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Le faux progrès
Joseph Facal
www.josephfacal.org
jeudi 22 octobre 2009


La popularité grandissante de l’école privée s’explique évidemment par la crise de confiance que traverse l’école publique. Mais contrairement à ce qu’on laisse souvent entendre, cette crise ne vient pas de ce que les parents s’imaginent faussement que toutes les écoles publiques sont mauvaises.

C’est plus subtil. Beaucoup de parents sentent que deux conceptions de l’école s’affrontent chez nous. Et ils se tournent vers l’école privée parce qu’ils la sentent plus proche de leurs vues.

Une conception soutient que la mission première de l’école est d’instruire, de transmettre des connaissances, en commençant par les plus fondamentales. Elle veut initier à la culture authentique TOUS les enfants, indépendamment de leurs origines ou des carrières qu’ils choisiront. C’est la mienne.

La seconde, celle qui fonde la réforme en cours depuis dix ans, pense que la mission première de l’école est d’abord d’être « inclusive ». On focalise donc sur l’enfant en difficulté. Ce n’est pas déraisonnable à première vue.

NIVELLEMENT

Pour cela, il faudra d’abord, pense-t-on, s’assurer que le petit Jonathan ait de l’estime pour lui-même, qu’il ne se sente pas « poche ». On a donc banni l’échec : d’où la quasi-disparition des redoublements et des moyennes de groupe, et l’intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières.

Comme les élèves faibles ont souvent de la peine avec les concepts abstraits, on a aussi mis l’accent sur la dimension « utile » du savoir. D’où, par exemple, la quasi-disparition de la littérature classique, vue comme une perte de temps, ou comme le reflet des goûts d’une élite surtout honnie par ceux qui en font partie.

Dans cette conception, la compétition est vue comme un danger, justement parce qu’elle pourrait mener les plus faibles à l’échec, ou comme relevant d’un méchant darwinisme. Au lieu de se donner pour but d’élever tous les enfants, on vise plutôt à n’en échapper aucun. Forcément, on nivelle par le bas, ce qui les pénalise tous. On les préférera également ignorants plutôt qu’inégalement instruits.

Diplômer et éduquer deviennent ainsi des synonymes. Peu importe si le système produit des diplômés dont les lacunes sont béantes : l’important est que chaque jeune ait les cartes de compétence officielles que le marché exige. Les parents, eux, n’avaient jamais rien demandé de tout cela. Mais, en haut lieu, on a toujours su ce qui était bon pour eux.

CONTRADICTION

L’introduction de ce virage radical est d’autant plus injustifiée que les élèves québécois se classaient jusque-là parmi les meilleurs au monde. Désormais, nous glissons... et l’abandon ne diminue pas. On perd sur les deux tableaux.

Au contraire, l’école vraiment progressiste, celle que ces niveleurs par le bas détestent, c’est celle où le mérite est encouragé et non découragé, où l’on détache l’enfant de son « vécu » pour le faire accéder à des univers dont il ne soupçonne même pas l’existence.

L’élitiste est plutôt celui qui renonce d’emblée à essayer d’élever tous les enfants, de toutes les classes sociales, à la connaissance de la culture authentique, pour la réserver aux seuls enfants issus des familles privilégiées. Qu’une telle conception des choses passe pour du progressisme, alors qu’elle en est l’exact opposé, est profondément choquant.



Source
http://www.josephfacal.org/le-faux-progres/




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