisonner de la manière qui suit :
Extrait du Discours d’ouverture :
DEVANT LE GOUVERNEMENT FÉDERAL, NOUS AVONS DÉCIDÉ D’ADOPTER UNE APPROCHE CONSTRUCTIVE, mais ferme. Le gouvernement en place à Ottawa affirme reconnaître le Québec en tant que nation et se dit désireux de respecter les champs de compétence de chacun.
MON GOUVERNEMENT S’ASSURERA QUE LE PARTAGE DES POUVOIRS INSCRITS DANS LA CONSTITUTION CANADIENNE SOIT RESPECTÉ DANS TOUS LES DOMAINES. Nous défendrons âprement nos intérêts, y compris en matière de transferts fédéraux pour la santé et les services sociaux.
Je le ferai en toute occasion, par exemple en me rendant à la prochaine rencontre du Conseil de la Fédération.
LES QUÉBÉCOIS DEMEURENT PARTAGÉS SUR LA QUESTION NATIONALE, mais l’idée que le Québec se tienne debout et défende ses intérêts rassemble une grande majorité d’entre nous.
COMME VOUS LE SAVEZ, NOUS FORMONS UN GOUVERNEMENT SOUVERAINISTE. NOUS CONSIDÉRONS QUE LE QUÉBEC A TOUT À GAGNER À DEVENIR UN PAYS. C’est vrai en matière juridique, où notre appartenance à l’ensemble canadien vient avec l’imposition d’une Constitution jamais signée par le Québec. Cela limite notre capacité à définir nous-mêmes nos lois linguistiques, le régime réglementaire de nos télécommunications, notre citoyenneté ou encore nos lois criminelles.
Le Québec a tout à gagner aussi à maîtriser tous ses impôts et taxes. Pensons par exemple aux milliards de dollars de nos impôts qui ont aidé l’industrie de l’auto en Ontario ou les chantiers maritimes de la Nouvelle-Écosse, alors que notre industrie du bois et notre secteur manufacturier sont laissés-pour-compte par Ottawa.
PENSONS AUX ECONOMIES SUBSTANTIELLES QUE LA SOUVERAINETE NOUS PERMETTRA DE FAIRE DANS LES DEPENSES BUREAUCRATIQUES EN ELIMINANT TOUS LES DOUBLONS ADMINISTRATIFS. Le Québec ne gagne rien à financer deux ministères des Transports, de l’Environnement, des Finances, deux Agences du revenu, deux Conseils du trésor ou même deux Parlements et un Sénat.
PENSONS A NOS PRIORITES COMME NATION. Que voulons-nous faire avec nos impôts : financer la célébration de la guerre de 1812 et de la royauté ou financer notre culture et notre éducation ?
LE QUÉBEC A TOUT À GAGNER À PARLER DE SA PROPRE VOIX DANS LE MONDE, à être présent dans les forums internationaux où notre avenir se dessine et à mettre en œuvre sa propre politique étrangère, selon nos intérêts et nos valeurs.
Bref, les membres du gouvernement et moi-même allons continuer de PROMOUVOIR CETTE IDÉE SELON LAQUELLE LE SEUL AVENIR DIGNE DE CE NOM POUR LA NATION QUÉBÉCOISE CONSISTE À REPRENDRE SA LIBERTÉ EN FONDANT UN PAYS NEUF. UN PAYS QUI NOUS RESSEMBLE : UN PAYS POUR TOUS !
Maintenant, relisez le même extrait en ne retenant que les passages en majuscules. N’observez-vous pas certaines contradictions ? Qu’est-ce à dire, entre autres, de cette idée que « le seul avenir digne de ce nom pour la nation québécoise consiste à reprendre sa liberté en fondant un pays neuf. Un pays qui nous ressemble : un pays pour tous ! » Ce concept de « pays neuf » que peut-il signifier au juste ? N’est-ce pas des mots vagues et flous ? Peut-on imaginer qu’ils signifient réellement l’indépendance nationale du Québec comme fin visée ?
Le peuple a compris depuis longtemps que le discours des péquistes est amphigourique, car il prête d’abord à la conversation de ceux qui s’en servent. Il a compris que ce discours en était un de pouvoir. Farouchement, il s’objecte à ce chantage déplorable de la « g-o-u-v-e-r-n-a-n-c-e » souverainiste ou du bon gouvernement qui sait défendre nos intérêts. Il n’est pas convaincu que le rafistolage constitutionnel par étape produira les avantages escomptés.
Dans le domaine des relations fédérales provinciales, la première ministre désire « engager des pourparlers avec le gouvernement fédéral pour rapatrier les budgets et programmes culturels ». Elle précise, entre autres, ce qu’elle souhaiterait. Elle déclare : « Il est plus que temps, de renforcer l’enseignement de notre histoire et c’est ce que nous ferons graduellement, du primaire jusqu’aux chaires de recherche dans les universités. » Vient ensuite une série de demandes qui viserait tout bonnement à élargir la marge d’autonomie locale que son gouvernement voudrait obtenir. « Pensons, déclare-t-elle, aux économies substantielles que la souveraineté nous permettra de faire dans les dépenses bureaucratiques en éliminant tous les doublons administratifs. » De là la conclusion indubitable : « Nous considérons que le Québec a tout à gagner à devenir un pays. »
Le premier acte d’importance du gouvernement au plan législatif vient d’être réalisé par le gouvernement péquiste. Il donne le ton et le style du gouvernement Marois pour les prochains mois et, probablement, pour une deuxième année. Déjà deux projets de loi sur la réforme électorale sont en cours de discussions à l’Assemblée nationale.
Le deuxième acte gouvernemental qui a généralement le plus gros impact sur la société québécoise concerne le dépôt du budget annuel du gouvernement. Avec ces deux pièces législatives on a en mains le cadre général des décisions majeures qui touchent l’ensemble des activités ministérielles de notre politique provinciale. On nous dit que les nouvelles mesures annoncées concernant la taxe santé apparaîtront dans le budget. Cette pièce du puzzle politique sera aussi accompagnée de considérations générales sur l’économie québécoise et ses indéniables limites quant aux actions gouvernementales possibles au plan provincial. L’exploitation des ressources pétrolières et forestières feront certainement l’objet de mesures budgétaires. Il faut relire le Discours d’ouverture pour constater que le gouvernement Marois, même en situation minoritaire dans le parlement, propose un nombre considérable d’actions gouvernementales. À cet égard, le premier budget du ministre des Finances du gouvernement Marois prévu pour le 20 novembre constitue un véritable casse-tête.
Le troisième acte est rarement joué parce qu’un gouvernement provincial s’occupe du local et, en gros, de ce qui est le SOCIAL, c’est-à-dire tout ce qui concerne la vie d’une société provinciale dans le cadre constitutionnel qui est le sien propre. Il se peut que ce troisième acte soit perturbé par le problème global du financement de l’enseignement supérieur. Pour l’instant, il semble que c’est mal parti. Il ne faudrait pas croire que le règlement de ce conflit social avec les étudiants va résoudre le problème NATIONAL du Québec. Il demeure de l’ordre de la lutte sociale pour le moment, c’est-à-dire provincial. Tous les ministres des finances du Québec ont buté sur ce mur depuis 1867. Les limites des pouvoirs du gouvernement provincial sont intrinsèques à La loi constitutionnelle canadienne de 1867. Ce n’est même pas une question de centralisation ou de décentralisation. En fait, la nation québécoise « ne possède qu’une emprise limitée, sur un rouage provincial aux compétences restreintes et aux pouvoirs de taxation encore plus réduits à cause de la présence au cœur même du Québec des maîtres du Canada-Anglais » (cf., Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 389). Il se peut fortement que le gouvernement de Pauline Marois stagne plus longtemps qu’elle ne peut l’imaginer dans la « gouvernance provinciale ».
Telles que les choses se présentent en ce moment, il est peu probable que les Québécois assistent à des manœuvres d’actions pro-indépendantistes dans la société et les différentes régions au Québec. Il y a plutôt de très grosses chances que les indépendantistes soient laissés à l’écart. Leur parti « national » leur rappellera qu’ils seront conviés d’y travailler aux prochaines élections. La tradition péquiste est toute concentrée sur l’organisation politique du parti. Cela est encore plus vrai parce que le gouvernement Marois est un gouvernement minoritaire. Mais aussi par que ce gouvernement rêve d’un « pays neuf » au lieu de nous dire qu’il veut s’occuper tous les jours de l’indépendance nationale du Québec en utilisant les mots justes et les moyens appropriés. On peut prédire immédiatement qu’il y aura inévitablement un affrontement national. Comment y faire face.
Afin d’assumer réellement le dernier acte, le gouvernement de Pauline Marois doit montrer de la vision politique. Comme première ministre et ministre du Ministère du Conseil exécutif de l’État du Québec, elle a la lourde tâche d’en faire son quartier général si elle veut sérieusement entreprendre cette course dans le domaine de l’ACTION NATIONALE, soit sur cette question fondamentale des relations à changer en profondeur entre la société québécoise et la société canadian. Dans ce rapport de force, la question porte sur le NATIONAL plutôt que sur les conflits sociaux.
Pour faire l’indépendance nationale du Québec, il faut apprendre à perdre les réflexes de provinciaux et notre habituel atavisme national associé à notre politique provinciale. Il faut changer de registre. C’est possible et réalisable mais néanmoins difficile.

